Taïbou Ba, naturaliste et écologue sénégalais: «Les Africains doivent aller vers la mer pour faire l’économie bleue»

Par Bruno SEWADE,

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En marge des ateliers sur la planification spatiale marine et les aires marines protégées auxquels il a pris part en tant que facilitateur, à Cotonou au Bénin, du 15 au 18 octobre dernier, le naturaliste et écologue sénégalais, Taïbou Ba, estime que les Africains doivent se tourner vers la mer pour faire de l’économie bleue.   

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La Nation : Monsieur Taïbou Ba, vous êtes naturaliste et écologue venu du Sénégal. Vous êtes bien au courant des pressions exercées aujourd’hui sur les zones marines et côtières des pays de l’Afrique de l’Ouest. Quelles en sont, selon vous, les causes?   

Taïbou Ba : Les pressions sont de deux ordres: les pressions directes et les pressions indirectes. Les pressions directes sur les milieux marins et côtiers sont exercées aussi bien par les populations qui sont des usagers qui vivent dans ces milieux, que par des bateaux étrangers qui viennent pêcher dans nos eaux et même d’autres bateaux qui n’ont pas de licence mais qui viennent faire la surveillance sur nos eaux marines pour pêcher.  
Les causes indirectes, c’est notamment le changement climatique. Tout le monde est confronté à ce phénomène de changement climatique avec une augmentation du niveau de la mer. Il y a même des pluies qui sont à la base des inondations dans les zones côtières. Tout cela contribue à la dégradation de notre environnement marin et côtier et il est temps que nous y prenions garde.        

De quels moyens dispose-t-on pour éviter tout ce qui est perturbation et qui est du fait  de l’homme ?
Le projet de gestion intégrée des zones marines et côtières signé dans le cadre de la Convention d’Abidjan va dans ce sens. Quand on parle de planification spatiale marine, cela renvoie à comment planifier les espaces marins et côtiers, comment appeler tous les usagers de ces espaces à gérer leurs activités sans pour autant gêner l’autre tout en conservant l’environnement. C’est un outil qu’on veut mettre en place à titre préventif. L’autre élément, c’est la sensibilisation de tous les acteurs, mais aussi l’éradication de la pauvreté. Car, tant que les gens n’ont pas les moyens de subsistance, vous avez beau dire de ne pas aller pêcher dans les zones interdites, ils vont y aller, parce que c’est une question de survie.

Les espaces marins et côtiers regorgeraient de valeurs inestimables. Quelles sont ces valeurs, selon vous ?

La mer regorge de plusieurs valeurs et tout le monde le sait. Il y a des valeurs écosystémiques, des valeurs économiques, des valeurs sociales ainsi que des valeurs environnementales. Presque 72 % de ce que nous mangeons vient des mers. C’est un milieu que nous, Africains, nous négligions avant. Mais avec la rareté des ressources maintenant, les Africains doivent se tourner vers la mer pour faire ce qu’on appelle de l’économie bleue qui est déjà développée au niveau des pays occidentaux. On sait que la mer est maintenant l’avenir des pays du continent, surtout que dans plusieurs pays, on a fait des découvertes de projets de gaz et d’offshore qui peuvent être des leviers de notre développement si on y prend garde et si on planifie les activités également.

Comment faire pour éveiller la conscience des Africains afin que ces espaces leur profitent réellement ?

C’est ce que nous développons. Premièrement, dans le cadre du projet de gestion intégrée des zones marines et côtières signé dans le cadre de la Convention d’Abidjan, nous élaborons actuellement un document sur l’environnement côtier. Ceci permettra aux différents gouvernements de savoir quel est l’état des mers et des côtes. Deuxièmement, nous faisons la planification de la pêche marine pour que l’espace soit planifié. Que le pêcheur artisanal connaisse sa zone et le pêcheur industriel la sienne ; et que ceux qui font le transport maritime respectent leur zone de même que ceux qui exploitent le pétrole. Chacun respecte sa zone et exerce ses activités sans pour autant gêner l’autre. La planification est un processus qui se rapproche de l’écosystème. Si c’est vraiment mis en place et appliqué, on aura une meilleure gestion de nos ressources. C’est un défi pour nous. Car, il n’y a pour le moment que trois pays africains qui sont en train de le faire. Il s’agit du Bénin, de la Côte d’Ivoire et du Ghana. Avec cela, on espère commencer par gérer nos océans.

Quels sont les résultats dans ces pays-là ?

On vient de commencer. Le projet n’a que deux ans. Ces trois pays n’ont commencé par faire que des exercices de planification. En Afrique, le seul pays qui a fait déjà la planification, c’est l’Afrique du Sud. En Afrique de l’Est, du Centre et de l’Ouest, on est vierge pour le moment. Grâce à la Convention d’Abidjan avec ce projet, on a essayé de commencer à intégrer le processus.                      

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