Projet « Boulev’art Covid-19 »: Envie des artistes de partager les douleurs face au mal

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Impossible de passer devant l’Institut français de Cotonou depuis quelques jours sans remarquer l’exposition collective de plusieurs artistes du Bénin. La pandémie de la Covid-19 a laissé de mauvais souvenirs et peut-être quelques bons aussi. Ces émotions, les artistes les ont peintes à leur manière, chacun y allant de son talent, de son génie et de son inspiration.

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Des formes et des figures presque humaines. Du noir et du blanc qui se chevauchent sur du 2,44 X 1,22 Cm. On a du mal, à première vue, à se faire une idée de cette œuvre d’art. Mais on peut, en regardant de près, observer que des formes visiblement joyeuses, d’autres peu joyeuses et d’autres encore plus amères occupent l’espace, sinon la toile. Elle a pour nom «Limités». Réalisée par la sœur Henriette Marie Goussikindey de la galerie Saint Augustin de Cotonou dans le cadre du projet spécial Boulev’art initié par le Collectif des artistes du Bénin (Cab), cette œuvre résume toute la problématique liée à cette pandémie. D’un côté, les changements de comportements ; vivre avec les masques, le business qui s’en est suivi, le commerce des gels, les nouvelles habitudes imposées par ce mal pervers dans tous les compartiments de la vie. De l’autre, toute la douleur drainée par la Covid-19.
En poursuivant la visite de cette exposition collective des artistes contemporains du Bénin pour inciter la population à lutter efficacement contre la pandémie du coronavirus, on découvre un autre coup de génie: Dominique Zinkpè. Le célèbre plasticien a prêté non seulement son nom, mais aussi son image pour exposer la douleur du peuple face à ce mal. L’œuvre photographique qui le présente sur crucifix a retenu bien des attentions. L’artiste s’est voulu le porte-voix de la douleur et de la misère induites par la Covid-19.
Le plasticien Azé Baba a peint « Azongnigni », pratique bien connue dans certains milieux du pays. Nathanaël Vodouhè en a rajouté une couche avec « Stop Covid ». Syl Loko a amplifié avec « Gni-Covid-sin ».
Pour Marius Dansou, il faut «Se protéger ou se taire ». Et pas si loin de lui, la « Série 2020 II » de Sébastien Boko. Charly d’Almeida s’est aussi invité sur le boulevard des plasticiens en croisade contre le petit virus. « A la suite des policiers, ambulanciers, infirmiers… le temps des plasticiens, peintres, sculpteurs et poètes », dira le plasticien Gratien Zossou.

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Rêve d’artistes

« Boulev’art Covid-19 » est un projet in situ mettant en relief la photographie d’art, le dessin, la peinture, le graffiti, l’installation sonore et vidéo. Un véritable instant de performance, à travers la réalisation d’œuvres sur des supports installés au préalable et dont la finalité est de sensibiliser la population, surtout par ces temps où les chiffres de la maladie ne cessent de grimper. Les œuvres réalisées seront ensuite dupliquées sur bâches pour être exposées dans d’autres villes à savoir la place Toffa à Porto-Novo, Goho à Abomey et Bio Guerra à Parakou. Ceci dans l’optique de convaincre les populations à ne point baisser la garde dans la lutte contre la pandémie du coronavirus, explique Dominique Zinkpè, concepteur du projet. Tenu de 1999 à 2007, « Boulev’art » est un festival à travers lequel des artistes sortaient des ateliers et galeries pour aller au contact des populations. Il se déroulait en plein air à la place de l’Etoile rouge de Cotonou, à une époque où la population béninoise était peu informée de la pertinence de l’art plastique.
Boulev’art est un rêve des artistes à travers des œuvres sublimes pour répondre au Covid-19. Le projet ambitionne, par ailleurs, d’amener les artistes à faire des œuvres conceptuelles et se veut en même temps un brassage entre artistes aux parcours divers. C’est aussi un acte citoyen qui, depuis sa première phase, a changé le visage du carrefour Sainte Cécile de Cotonou. L’engagement du public a été même un élément déterminant pour la suite du projet, reconnait Dominique Zinkpè. « Aucune œuvre n’a été détériorée. Je suis sidéré de voir le courage et le rayonnement des artistes béninois à créer pour l’expression de la douleur du peuple. Ce projet a été fait par motivation », explique-t-il. Parlant de motivation, celle de Sophie Négrier se laisse lire à travers un extrait « La planète malade » de Guy Debord et pour finir, une belle interrogation qui sans doute trotter actuellement dans dix mille têtes : « Vaccination ou manipulation ? »