Voyage à l’intérieur du Bénin par bus:Ces petites affaires qui roulent

Par Kokouvi EKLOU,

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Arrêt de bus à Bohicon ce mercredi matin. Les jambes engourdies, les voyageurs en partance pour Natitingou poussent un ouf de soulagement. Enfin un point d’arrêt pour se restaurer et reprendre des forces pour le reste de cet interminable trajet.
Embarqués pour la plupart à Cotonou à 6h30 mn, ils retrouvent quelque instant de bien-être à la gare aménagée à la périphérie de la ville de Bohicon, cinq heures plus tard. Juste dix minutes de trêve et le bus reprendra sa course sur les routes menant vers le nord du pays. Dans le brouhaha né des bousculades des vendeurs proposant leurs articles, les passagers se fraient difficilement leur chemin. Rester dans le timing et ne pas connaître une désagréable surprise.

Aux abords du bus, Finafa Junior, tel qu’il se prénomme, aide les passagers embarquant de Bohicon à mettre leurs bagages dans les soutes. Très volontiers, il n’hésite pas à les renseigner sur les tarifs des prochaines destinations. Mieux, il accourt vers les clients indécis pour vanter les prouesses de la compagnie de transport qu’il sert et les intéresser. «Ta sécurité est garantie ici. Ne t’avise pas à prendre ce bus qu’ils te proposent. Les sièges sont branlants et il n’y a même pas de vitres pour vous protéger du vent», lance-t-il à un client approché par d’autres. Les défiant presque et démontant leurs prétextes, il réussira à faire embarquer deux clients, suscitant le courroux de ses concurrents.

La débrouillardise

Le klaxon retentissant peu à peu, invite les passagers à embarquer. C’est le branle-bas. Très vite, Finafa Junior se met dans la cabine du chauffeur et à ses côtés, un agent de la compagnie arborant ses couleurs. Il fait le point des nouveaux clients à l’agent et lui indique les positions des uns et des autres, facilitant ainsi la délivrance des tickets.
Quelques minutes plus tard, le jeune homme, les verres révulsés au front, déballe le grand sac qu’il tenait dans ses mains. Dans un ton aimable, il se présente comme un spécialiste des maladies tropicales, prenant soin de prévenir les passagers de son niveau de langue approximatif. Un paradoxe que relève un passager d’un air amusé.

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«Un docteur qui massacre ainsi la langue de Molière. Où as-tu fait tes études alors ? ». Une réplique qui déclenche le rire dans le bus. Et à Finafa Junior de rétorquer : «Ah ! vous me riiiiii….». Et de revenir plus détendu pour dire qu’il a fait ses études en Inde et qu’il revient ainsi du Sénégal.
Ainsi plante-t-il le décor avant de proposer ses produits aux potentiels clients. « Je le connais si bien. Il prend toujours ce bus. C’est la même rhétorique. C’est du bluff ! Il n’est allé nulle part », lance un autre.
Tout ceci est loin d’ébranler le vendeur qui porte à la connaissance des passagers qu’il a plus de 250 produits à leur proposer. Des produits phytothérapiques qu’il dit avoir fabriqué lui-même.

Du savoir endogène qu’il exploite sous couvert d’une ONG. Sirop, savon, poudre, décoctions de plantes…Tout y est pour satisfaire toutes les demandes. Avec ironie il se lance dans des diatribes pour caricaturer les divers maux. «Vous avez mal aux dents, vous êtes incapable de manger sans vous faire mal et faire gicler du sang de vos gencives amochées par les vers. Plus de craintes à avoir, achetez ce produit et je vous garantis que vous ne le regretterez pas. Vous allez désormais casser des os d’éléphant», prétend-il, en sortant le produit de son emballage qu’il met dans du coton et dont il se sert pour se frotter les dents. Le mode d’emploi est ainsi décrypté à qui veut.

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Des pommades contre la teigne, la gale, le paludisme… Le jeune homme affole les ventes. Le savon de chance pour les commerçants et autres hommes d’affaires n’y échappe non plus. Dans un humour décapant, il invitera ceux qui ont des problèmes d’érection et autres femmes frigides à lui faire un clin d’œil pour qu’il leur serve son produit ‘’Africa Jaguar’’ dont les vertus aphrodisiaques seraient certifiées par on ne sait quelle institution. Discrétion oblige ! «Vous avez des hommes très forts physiquement et qui ont tout ce qu’il faut pour vivre mais au lit ils sont nuls. Mais avec ‘’Jaguar’’ ils deviennent des titans», précise-t-il dans un ton hilare mais mesuré.

Produit “miracle” mais…

Rapidement, les petites potions disparaissent dans les mains des passagers qui n’hésitent pas à ouvrir leur porte-monnaie pour se procurer ces produits ‘’miracle’’.
Quoique d’aucuns condamnent cette vente de produits aux provenances douteuses aux passagers sans le moindre contrôle sanitaire, d’autres témoignent dans le bus de leurs vertus, en citant tel ou autre cas.
A l’instar de Finafa Junior, bon nombre de personnes s’adonnent à cette activité avec le même mode opératoire. Mélangeant la langue locale Fon au français, à l’anglais et parfois au soi-disant chinois. Certains paraissent très éloquents dans leurs démonstrations et sont adulés, tant leur sens de l’humour séduit. Des noms des plus risibles, certains en connaissent au bout des lèvres et s’esclaffent à leur vue dans les bus. Presque toutes les compagnies ont leur vendeur de produits. Outre les produits phytothérapiques, du yaourt et de la pâtisserie sont proposés aux clients tout au long du trajet. A des escales précises, chacun des vendeurs embarque ou descend au terme de ses activités. En échange de ces faveurs à leur faites par les agents des compagnies, ils aident à l’embarquement des passagers lors des arrêts. «C’est sans contrepartie.

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Ils ne paient pas le transport comme les passagers. Nous ne leur exigeons rien sauf que certains nous aident dans nos prestations», confie un agent de la compagnie “La Poste” qui préfère laisser le soin à ses responsables d’en parler. Contrairement aux autres compagnies où on note un laisser-aller dans l’exercice de cette nouvelle race de vendeurs, rigueur est tenue autour de leur intrusion dans certaines. «Nous comprenons que tout le monde doit vivre mais nous n’acceptons pas la pagaille à l’intérieur de nos bus. Vous remarquerez que très souvent ce sont les mêmes à bord. Ici c’est l’administration publique», nuance le même agent.

Aussi anecdotique qu’insolite qu’elle paraît, cette activité suscite la curiosité des passagers des bus tant la voie choisie par ces vendeurs pour gagner leur vie leur paraît noble. «C’est de la débrouillardise qui mérite d’être encouragée. Certains auraient préféré la facilité mais eux non», défend Jean Donkpègan en service à Cotonou.
Une affaire qui fait florès, reconnaît cet autre vendeur au teint clair abordé dans un bus de ‘’Amanga Transport Voyageurs’’ et dont le sobriquet difficile à prononcer déclenche souvent le rire au sein des passagers.