Second tour de l’élection présidentielle: Patrice Talon : le retour en grâce d’un banni

Par Kokouvi EKLOU,

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Accusé de tous les péchés d’Israël après avoir fait la pluie et le beau temps dans l’univers du coton, Patrice Talon renoue avec la réussite qui naguère faisait de lui l’un des plus puissants hommes d’affaires du pays. La politique qu’il n’a côtoyée que pour favoriser l’ascension de ses acteurs semble aujourd’hui lui ouvrir grandement les bras.

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La présence du public venu en masse ce 23 février au stade municipal de Natitingou tient plus d’un désir de satisfaire une curiosité qu’à tout. En dépit de la longue attente l’envie de voir l’homme dont les ennuis avec le pouvoir de Boni Yayi ont défrayé la chronique, ne s’est point altérée. Taille moyenne, cet homme de 58 ans à la barbichette grise peu fournie, en pleine campagne électorale attise les passions. Le public s’est tôt laissé charmer par la verve et la lucidité de celui qu’on lui a toujours présenté comme un prédateur de l’économie nationale. Eloquent, élégant et stylé dans sa posture, l’ancien banni de la République en rajoute une couche à ses atouts en se fendant de compliments pour reconnaître à ce public tout le soutien qu’il lui a porté au cours de son exil et toutes les prières faites à son endroit pour son retour au bercail. Avec un brin d’émotion contenue par son assurance et son aisance à communiquer et un sens d’anticipation sans pareil. Quelque peu bluffés par le candidat en course pour la présidentielle, bon nombre d’entre eux s’en iront chez eux, convaincus par ses atouts maîtres.

Candidat de la Rupture, Patrice Talon s’estime capable de changer le visage de son pays devenu à ses yeux «une terre de misère pour ses propres fils».
«Mon pays va mal sur tous les plans», admet-il. Egrenant un chapelet de maux tels que le chômage des jeunes, la mal gouvernance, la corruption, la politisation à outrance de l’administration…Un tableau sombre qu’il entend redorer avec sa capacité à s’entourer de compétences et à s’offrir toutes sortes d’expertises. Il se reconnaît un talent. Celui de traquer des valeurs pour réussir dans ses entreprises. «Quand la maison brûle il n’y a pas que le pompier pour aider à éteindre le feu», défend-il pour montrer combien il mesure les défis à relever à la tête de son pays. Face à la déchéance morale et aux impairs de la politique politicienne, il pense être la solution pour redresser la barre. Pour lui rien ne vaudra des réformes structurelles pour remettre les pendules à l’heure. Puisant dans son expérience personnelle, il estime que l’on peut vaincre la fatalité. Son success-story en est un témoignage.
Aspirant à une carrière dans l’aéronautique, le golden boy se reconvertira dans le commerce après des tests non concluants. Parti de rien, ses activités font florès et l’installent au premier rang des fournisseurs d’intrants agricoles de l’Etat. «Je ne suis pas un banquier mais tout son contraire. Si le banquier sait garder l’argent, moi je sais comment le chercher. Aucun banquier ne me résiste», lâche-t-il pour montrer comment il compte à travers son esprit entreprenant et son goût prononcé pour les affaires impulser le développement au Bénin.
Avec une équipe de dirigeants bien inspirés et compétents il clame avec une effarante modestie sa capacité à mettre en œuvre avec succès un programme de relance de l’économie nationale dans un environnement apaisé de démocratie et de liberté.

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Solo d’un golden boy

Favori du second tour de la présidentielle, le 20 mars prochain, fort du ralliement des candidats membres de la Coalition de la Rupture dont Sébastien Germain Ajavon, Pascal Irénée Koupaki et Abdoulaye Bio Tchané, Patrice Talon joue la carte de l’unité pour tourner la page du régime du président Thomas Boni Yayi dont il a soutenu l’avènement en 2006 et le maintien en 2011. Convaincu à l’instar de nombre de ses électeurs que le dauphin du chef de l’Etat ne saurait se démarquer de la tutelle de son mentor pour des réformes conséquentes pour un renouveau du pays, le candidat oppose à ses détracteurs sa bonne foi et sa mue, marqué par les tourments de l’exil et la situation dégradante des conditions de vie de ses concitoyens. Pris individuellement, les Béninois sont remplis de talents et de dynamisme mais sont malheureusement englués dans des travers qui ne facilitent guère leur éclosion et épanouissement, juge-t-il avec cet esprit de compétiteur qu’il prône.
Première fortune du Bénin, lui qui se dit un privilégié pour s’être fait dans le monde des affaires, le coton notamment (400 millions de dollars soit 2000 milliards de francs CFA selon un classement Forbes), a surpris nombre d’observateurs de la vie politique du pays en arrivant deuxième derrière Lionel Zinsou, candidat de l’Alliance dite républicaine composée des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe), du Parti du Renouveau démocratique (Prd) et de la Renaissance du Bénin (RB). Entouré au départ d’un cercle restreint d’amis, d’employés de ses sociétés qui en comptent 7000 et d’une poignée d’acteurs politiques, il s’est appuyé sur un réseau très achalandé de producteurs de coton et d’acteurs du monde rural pour s’ancrer dans le cœur des populations. L’un de ces politiciens confiera d’ailleurs que «soutenir Patrice Talon c’est trahir Boni Yayi». Seul contre tous au moment où Sébastien Germain Ajavon et son désormais challenger au second tour recrutaient du monde à leur cause, il s’investissait dans les contacts de proximité. Une stratégie qui fait mouche dans de grandes villes du pays telles que Cotonou, Bohicon, Abomey et Calavi. Mieux il doit une fière chandelle à la campagne d’intoxication de ses détracteurs. Au lieu de l’installer dans la gadoue, elle fait remonter sa cote de popularité auprès des électeurs outrés par les attaques et persécutions dont il a fait l’objet dans un passé récent. Le pestiféré devient la coqueluche de tout un peuple habitué à célébrer ces genres de victimes.
Avec l’espoir que le soleil luira de plus belle pour le peuple béninois sous ses hospices Patrice Talon a repris le chemin des hameaux et faubourgs du pays pour convaincre les 75% de Béninois encore indécis quant à porter leurs suffrages sur lui pour le nouveau départ qu’il indique à travers son projet de société.?