Recrudescence de la maltraitance infantile : Quid de la responsabilité parentale ?

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Le phénomène de la maltraitance reprend de plus belle au Bénin avec ses corollaires de tortures et de traitements nuisibles et dégradants sur l’enfant. Des parents, premiers acteurs censés protéger les leurs, se trouvent être les bourreaux de leurs progénitures.

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Des enfants battus, maltraités, ligotés, privés de nourriture ou nourris avec des excréments humains,…. Ces traitements inhumains infligés aux mineurs reviennent de plus en plus au-devant de la scène ces derniers jours au Bénin, en dépit des nombreuses sensibilisations pour conscientiser les populations.
Le phénomène n’est pas nouveau dans le pays, mais il prend des dimensions plus inquiétantes et met en cause des parents, premiers acteurs censés protéger les enfants. Le cas le plus récent qui fait froid dans le dos est celui du petit Emmanuel, un orphelin âgé de 6 ans, victime de traitements dégradants de sa marâtre. Une semaine plus tôt, un couple était tombé dans les mailles de la Police républicaine pour avoir sauvagement bastonné son enfant à cause d’une histoire de vol de 1500 F Cfa. Ces mauvais traitements subis par des mineurs sont légion dans notre pays et interpellent plus d’un.
« Les cas récents de maltraitance d’enfants enregistrés dans notre pays me mettent particulièrement dans un inconfort total, surtout lorsque des parents censés protéger leur progéniture se trouvent être auteurs de violences à leur égard. C’est encore plus difficile à concevoir quand on est femme, d’où l’urgence d’agir et d’appeler les auteurs à la prise de conscience, à l’application et au respect des lois », exhorte Benedicta Aloakinnou, présidente d’Ong.
Elvis Atché, juriste, est tout aussi choqué : « En dépit des nombreux efforts déployés par l’Etat, la société civile et les partenaires, c’est avec grande stupéfaction et colère que nous observons la recrudescence de la maltraitance des enfants. Nous sommes très déçus de voir que, malgré moult conscientisations, les gens n’ont pas encore internalisé les notions de droits des enfants et continuent de traiter différemment les enfants orphelins, apprentis en violation des textes ».
En cette période où la maltraitance des enfants prend de nouvelles formes, la responsabilité des parents est plus qu’engagée. Le législateur béninois y a pensé en mettant en place la loi 2015-09 du 08 décembre 2015 portant Code de l’enfant en République du Bénin ainsi que le Code des personnes et de la famille au Bénin. Ces textes précisent que l’enfant reste sous la responsabilité de ses parents jusqu’à sa majorité (articles 35 à 39 du Code de l’enfant).

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Les parents ont un rôle de premier plan à jouer

Toutefois, il se fait que tous les enfants ne connaissent pas la chaleur familiale jusqu’à l’âge majeur, compte tenu de certains évènements de la vie. Les parents ont un rôle de premier plan à jouer pour le bien-être et l’épanouissement des enfants. « Le législateur béninois reconnait aux pères et mères, l’exercice conjoint de l’autorité parentale envers les enfants. Ce qui leur confère des responsabilités et obligations matérielles, éducatives et morales, vis-à-vis de leurs enfants », indique Bénédicta Aloakinnou.
Cela suppose que les parents doivent mettre en œuvre des mécanismes de protection de leurs enfants contre tous abus et violences : châtiments corporels, exploitation, mariage forcé, mariage précoce, viol…, au vu du Code de l’enfant. Hélas ! Le petit orphelin Emmanuel et les nombreuses victimes silencieuses garderont à vie les séquelles psychologiques de la maltraitance.
D’où cette exhortation de la présidente d’Ong : « Les parents doivent être davantage présents dans la vie de leurs enfants, les nourrir, les garder, les éduquer, les protéger, les conseiller, les orienter et les discipliner afin de les mettre à l’abri de toute maltraitance ». Au surplus, insiste-t-elle, « cette discipline ne doit être en aucun cas une ouverture vers une maltraitance orchestrée par les parents eux-mêmes ».
Le juriste suggère également des pistes pour la protection des enfants : « Le père, la mère ou toutes autres personnes ayant à charge l’enfant ont le devoir de lui fournir une alimentation normale, suffisante et de qualité. Ils sont tenus entre autres de protéger les enfants contre les mauvais traitements et d’assurer aussi une protection à l’enfant privé de son milieu familial ».
Autrement, les auteurs s’exposent à des sanctions, allant des dommages et intérêts, aux amendes et peines d’emprisonnement.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé (Oms), « la maltraitance à l’encontre d’un enfant désigne les violences et la négligence envers toute personne de moins de 18 ans ».
Au Bénin, le ministère des Affaires sociales a rendu disponible le numéro vert 138, fonctionnel 24h/24 en vue de la dénonciation de tous les abus sur mineur. Plus de tolérance donc envers les auteurs tapis dans l’ombre.