Véronique Janssen à propos de la coopération Union européenne-Bénin: « Le changement climatique est au cœur de nos programmes »

Par Anselme Pascal AGUEHOUNDE,

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Plus vieux que le Covid-19, le changement climatique est un phénomène qui agite le monde et concentre l’attention de tous les Etats. C’est d’ailleurs pour sensibiliser à cette réalité que la Délégation de l’Union européenne organise la Semaine de la diplomatie climatique. Véronique Janssen, chargée d’affaires de la Délégation de l’Union européenne au Bénin, explique ici l’enjeu de la semaine diplomatique et partage les axes de coopération entre l’Union européenne et le Bénin dans le sens de la protection de l’environnement.

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La Nation : En quoi consiste la Semaine de la diplomatie climatique ?

Véronique Janssen : L’Union européenne voit dans cette semaine une période de sensibilisation et de mobilisation de l’ensemble des acteurs autour de la problématique du climat. C’est aussi l’occasion pour elle de réaffirmer ses politiques et engagements par rapport au climat et de lancer un appel à ses partenaires pour une prise en compte sérieuse de la question du climat et son intégration dans les options politiques. En 2019, nous avions déjà organisé une semaine de diplomatie climatique au cours de laquelle nous avons participé à une session d’éco-running au quartier Fidjrossè avec Sachets Héloué ; organisé des activités manuelles avec les enfants des Ong”Atelier des Griots” et “Tamaee” sur le thème du recyclage – changement climatique et énergies renouvelables à la Maison des jeunes d’Akpakpa-Dodomey. Nous avions également participé à des émissions radios sur Ortb et Frissons au sujet de la thématique du changement climatique.
L’édition 2020 de la Semaine de la diplomatie climatique s’est étendue du 24 septembre au 11 octobre 2020. Les activités réalisées dans ce cadre sont essentiellement numériques: un concours de réalisation d’autoportrait avec des objets recyclés sur les réseaux sociaux; la publication d’une tribune dans la presse ; 4 émissions radios et télévisuelles sur des thématiques comme la protection de la biodiversité ; l’agro-écologie et l’assainissement ; la publication de vidéos de sensibilisation d’influenceurs, d’artistes et d’Ong du secteur sur Facebook, Twitter et Instagram ; la diffusion d’un quiz sur la biodiversité sur Facebook, Twitter et Instagram, une interview radiophonique pour sensibiliser et mobiliser le public sur le changement climatique. La diplomatie climatique est déterminante en dépit de la crise sanitaire.

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Pourquoi cette diplomatie climatique reste si importante en période de Covid ?

C’est à juste titre que la crise liée au Covid-19 avec son impact dramatique sur la santé et l’économie est au centre de notre attention immédiate. Toutefois, il faut se rendre à l’évidence qu’au moment où la planète s’allie pour trouver un vaccin pour le Covid, il n’y aura pas de vaccin pour le changement climatique. On peut considérer que les émissions de gaz à effet de serre ont été réduites de 30 à 35 % durant ces derniers mois, en grande partie grâce à la forte diminution du trafic aérien et routier. Mais cette baisse drastique repose sur une sobriété imposée et non organisée et certainement pas souhaitée. Cette réduction des émissions risque donc de n’être qu’éphémère.
De plus, les conséquences du changement climatique sont indéniables.

Depuis deux décennies environ, les régimes pluviométriques du Bénin connaissent des fluctuations parfois très marquées, caractérisées par des phénomènes de sécheresse, d’inondations et de pluies violentes. Ceci se traduit par des effets très visibles comme la montée fulgurante du fleuve Niger au mois d’août dernier qui a entraîné l’inondation de plus de 500 habitations et la destruction de 1700 hectares de cultures, pour un total de 56 000 sinistrés. Mais les principaux dangers ne se dévoilent que lentement et il est beaucoup plus difficile d’y remédier. C’est par exemple l’érosion des côtes qui menace les populations locales, ce sont les pluies tardives qui perturbent la semence, ou encore la sécheresse qui entraîne la disparition des récoltes, de la faune et de la flore et qui engendre l’appauvrissement des terres agricoles. Dans la presse béninoise, la directrice de Cabinet du ministre du Cadre de vie et du Développement durable a notamment relevé une baisse de la productivité agricole de 10 % sur les 10 dernières années due aux effets conjugués de la dégradation rapide des forêts et de la gestion non durable des écosystèmes.
Le changement climatique constitue aussi une menace à la paix et à la sécurité; il multiplie les risques d’instabilité géopolitique affectant en particulier les pays les plus vulnérables, avec des impacts dévastateurs allant de l’instabilité politique à l’insécurité alimentaire, aux faiblesses économiques et aux déplacements massifs de populations. Agir contre le changement climatique est donc agir en faveur de toute la population, qu’elle soit urbaine ou rurale. Et puisqu’il s’agit d’un défi sur le long terme, agir maintenant est également agir en faveur de la jeunesse puisque c’est elle qui payera le prix plus tard pour l’inaction dont on ferait preuve maintenant. Quand le Covid nous oblige à réfléchir à la relance économique, il est important d’y incorporer les leçons climatiques pour être sûrs que cet avenir soit le meilleur possible. Ensuite, il est tout aussi important de mobiliser toute la population autour de cette ambition.

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Quelle est la place de la lutte contre le changement climatique dans la politique de coopération de l’Ue aujourd’hui au Bénin ?

La lutte contre le changement climatique est au cœur de nos programmes et actions de coopération au Bénin et vise tous les secteurs vitaux du pays à savoir l’agriculture, l’eau, l’énergie, les écosystèmes, la stabilité et la sécurité. Quelques exemples concrets sont : la construction en partenariat avec l’Agence française de développement d’une importante centrale solaire à Onigbolo (dans la commune de Pobé ) avec une capacité de 25 Mw (la centrale Defissol), qui permettra de couvrir la consommation d’environ
180 000 personnes et de réduire les émissions de gaz à effet de serre à hauteur de 23 000 tonnes de Co2 par an sur une période de 25 ans ; l’appui aux autorités nationales dans le domaine du bois-énergie par le biais du programme de Renforcement des capacités des acteurs du secteur de l’Energie au Bénin (Recaseb), notamment à travers des formations ciblées pour des artisans charbonniers et des formateurs forestiers certifiés dans différents départements et bassins forestiers du pays. 155 artisans charbonniers ont ainsi été formés à utiliser peu de bois pour obtenir une grande quantité de charbon, ce qui permettra de lutter efficacement contre la destruction massive des ressources forestières ; la gestion des forêts de mangroves qui cible la Bouche du Roy exposée à l’érosion et où la mangrove joue un rôle essentiel dans la fixation des sédiments et le stockage du carbone…, la liste est longue. Le changement climatique est également le fil rouge de notre coopération avec le gouvernement, que ce soit dans l’accompagnement de mesures d’énergie renouvelable et efficacité énergétique avec le programme Recaseb de près de 12 milliards de F Cfa, ou nos activités et appui budgétaire dans le cadre de l’agriculture pour plus de 45 milliards de F Cfa.