Saisine de l’Académie francaise ( Croisade contre les violences faites aux femmes : méditation sur la situation)

Par Collaboration extérieure,

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A l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, nous titrions naguère un article ‘’ Nécessaire abandon du concept du sexe faible et nécessité de saisine de l’Académie française’’. Nous tirons avantage de la croisade que mène la ministre des Affaires sociales pour rendre compte de notre engagement en saisissant

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Madame le Secrétaire Perpétuel de l’Académie française dans les termes qui suivent :
« J’ai l’insigne honneur de soumettre à votre bienveillant jugement l’impact effectif qu’a la locution nominale ‘’Sexe faible’’ inscrite au dictionnaire, sur toute politique d’émancipation de la femme notamment dans les pays de l’espace francophone d’Afrique et de suggérer à votre Haute Autorité de bien vouloir se pencher sur l’opportunité de favoriser une expression alternative.

I- Notre argumentaire

De la légitimité du recours à l’Académie

Dans le monde francophone, et particulièrement en Afrique subsaharienne, nous nous prévalons, ainsi que vous le savez, d’une culture ambivalente : l’une fondamentale ayant pour ressort la tradition et l’autre d’apport que véhicule la langue française qui, par son intermédiaire, défend par ricochet, les valeurs de l’Hexagone auprès d’environ 300 millions de locuteurs répartis sur tous les continents dont 212 millions en font un usage quotidien, si nous nous fions aux statistiques dont nous disposons. Et il n’est pas superflu de rappeler que l’espace francophone africain utilise le français, tout à la fois, comme langue de première socialisation, d’usage courant, de travail et d’enseignement. Son influence sur les mentalités de l’espace qu’elle dessert, au rang duquel figure mon pays, la République du Bénin, est si décisive qu’elle autorise ceux qui la pratiquent à appeler l’attention de l’Académie sur les effets induits qu’elle entraine sur le comportement des populations en certaines approches, et singulièrement, en matière de respect des droits de la femme.

Du fondement de notre requête

Nous fondons notre requête de réforme de la locution ‘’ sexe faible’’ sur la différence que nous faisons entre l’origine d’un mot et l’expression émotive qui en est donnée par le biais de la langue. L’origine nous parait tributaire de l’histoire qui peut remonter aux temps immémoriaux, et l’on n’a pas compétence à modifier les données de l’histoire quand bien même littéraires. A ce titre, l’on peut comprendre que la locution’’ sexe faible’’ que nous mettons sur la sellette, à présent, reste dans sa substance et à travers les âges, figée dans le dictionnaire. Si, trouvant son origine et sa signification dans la bible, elle n’y apparait qu’au dix-huitième siècle, c’est qu’elle reflétait l’état de la considération que l’on donnait à la femme en ces temps-là. Et il sied de reconnaitre, en l’occurrence, que l’Académie elle-même ne s’était pas toujours montrée bien accommodante avec la gent féminine. Le respect que nous devons à l’Institution, en ces temps présents, ne nous autorise point à rapporter les propos, on ne peut plus outrageants, d’académiciens tels Louis Simon Auger au dix-neuvième siècle ou Pierre Gaxotte en plein siècle dernier qui, estimons-nous, ont contribué à tenir, jusqu’en l’année 1980, les femmes à bonne distance de l’auguste assemblée ; d’ailleurs, ne compte-t-elle pas à ce jour que cinq d’entre elles au milieu de vingt-neuf hommes ?
Quant à l’expression qui est donnée au mot par la langue, elle nous parait devoir évoluer pour tenir le plus grand compte des réalités socioéconomiques des temps présents.

Du déphasage de l’expression ‘’sexe faible’’ avec les réalités sociales des temps modernes et son handicap dans le processus d’émancipation de la femme.

Il se fait que les temps ont bien changé depuis lors et que la situation sociale de la femme a évolué tant et si bien que l’expression ‘’sexe faible’’ est devenue non seulement anachronique, mais aussi embarrassante ; et, qui plus est, handicapante autant pour la défense des droits de la femme que pour la promotion de son émancipation. L’on peut comprendre cependant que, prenant le contre-pied de ce point de vue, d’aucuns rétorquent, d’entrée de jeu, que l’expression n’est handicapante d’aucune manière dans la mesure où elle se révèle n’entraver en rien la détermination des Françaises à poursuivre leur lutte notamment aux fins d’obtenir l’égalité des salaires et la parité dans tous les organes de décision.

Elles restent donc fermement ancrées dans la dynamique qui les anime depuis fort longtemps pour conquérir leurs droits civiques et sociaux avec pour référence ceux dont bénéficient les hommes, apparemment sans se soucier, outre mesure, du qualificatif que le dictionnaire leur attribue. Il convient de reconnaitre, cependant, que dans leur pays, elles ont l’avantage d’être accompagnées et soutenues par l’évolution des esprits, la loi, et même par la solidarité de la gent masculine éclairée.
Force est de constater, toutefois, que dans le reste du monde francophone, en l’occurrence africain, cette dynamique n’en est qu’à ses débuts ; elle est donc fragile. Et au lieu que l’expression qui étiquette la femme l’épaule et la conforte, elle étouffe dans l’œuf cette dynamique naissante, dégradant et rabaissant d’emblée la femme dans les esprits en la discriminant systématiquement. La chose est d’autant plus dommageable en Afrique que déjà, l’éducation traditionnelle, celle donnée au village, enseigne sans nuances et tout en bloc, la suprématie de l’homme sur la femme.
En outre, les petites filles et les petits garçons scolarisés apprennent à l’école que ‘’sexe faible’’ signifie femme et que, de manière discursive, l’homme est le sexe fort. Les enfants grandissent avec cette perception de la gent féminine et l’homme contracte mariage avec l’intime conviction qu’il est seul maitre à bord et, qu’en toutes circonstances, la femme, considérée comme une mineure, devra suivre. La femme ordinaire y va avec cet esprit de soumission doublé du sentiment de résignation qui s’ensuit. Et l’expression ‘’sexe faible’’ donne, malencontreusement, l’impression de corroborer et d’entériner cet état de choses.

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De l’innovante responsabilité citoyenne et sociopolitique des académiciens

Il est de notre opinion que si l’on ne peut manipuler l’origine d’un mot, l’expression qui en résulte devrait, à un moment donné du temps, pouvoir être retouchée de quelque manière, particulièrement lorsque la prise en compte de son évolution s’avère nécessaire pour garantir le progrès de l’humanité et la paix sociale. Il est de notoriété publique que la situation de la femme est devenue un enjeu politique majeur, ressortant du bien-être social et de la gestion des affaires publiques. Nous estimons que, dans ce cadre, l’Académie pourrait jouer sa partition en évitant de laisser en l’état toute expression qui, en raison de sa permanence, refrène l’émancipation de l’individu et, en la circonstance, celle de la femme. Elle devrait, pensons-nous, se donner une double responsabilité citoyenne et sociopolitique toute particulière en veillant à ce qu’aucune expression du dictionnaire sous son contrôle ne compromette quelque avancée sociale que ce soit ni ne fasse spécifiquement barrage aux droits de la femme, source de vie qu’elle est. Nouvelle et innovante elle sera, certes, cette responsabilité, d’autant qu’elle transcendera la traditionnelle et tacite neutralité de l’Académie vis-à-vis des affaires publiques alors que les mots dont elle a la garde à travers le dictionnaire peuvent, par leur substance, leur définition et, des fois, leurs interprétations divergentes, influer gravement sur la concorde sociétale tant à l’échelle nationale qu’internationale.
En dernière analyse, il appert que la notion de ‘’sexe faible’’ que véhicule la langue française à travers le monde entier manque de rimer avec la valeur ‘’Egalité’’ inscrite dans la devise française et considérée comme un ‘’principe de la République’’. L’expression nous paraît, en effet, rompre avec le principe de l’égalité tant du point de vue métaphysique que constitutionnel en laissant entendre que toute force se trouve du côté masculin et qu’à l’inverse, toute faiblesse est l’apanage de la femme. La dichotomie ainsi entretenue par le dictionnaire interfère inopinément dans la lutte que nous autres, menons dans l’espace francophone africain, en faveur de l’émancipation de la femme. Elle dérange d’autant que, sous son couvert, des hommes, quand bien même lettrés, ont tendance à se comporter envers leurs compagnes avec un machisme d’une autre époque, que continue de véhiculer pourtant la langue française, à son corps défendant certes, mais à mal escient, il faut bien en convenir.

Des instruments du changement de la donne et de la marge d’intervention de l’Académie

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Pour changer l’image, on ne peut plus négative que donne littéralement le dictionnaire de la femme, l’Académie ne pourrait-elle pas mettre à contribution sa rubrique ‘’A dire, et ne pas dire’’ à travers laquelle elle veille sur le bon usage des mots, de l’orthographe et des tournures de la langue ? Nous estimons qu’elle pourrait utiliser ce site, somme toute populaire, pour transformer fondamentalement les regards que les garçons et les adultes masculins portent sur les filles et les femmes.
De plus, la révision du dictionnaire par une commission spécifiquement chargée d’y procéder que, du reste, vous présidez vous-même, est effective. A cette occasion, il convient de rappeler, à tout seigneur tout honneur, que cherchant déjà à amoindrir la misogynie de la locution ‘’sexe faible’’, l’Académie avait également attribué à la femme le qualificatif ‘’beau sexe’. Mais il sied de reconnaître que, nonobstant cette tentative d’ennoblissement en quelque sorte de la première, les deux locutions restent sexistes et, à notre avis, suffisamment condescendantes et péjoratives envers la gent féminine pour justifier une nouvelle intervention de l’Académie.
Il est vrai que l’Institution aura beau jeu de faire valoir qu’elle n’enregistre pas, en France, un mouvement réprobateur de l’usage ni de l’une ni de l’autre locution dont elle pourrait prendre acte et réagir conséquemment, le cas échéant. Et c’est là que le bât blesse. Le dictionnaire et l’Académie qui le gère sont dans le giron de la France et condamnés à faire cause commune. Mais alors que le dictionnaire a cours dans un espace autrement plus vaste que l’Hexagone et que la signification des mots qu’il contient peut avoir des résonances sociales différentes, selon que l’on se trouve en territoire français ou dans les autres territoires francophones, l’Académie ne donne pas l’impression de le suivre.
Certes, les Françaises n’en ont cure de la manière dont le dictionnaire les qualifie dans la mesure où elle n’entrave en rien leur combat et que la législation française les soutient, mais il ne saurait en être de même dans le reste de l’espace francophone où la locution ‘’sexe faible’’ impacte les comportements et où les femmes ont besoin de voix d’intercession pour se faire entendre de l’Académie, mais aussi des autorités politiques de leurs pays respectifs ; c’est, du reste, à cette sollicitude que nous répondons. Il nous parait, en l’occurrence, que la double responsabilité citoyenne et sociopolitique à laquelle nous exhortons l’Académie devrait lui permettre également de prendre en considération les préoccupations spécifiques de l’espace francophone autre que français.

II- Notre plaidoirie

Outre sa finesse et sa délicatesse que l’homme n’a généralement pas, la femme incarne, sous nos cieux en tout cas, la volonté forte et la détermination dans les fonctions qu’elle occupe ; de même, elle assume avec dignité et abnégation les charges qui lui incombent. Dans nos sociétés, elle est, tout à la fois, épouse, mère, éducatrice et, bien souvent, seule source de revenus de la famille. Elle est mère, et la nature lui a donné l’instinct maternel pour qu’elle s’occupe de ses enfants en symbiose avec son mari. Mais force est de constater que, dans bien des cas, la charge des enfants revient à elle seule ; le papa démissionne bien trop souvent et se décharge carrément de l’éducation des enfants ainsi que des frais y afférents sur leur maman.
Abstraction faite des intellectuelles qui, au demeurant, ne représentent qu’une infime partie de la gent féminine, la femme africaine est commerçante, travailleuse agricole, vendeuse à l’étalage, vendeuse ambulante, ouvrière dans les marchés, tout cela sous le chaud soleil ; servante dans les ‘’maquis’’- restaurants populaires ainsi désignés chez nous- et que sais-je encore ? C’est elle qui, son bébé langé dans le dos, s’en va de bonne heure, chanson et sourire aux lèvres cependant, puiser l’eau qu’attend son homme pour se laver. Les sacrifices qu’elle consent à faire n’autorisent vraiment pas à continuer de ne voir en elle que sexe, faiblesse de son sexe et beauté de son sexe par le biais du vocabulaire de la langue qui, paradoxalement, est dans nos pays, celle de la promotion sociale. La femme africaine n’est pas sexe faible, elle est courageuse sans préjudice du fait que, par les temps qui courent, aucune femme au monde ne mérite plus les attributs que lui donne le dictionnaire.
De nos jours, les femmes instruites de la planète Terre entière entrent en force dans la vie politique et dans la gestion des affaires publiques au niveau tant civil que militaire. Elles investissent aussi bien les secteurs économiques que scientifiques et littéraires.
En outre, l’on ne saurait faire abstraction du fait qu’elles ont participé et participent toujours aux guerres de libération et qu’elles sont aujourd’hui présentes dans les systèmes de défense des pays de la sphère francophone. Dans le mien, elles ont jadis démontré leur courage guerrier ‘’marchant sur les hommes et les défiant’’ dans les conquêtes territoriales de nos rois et dans la lutte contre les forces d’occupation. Amazones, ces dernières les avaient dénommées, en raison de leur combattivité ; forces guerrières féminines hors pair n’ayant rien à voir avec la mythologie grecque. Le Bénin, Dahomey d’antan, était alors dirigé en ce début du dix-huitième siècle, par une reine.

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III- Nos conclusions : Une dénomination innovante : ‘’la matrice de la vie’’

C’est pour toutes les raisons ci-dessus évoquées, et tout bien pesé, que nous nous permettons de suggérer à votre Haute Autorité, Madame le Secrétaire Perpétuel, d’envisager une alternative à la locution ‘’sexe faible’’ et de favoriser l’expression ‘’matrice de la vie’’. Nous tournerons ainsi définitivement le dos aux deux composantes du traditionnel ‘’sexe faible’’. La biologie et l’identification civile requièrent la différenciation de l’espèce humaine par le sexe, légitimement si tant est que l’on ne peut faire autrement ; mais hors de cette considération, l’usage du terme ne paraît point bienséant parce qu’il induit tout aussi légitimement et déjà, la pudeur. Et lorsque, de surcroît, on lui accole le qualificatif ‘’faible’’ portant jugement de valeur, c’est marginaliser socialement la femme à qui s’applique la locution ne voyant en elle que sexe et faiblesse alors que sa fonction est la plus sociale qui soit. C’est elle qui donne la vie, c’est elle qui fait l’ossature de la société ; elle en est la matrice.

Peut-être aussi que, faisant d’une pierre deux coups, l’expression que nous suggérons rehaussera, par ricochet, celle de ‘’ gent féminine’’ qui, elle aussi, connaît une tendance à l’ironisation. En tout état de cause, nous aimons à penser que notre suggestion, ou toute autre qui vous paraîtra meilleure, aura l’avantage de conforter et de positiver le rôle initial de la femme dans la société de l’espace francophone afin d’y permettre son émancipation à l’instar de l’homme ; et ce ne sera qu’équité.
Nous concevons, néanmoins, que la locution ‘’sexe faible’’ ne disparaisse pas du dictionnaire; il faut bien qu’elle témoigne de la considération faite à la femme jusqu’alors. Nous souhaitons par contre qu’elle soit affectée de la mention anachronique ou désuet, au même titre que son succédané ‘’beau sexe’.
Au total, il nous plaît d’espérer que par sa rubrique ‘’ A dire et à ne pas dire‘’ et qu’à la faveur d’une révision du dictionnaire, l’Académie débarrassera la femme de l’attribut désobligeant de ‘’sexe faible’’ qu’elle traîne comme un boulet depuis des siècles alors que, décidément, elle ne le mérite point. Pourrions-nous, également, nous avancer à dire que l’espoir est de mise dans la mesure où, à nous fier aux informations dont nous disposons, la commission compétente de l’Académie se propose de ‘’refléter l’adaptation de la langue à l’évolution de nos sociétés’’ dans la prochaine édition du dictionnaire ? Nous recourons à la mémoire du Cardinal de Richelieu qui, en confiant la défense de la langue française aux « Immortels », leur demandait, tout à la fois, de la ‘’ normaliser’’ mais aussi de la ‘’réformer ‘’ »

Candide Ahouansou