Tenue de la présidentielle 2021: Les grandes leçons à tirer

Par Thibaud C. NAGNONHOU, A/R Ouémé-Plateau,

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En sus des appels à la paix qui ont porté leurs fruits, l’élection présidentielle du dimanche 11 avril dernier aura confirmé non seulement la maturité du peuple béninois mais aussi la pertinence des réformes politiques, surtout avec le constat d’un bannissement progressif de l’achat de conscience et de la corruption dans le jeu électoral.

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En attendant les résultats du premier tour de l’élection présidentielle du 11 avril dernier, le Bénin peut s’enorgueuillir d’avoir tenu le pari d’un scrutin pacifique. Il y a eu plus de peur que de mal face aux inquiétudes des uns et des autres à la veille du vote. Le scrutin s’est bien déroulé sur l’ensemble du territoire national en dehors de 16 arrondissements sur les 546 que compte le Bénin où le vote n’a pas eu lieu à cause des menaces de perturbation. Les électeurs ont exprimé dans le calme et la sérénité leurs suffrages en faveur du duo présidentiel de leur préférence. Le peuple béninois a montré sa maturité politique face à l’enjeu de cette élection présidentielle, la septième sous l’ère du renouveau démocratique. Puisque c’est la première fois que le Bénin expérimente l’élection d’un ticket présidentiel avec un duo candidat aux postes de président de la République et de vice-président de la République. Une innovation portée notamment par les réformes politiques opérées en 2018. Lesquelles auront d’ailleurs le mérite de réduire de façon nette le nombre de candidats à cette joute électorale.
Le Bénin a fini ainsi avec la pléthore de candidatures à l’élection présidentielle où l’on a noté 33 candidats en 2016 ; 14 en 2011; 26 en 2006; 17 en 2001 ; 7 en 1996 et 13 en 1991. Ce nombre de candidatures relativement léger est perçu comme une grande avancée démocratique, au-delà des difficultés liées au système de parrainage d’élus maires et députés qui a empêché certaines figures de l’opposition d’être au rendez-vous de ce scrutin. Car, sans les 16 parrains requis, leurs dossiers de candidatures ont été rejetés. Aucune dérogation n’a été possible surtout après la décision de la Cour constitutionnelle en janvier 2021 qui s’est déclarée incompétente par rapport aux recours contre l’application du système de parrainage. Cette décision de la haute juridiction a sonné comme un coup de massue pour une partie de l’opposition qui avait fondé tout son espoir sur le juge constitutionnel dans son souhait de voir reporter sine die l’application du système de parrainage à défaut de l’abroger.

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Maintenir le cap !

Dès lors, la Commission électorale nationale autonome (Cena) n’a plus eu d’autre choix que d’appliquer la loi de façon rigoureuse et sans état d’âme. Ainsi, sur les 20 candidats dont certains en duo ayant déposé leurs dossiers, 17 ont vu leurs candidatures rejetées pour défaut de certaines pièces surtout les parrainages. A l’arrivée, les duos Patrice Talon-Mariam Chabi Talata, Corentin Kohoué-Iréné Josias Agossa et Alassane Soumanou Djimba-Paul Hounkpè ont été retenus car ayant rempli les critères prévus par la loi. Ces trois tickets présidentiels sont les seuls à être autorisés à battre campagne avec les partis politiques qui les soutiennent.
Cette campagne électorale qui s’est déroulée, du 26 mars au 9 avril dernier, s’est beaucoup basée sur le programme de société des duos candidats pour le prochain quinquennat. Les électeurs ont été sensibilisés à faire leur choix sur la base des projets de développement. Ce qui n’était pas le cas par le passé où la période électorale est le moment pour les hommes politiques de distribuer des billets de banque pour acheter la conscience des électeurs. Ainsi, l’on a vu très peu d’argent circuler lors des meetings politiques des candidats. Il en est de même pour la pratique du porte-à-porte qui se menait souvent la nuit d’avant ou le jour du scrutin. Certains candidats et acteurs politiques saisissaient ce temps mort après la clôture officielle de la campagne électorale pour tenter de corrompre à coups de billets de banque des électeurs et autres indécis et les obliger à voter dans tel ou tel sens. Ces mauvaises pratiques qui n’honorent pas le jeu démocratique n’ont pas eu cours lors de l’élection présidentielle du 11 avril dernier. Sinon, elles n’étaient pas si prononcées comme par le passé. Au point où on a entendu certains électeurs, visiblement habitués à la corruption en période électorale, s’en plaindre. Mais ils ont fini par comprendre que les choses ont changé. Autre temps, autres mœurs. L’heure est au bannissement de l’argent dans le jeu politique pour laisser place à la promotion des projets de société. L’équité et la transparence dans le jeu politique sont tributaires de la lutte contre la corruption électorale. Vivement que cette bonne pratique se pérénise.