Résidence thématique d’artistes à Hambourg: Eliane Aïsso relance le débat sur le colonialisme

Par Josué F. MEHOUENOU,

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La nouvelle résidence thématique d’artistes de l’association Kulturforum Süd-Nord a reçu pour le compte de l’acte 1, l’artiste béninoise Eliane Aïsso pour un séjour à Hambourg. Pendant deux semaines, elle a exploré les vestiges de la ville et partagé avec le public, son regard critique sur les vestiges coloniaux à travers les photos prises par elle et travaillées suivant sa technique.

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Des œuvres photographiques sur les vestiges coloniaux de la ville de Hambourg. C’est ce qu’a fait découvrir la jeune artiste plasticienne béninoise, Eliane Aïsso, à la population Hambourgeoise au terme de son séjour dans cette ville au mois d’août dernier. La jeune artiste y a séjourné dans le cadre du projet de résidence « Exploration inversée de la ville et les citoyens de Hambourg » initié par l’association Kulturforum Süd-Nord à travers son président fondateur, Stephan Köhler. Cette initiative soutenue par le ministère de la Culture de Hambourg, avec la participation des artistes de diverses nationalités, s’est ouverte entre autres pour le compte de l’acte 1 de sa première édition à la jeune artiste plasticienne béninoise Eliane Aïsso.

Pur produit du Studio national des arts contemporains à Tourcoing en France, la jeune plasticienne dont le pinceau s’est révélé à Cotonou, à diverses occasions, a pris part à une résidence de création artistique du 1er au 15 août dernier. Mais avant, elle a effectué une visite d’exploration guidée à travers la ville de Hambourg. Guidée par Hanni Jokinen, l’artiste a parcouru à Hambourg plusieurs lieux qui témoignent du passé colonial de cette cité. C’est en se livrant à cet exercice que la jeune artiste s’est résolue à orienter son objectif vers le passé colonialiste de la ville. Un exercice qui lui a permis de disposer d’une bonne matière première pour finaliser ses photographies d’art. Mais elle ne s’est pas limitée à cela. Dans un but d’originalité, Eliane a recouru au cours de sa résidence à des personnes ressources, tels des historiens d’art, des chercheurs, des photographes d’art… pour des moments d’échanges et de partage.
Cette rigueur dans le travail a abouti à un résultat que le public allemand a été le premier à apprécier. Lors des travaux de la résidence, Eliane qui vient de terminer son master en photo et vidéo à l’Université Fresnoy près de Paris, a retravaillé avec sa technique de photographie, les images des vestiges et traces coloniaux qu’elle a prises lors de sa visite à travers la ville. Ce séjour doublé d’une résidence aura été tout bénéfique pour la jeune artiste qui a fait parler d’elle à la suite de la conférence de restitution de ses travaux. Sa technique et son angle de travail ont été pour une large part appréciés par le public de Hambourg. La rencontre transmise en direct sur les médias sociaux a permis à l’artiste de partager son regard critique sur les vestiges coloniaux à travers ses photos retouchées aux crayons et aux lames de rasoir.

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Réveiller le passé colonial

Une aubaine pour Eliane Aïsso qui, pour cette première expérience, repart avec les appréciations du public de Hambourg. Public qui n’a pas tari d’éloges à l’endroit de cette jeune artiste créditée d’un talent certain. Des témoignages des participants à cette conférence, il ressort que les œuvres issues de la résidence «Exploration inversée» sont de bonne facture et que la jeune Eliane Aïsso est pétrie de talents.
« Cette résidence à moi offerte par l’association Kulturforum Süd-Nord a été une véritable opportunité. De cette rencontre, j’ai eu d’autres contacts et appris beaucoup de choses pour ma propre gouverne et pour mon évolution dans la carrière artistique », confie Eliane. L’artiste se veut reconnaissante à l’endroit de Stephan Köhler, non seulement pour l’initiative, mais aussi pour lui avoir donné l’opportunité d’y participer.
« Mon souhait, c’est de voir d’autres artistes bénéficier de ce projet et que l’initiative dure dans le temps, car ces rencontres poussent les citoyens de Hambourg à changer leur perspective et les encouragent à lutter contre toutes formes de racisme », note-t-elle. Ce qui fait davantage la notoriété de ce projet, c’est que Kulturforum Süd-Nord a fait imprimer, en grandes quantités, les œuvres réalisées au cours de la résidence en format A3 et les a fait insérer dans des journaux à Hambourg. L’objectif, c’est de pousser les lecteurs à réfléchir sur le passé colonial et lutter contre toutes formes de racisme. Ce pan du projet plait bien à Eliane Aïsso qui se réjouit de continuer par susciter la réflexion des Hambourgeois sur leur passé colonial et les nouvelles formes de racisme.
Au dire de Stephan Köhler, « pendant des siècles, les Européens se sont réservés le rôle exclusif d’explorer et exploiter le reste du monde. Le titre ‘‘Exploration Inversée’’ pour la résidence d’artistes indique que le moment est venu pour que les explorés deviennent les explorateurs. Il sonne d’abord comme un acte de vengeance polémique de la part de ceux qui ont été découverts, classés, collectionnés et exposés par les Européens ». La devise quelque peu provocante, reconnait-il. Mais il vise avant tout à indiquer que les flux mondiaux d’échanges, d’économie, de voyageurs ne doivent pas toujours aller dans le même sens. L’ambition ici, conclut-il, « c’est de stabiliser le processus d’ouverture et de regard des uns sur les autres, et de maintenir la pluralité des interprétations du monde ». L’association Kulturforum Süd-Nord prévoit une série de visites d’artistes (écrivains) du Sud par an à Hambourg. Les observations des artistes visent à déclencher à chaque fois des dialogues avec le public.