Sécurité dans les zones frontalières: Les priorités d’action pour un climat de paix

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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La question sécuritaire prégnante dans les zones transfrontalières sera résolue par la mise en œuvre de plans locaux de sécurité. Des priorités d’action sont définies pour préserver le climat de paix et les richesses nationales dans les communes concernées.

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Le Guide méthodologique des Plans locaux de sécurité (Pls) dont le Bénin s’est doté en 2014 prend corps. La phase pilote s’est concrétisée avec le lancement du tout premier Pls, celui de la commune de Kétou pour la période 2021-2030, après un diagnostic révélant un malaise d’insécurité chez les populations des zones frontalières.
Les espaces frontaliers terrestres couvrent dix des douze départements, soit 36 communes frontalières sur les 77 que compte le Bénin pour quelque 90 arrondissements concernés. Ces zones regorgent d’importantes ressources naturelles, comme le fer à Loumbou-Loumbou et à Madécali, l’or à Perma, etc. Le coton qui porte la croissance du pays vient en grande partie de Banikoara, une commune frontalière avec le Burkina Faso en proie aux actes terroristes.
L’enjeu est grand et il convient de doter chacune des communes concernées d’une stratégie territoriale de maîtrise des questions sécuritaires en lien avec les Plans de développement communal (Pdc), confie Dr Marcel Ayité Baglo, directeur général de l’Agence béninoise de gestion intégrée des espaces frontaliers (Abegief). Le Pls permettra au maire de coordonner l’ensemble des activités de police administrative dans sa commune afin d’assurer l’ordre, la tranquillité, la sûreté et la salubrité publics.
Après Kétou, six communes suivront l’année prochaine dans le cadre de la phase pilote de la mise en place des Pls, notamment dans des « zones en crise » se situant dans les communes du Borgou, de l’Alibori et de l’Atacora, précise Dr Marcel Ayité Baglo. « Les frontières sont à prendre de mieux en mieux au sérieux. Car, quand l’Etat est absent, il est remplacé soit par les religieux, soit par les entrepreneurs de violence, les délinquants », explique-t-il.
Dans toutes les régions en crise dans la sous-région, que ce soit au Mali, au Burkina Faso, au Nigeria, au Niger, il y a une forte coïncidence entre les zones frontalières et les zones où le terrorisme sévit, fait remarquer Marcel Ayité Baglo. « Les années à venir doivent être consacrées au développement des espaces frontaliers», préconise-t-il, plaidant pour une discrimination positive à l’égard des zones frontalières. « C’est pourquoi notre pays a pris l’option d’aller vers le développement humain dans ces zones-là, en mettant l’accent sur la sécurité ; d’où la nécessité de faire participer ces populations à la coproduction de la sécurité », précise-t-il.

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Diagnostic

Outre les vols de toutes sortes, les cambriolages, les viols, la contrebande de produits prohibés (drogues, armes, faux médicaments), les zones frontalières connaissent une prolifération anarchique des mosquées et églises, lesquelles s’installent sans autorisation et sans un regard de l’autorité communale. Ce libertinage facilite le blanchiment d’argent, l’endoctrinement des fidèles et engendre des clivages interreligieux pouvant amener à l’extrémisme violent. Une étude qualitative exploratoire sur les risques et facteurs potentiels de radicalisation et d’extrémisme violent, réalisée pour le compte de l’Union européenne (Ue) par une équipe d’experts nationaux dans les quatre départements du Nord en octobre 2018 a alerté sur la situation préoccupante à Kandi, Malanville, Matéri, Natitingou, Parakou, Tanguiéta, Djougou, Nikki.
C’est aussi le cas à Kétou où l’analyse diagnostique en prélude à l’élaboration du Pls laisse à craindre dans un contexte régional de montée en puissance des mouvements radicaux et des rébellions. Comme dans d’autres localités frontalières avec le Nigeria, il y est également noté que la souveraineté de l’Etat est mise à rude épreuve par la prédominance du naira, la monnaie nigériane, sur le franc Cfa en vigueur au Bénin.
A tout cela s’ajoutent les conflits fonciers, les problèmes de délimitation des frontières avec les localités voisines et les rivalités liées à la transhumance qui engendrent souvent de nombreux dégâts matériels et humains. Toutes choses qui induisent un climat de méfiance et de terreur et justifient la réticence de certains fonctionnaires et des hommes d’affaires non autochtones à s’installer dans ces zones. Par exemple, la commune de Kétou ne dispose d’aucune banque, ni d’aucun centre de loisirs digne du nom.

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Parer au plus pressé

Fort de ces constats, les plans locaux de sécurité viennent à point nommé pour déterminer les priorités d’action ainsi que des réponses opérationnelles et ciblées pour faire face à la criminalité transfrontalière, au grand banditisme, à l’incivisme, aux prémices de la radicalisation et de l’extrémisme violent qui menacent les populations.
Outil d’organisation spatio-temporel et de gestion à base communautaire de la sécurité de proximité, le Pls a pour but d’élargir la chaîne des acteurs intervenant dans la prévention et la gestion de la sécurité dans une collectivité territoriale décentralisée. En plus des efforts déjà déployés par l’Etat central et les autorités à divers niveaux, il s’avère un « instrument précieux » qui contribuera à instaurer un climat stable et permanent de paix en vue d’un développement harmonieux et durable de la commune, estime Lucie A. Sessinou, maire de Kétou.
Le plan implique le gouvernement central à travers les unités en charge de la sécurité, les élus locaux, les acteurs de l’éducation nationale, les services fiscaux, les chefferies traditionnelles, le secteur privé local, les organisations socioprofessionnelles, les confessions religieuses, les organisations de jeunes et de femmes, les représentants des communautés étrangères. Il permettra d’intensifier la collaboration entre les différents maillons de la chaîne locale de sécurité et de faire comprendre à chacun les enjeux de sa participation à la lutte contre la criminalité.