Regain d’intérêt autour du pagne tissé béninois: Le Kanvo signe son retour en force

Par LANATION,

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Le Bénin regorge d’énormes richesses au nombre desquelles son patrimoine textile. Le pagne tissé, communément appelé «Kanvo», bénéficie depuis peu d’un regain d’intérêt aussi bien de la part des populations que des autorités. Nouvelle texture, new look… une nouvelle identité culturelle voit petitement le jour.

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« Il est important que les gens comprennent qu’au-delà des pagnes importés, il y a des tissus africains comme le Kanvo, dans sa diversité, qui peut servir à faire des choses merveilleuses avec lesquelles on peut vendre notre culture, notre pays et même l’Afrique tout entière ». Par ces mots, la tisserande Blandine M’Poli rappelle combien le pagne tissé béninois est important. Comme l’indique son nom, le pagne tissé ou le Kanvo est travaillé à la main par des tisserands.
Il est fabriqué à base de toile, de chanvre ou de coton. A l’origine, les pagnes tissés constituent des supports de communication sur les valeurs culturelles, cultuelles du Bénin, explique Hervé Meda Adomada, tisserand au Centre de promotion de l’artisanat (Cpa) à Cotonou. Selon ses explications, le Kanvo était porté par les rois. Mais avec le temps, l’usage a évolué. Aujourd’hui, toute personne peut se l’offrir pour ses besoins. Grâce à des artisans passionnés qui s’attellent à conserver l’histoire et à la perpétuer, cet héritage culturel qui tendait à disparaitre refait surface et est davantage valorisé.
« Le Kanvo est tissé de belles couleurs aux motifs diversifiés et surtout dans différents degrés d’épaisseur, fruit du labeur acharné d’artisans », explique Blandine M’Poli.
Toujours dans un souci de valorisation du produit, des boutiques dédiées exclusivement à ce type de pagne ont vu le jour. Elles renferment une multitude de pagnes de qualité et couleurs diverses, fruit du travail et du génie des artisans et même des stylistes. Ces derniers jours, on observe un engouement des autorités, des acteurs du monde diplomatique et des populations en général pour le pagne tissé. « Moi, j’aime beaucoup le pagne tissé du Bénin parce que cela fait partie de notre culture», a confié Rasack Djeriwo, un passionné du Kanvo. « Le Kanvo nous confère surtout l’air d’une personne importante», poursuit-il. « Quand je sors de chez moi entièrement habillé en Kanvo, je me sens à l’aise», ajoute-t-il. L’autre raison qu’il avance pour justifier son attachement à ce type de pagne, c’est que «aujourd’hui, le Kanvo ne coûte plus cher, comparativement aux temps anciens ». Selon lui, rien n’est plus beau que de porter le pagne local. Le pagne tissé est également utilisé lors des mariages traditionnels au Bénin.
« J’aime le Kanvo parce que c’est un produit local, issu du talent africain et qui marque une grande différence avec les pagnes ordinaires », soutient pour sa part Moubarak Atchiba.
« C’est un pagne qui nous permet d’incarner et de valoriser notre culture. C’est avec beaucoup de fierté que je le porte. On le met parce qu’on s’y sent bien», a-t-il ajouté. Son souhait, c’est que le Kanvo soit mieux travaillé avec l’agencement des couleurs pour que chacun y trouve pour son goût. « Je préfère le Kanvo aux tissus importés malgré son coût élevé à cause de sa qualité et de son épaisseur », confie Charlotte Viossi.

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Pas aimé de tous

L’environnement béninois paraît hostile à l’entrepreneuriat et au travail des créateurs. Très peu portent le pagne tissé par fierté. « Je vois les gens mettre le Kanvo, mais ça ne m’a jamais tenté d’en porter », déclare Fulbert Amoussou. « Il y a certains Béninois qui n’aiment pas porter le pagne tissé de chez nous. Ils trouvent que c’est trop cher et préfèrent les choses des Blancs », lâche Hervé Meda Adomada, tisserand au Centre de promotion de l’artisanat (Cpa).
« Beaucoup considèrent que ce pagne va à l’encontre de leur besoin de conformisme, de leur besoin de ressembler aux stars de télé-réalité, aux stars de télévision, du style que nous impose la modernité», fustige Hilaire Assogba, couturier.
« Le Kanvo donne l’air d’un vieux, pour moi. Etant jeune et dans l’intention d’être au top, je ne peux pas me permettre de le porter», argumente pour sa part Amel Cloussa. D’autres justifient leur désamour par le prix du pagne tissé. « Il faut avoir une certaine aisance pour se le procurer. Quelqu’un qui a faim ne peut pas acheter le Kanvo. J’aime bien ce pagne, mais compte tenu de son coût, je n’en achète pas. Ça coûte plus cher que tous les autres pagnes. Mais, sans débourser grand-chose, je peux me payer les pagnes importés», nuance Djiman Assogba. D’une personne à une autre, l’option varie. D’autres encore s’en méfient parce qu’ils le trouvent trop lourd à porter.

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Regain d’intérêt

La mode a toujours été un puissant levier de développement économique local et national. Porter le pagne local, c’est contribuer au développement et au rayonnement de la culture, pense Hilaire Assogba. Il urge donc de ne pas laisser cette richesse étioler, de mettre en place un plan d’action pour davantage la promouvoir. Mais les autorités au niveau local ont un grand rôle à y jouer, déclare la tisserande Blandine M’Poli. L’exemple parfait en la matière, illustre-t-elle, c’est bien l’ancien maire de Parakou, Charles Toko qui a imposé via un arrêté municipal, le port de tenues traditionnelles les lundis et vendredis de chaque semaine dans l’administration. « Nous demandons à nos devanciers de nous aider à relever les défis», implore Blandine M’Poli. C’est à travers notre identité que nous montrons aux autres ce que nous sommes. Le pagne tissé est indéniablement représentatif de notre identité mais il est peu valorisé. « Nous voulons que les autorités de notre pays nous aident à valoriser ce précieux produit local et à le faire aimer de tous au niveau national et international», plaide Hervé Adomada.

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Par Florence AMOUSSOU (Stag.)