Récurrence des hommages à titre posthume : Et si le Bénin apprenait à célébrer ses héros vivants ?

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Cette préoccupation n’est pas nouvelle. On pourrait même dire qu’à force de l’évoquer, certains s’en lassent déjà. Mais ici, semble-t-il, la répétition ne fait pas office de pédagogie et dès lors, on peut se saisir du dernier cas en date, celui de Jean Pliya pour relancer le débat pour ces distinctions et hommages à titre posthume qui ne nous honorent point.

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Plusieurs voix s’étaient élevées aux lendemains des obsèques de Gustave Gbénou, connu sous le nom d’artiste de GG Vikey, pour déplorer et condamner la décoration faite, à titre posthume à ce héros national, ce cadre émérite à qui on doit plusieurs merveilles en tant que serviteur de la République et qui, au plan artistique, aura épaté aux quatre coins du monde avec ses compositions dont l’une des plus célèbres reste sans doute « Vive les mariés », devenue l’hymne de milliers de bénédictions nuptiales. Mieux, l’engagement pris depuis son décès de faire porter par son nom, un édifice d’envergure du Bénin, au plan culturel est resté comme un «discours de campagne» qui au finish, n’aura «engagé que ceux qui y ont cru».

On croyait que la bêtise se limiterait là, et que dans un élan de solidarité et dans une prise de conscience générale, on rappellerait le reste de la troupe, les hommes de sa trempe encore vivants pour rectifier le tir. Mais il n’en sera rien. Et, Patatra…. ! Le cas Jean Pliya, tel un coup de massue vient frapper de nouveau la conscience collective. En fait, pour un homme de la trempe de cet homme de lettres et de culture, et même de religion, la tendance n’a pas varié. Rien, si ce n’est les œuvres forgées de son cogito n’enseigne à la postérité, le passage de cet homme, oh combien immense sous nos cieux. Jean Pliya n’est peut-être pas le meilleur d’entre tous. Mais c’est un homme Grand qui n’est pas passé sur terre pour rien. Malheureusement, semble-t-il, cela n’était pas assez suffisant pour le célébrer, l’incarner et l’immortaliser. Même le président de la République dont la générosité en matière de distinctions n’est plus à démontrer n’y a pas songé. Se contentant lui aussi, d’une belle lettre d’hommage qui, comme on peut l’imaginer n’aura servi qu’à noircir les pages de quelques publications et ne sera pas comptabilisée à l’actif des œuvres et initiatives en l’honneur de Jean Pliya.

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Hypocrisie…

Ce que par contre on a trouvé de fabuleux à faire pour celui que d’aucuns appellent le « baobab de la littérature béninoise », c’est de lui organiser des obsèques à la taille de son talent. Tout y était. Motards aux sirènes à la Vuvuzela, forte mobilisation d’acteurs à tous les niveaux, et surtout d’anciens et nouveaux membres du gouvernement et décideurs à divers niveaux du pays qui, pendant des années, n’ont à aucun moment, eu l’ingénieuse idée de songer à l’immortalisation de cet homme. Et comme savent si bien le faire ceux qui se font appeler nos «décideurs», il fallait lui rendre hommage. Hommages grandioses sur fond de diffusion en direct à la télévision nationale au besoin. Cette panoplie de «témoigneurs de compassion et d’autres rendeurs d’hommage» qui sont allés créer inutilement le surnombre dans l’enceinte de l’église Saint Jean-Baptiste de Cotonou, beaucoup plus pour se faire capter par les objectifs des caméras (l’évènement était retransmis en direct) n’y avait en réalité pas sa place. Il y avait mieux à faire pour Jean Pliya, pour ceux qui l’ont précédé et ceux qui lui succéderont. Pourquoi alors donner ici, raison à ceux qui condamnaient il y a peu, nos dirigeants d’être uniquement «Charlie » pour les autres, et d’oublier, si non de mépriser leurs propres «Charlie»? Et donc, comprendre la colère de ceux qui s’offusquent de n’avoir pas vu le drapeau national en berne pour saluer la mémoire de Jean Pliya ?

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Bravo à la Fondation Zinsou !

Pendant que l’Etat somnole ou même sommeille, fuit ses responsabilités et fait semblant de les honorer par de petits faits, des initiatives privées frappent lourdement, épatent, impactent, émerveillent, survolent, supplantent et créent l’évènement. Et sur le cas Jean Pliya, la Fondation Zinsou aura fait le pas de géant en immortalisant depuis des années, le célébrissime écrivain. Elle n’a pas attendu d’aller singer sur la dépouille de l’homme. A l’instar du commissaire européen Jean Monet, cette fondation a fait graver le nom de l’auteur béninois dans la conscience collective en lui dédiant l’une de ses mini-bibliothèques. Bel exemple d’immortalisation que devrait se faire enseigner nos ministres de la Culture et des Enseignements.
Et comme elle n’a pas voulu faire les choses à moitié, c’est en plus dans l’un des bien vieux quartiers de la ville de Cotonou, que la mini-bibliothèque Jean Pliya a été implantée, et de surcroît dans un rayon où trottent presqu’une dizaine d’écoles primaires et de collèges privés et publics. Cette initiative au moins, à l’opposé des retransmissions en direct et autres discours d’hommages que Jean Pliya n’entendra jamais, a eu le privilège d’être bénie par lui. A ce petit centre de promotion des livres et de la lecture, Jean Pliya pendant qu’il avait encore le souffle a souri, voyant ainsi son nom, gravé pour la postérité, non par l’Etat qu’il aura longtemps servi, mais par une initiative privée qui a vu en lui, au même titre que d’illustres acteurs européens, la nécessité et le besoin d’une célébration à vie.
Et s’il était encore possible, on pourrait, à l’instar du reporter culturel Eustache Agboton, souhaiter que le grand prix littéraire du président de la République soit rebaptisé de son nom, afin que tout ne soit pas perdu !