Programme national de développement du palmier à huile: Nobles ambitions pour un fleuron de l’économie en berne

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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D’un coût estimé à un peu plus de 10 milliards F Cfa, le programme national de développement de la filière palmier à huile augure d’un lendemain meilleur pour cette spéculation qui jadis faisait la fierté du Bénin. Mais, que prévoit ce plan de relance longtemps souhaité ?

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Les acteurs de la filière palmier à huile disposent désormais d’une boussole pour conduire à bon port cette culture qui fut premier contributeur à la croissance économique du Bénin. Validé, jeudi 30 juillet dernier à Cotonou, le Programme national de développement de la filière palmier à huile (Pndf-Ph) est l’outil qui portera désormais les actions de sa promotion.
Il vise à améliorer, pendant les cinq prochaines années, la productivité des palmeraies béninoises et la mise en marché des produits du palmier à huile selon les normes de qualité et de durabilité. L’ambition est de porter la production de régimes de palme de 600 000 tonnes à 1000 000 de tonnes, à travers quatre objectifs spécifiques et quinze résultats attendus, relatifs à l’amélioration des systèmes de production, au renforcement du tissu industriel et artisanal de transformation, aux mécanismes de la commercialisation et à la facilitation de l’accès des différentes catégories d’acteurs de la filière aux guichets du Fonds national de développement agricole (Fnda) et autres structures financières.
Le coût global du programme est évalué à 10,483 milliards F Cfa. Le Pndf-Ph 2020-2025 devrait marquer définitivement l’essor de cette culture, corroborant les efforts entrepris pour sa relance, après la longue crise qui a agité les Coopératives d’aménagement rural (Car). En fait, l’élaboration du programme fait suite à un certain nombre d’actions menées ces trois dernières années pour la relance de la filière. Il s’agit de la mise à disposition des producteurs de plants sélectionnés à coût réduit, l’acquisition d’équipements modernes pour l’entretien des palmeraies et la récolte de régimes, la formation des producteurs sur les itinéraires techniques de production, et des transformateurs sur les technologies de production d’huile de palme de bonne qualité, le renforcement.

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Motivations

Dans la dynamique de promotion de chaînes de valeur ajoutées (Cva), le palmier à huile qui, jusqu’au début des années 70, constituait la première filière d’exportation du Bénin, est identifié parmi les filières à promouvoir. Elle est classée locomotive au niveau du Pôle de développement agricole 6, et en diversification dans les pôles 5 et 7.
La relance de la filière s’inscrit dans le cadre de l’opérationnalisation du Programme d’action du gouvernement (Pag) volet Agriculture et du Plan national d’investissement agricole et de sécurité alimentaire et nutritionnelle (Pniasan 2017-2021).
Pour Arouna Lawani, président de la Fédération nationale des producteurs de palmier à huile du Bénin (Fnpph-B), il est question de saisir l’opportunité de la position géographique du Bénin couplée à la forte demande du Nigeria qui ne produit que 1 million de tonnes d’huile rouge pour un besoin estimé à 3 millions de tonnes par an.
L’huile de palme pour le marché régional est considérée par les acteurs comme prioritaire devant les quatre autres Cva identifiées à savoir huile de palme pour le marché national, huile palmiste pour le marché régional, amande de noix de palme et alcool de vin de palme (sodabi) pour le marché international.
La production nationale d’huile de palme au Bénin s’élevait seulement à quelque 75 000 tonnes en 2013, selon les données de l’Institut national de la Statistique et de l’Analyse économique (Insae) sur la production agricole en 2015. Elle a chuté ces dernières années.
Il s’agit alors d’augmenter fortement la production et la productivité au plan national afin de satisfaire la demande du grand voisin de l’Est qui date de plusieurs décennies, préconise Arouna Lawani.

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25 000 ha à installer

Le Pndf-Ph prévoit l’installation de nouvelles plantations, l’entretien et la mise aux normes des anciennes palmeraies, la promotion de la petite irrigation des palmeraies.
Au nombre de 36 au total, les coopératives étaient installées sur 29 215 hectares dans les zones oléicoles dans les années 60 du Sud-Bénin, région propice pour la culture du palmier à huile. L’ambition affichée dans le nouveau programme de développement de la filière, c’est d’installer au moins 25 000 nouveaux hectares et d’améliorer d’au moins 20 % le rendement moyen à l’horizon 2025 ainsi que la transformation par la raffinerie et la savonnerie pour la satisfaction du marché national et sous-régional.
Au vu des réalités agro-climatiques, relève Dieu-donné Konnon, un des consultants ayant travaillé à l’élaboration du document, il serait difficile d’envisager étendre la zone de production du palmier à huile en termes d’occupation de nouvelles aires géographiques en dehors du Sud-Bénin. D’où la nécessité de mettre l’accent sur la productivité, à travers la recherche-développement pour l’amélioration de la qualité des intrants de production et le respect des itinéraires techniques de production.
En fait, le rendement moyen du palmier à huile au Bénin chute, notamment avec le changement des conditions pédoclimatiques. Il est passé de 8,512 tonnes/ha en 2008 à 5,95 tonnes/ha en 2013, d’après les données de la direction des Statistiques agricoles du ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche (Dsa/Maep). La production de noix de palme suit la même tendance, passant de 319 500 tonnes en 2008 à 312 943 tonnes en 2015, selon l’évaluation du Plan stratégique de relance du secteur agricole (Psrsa) faite en 2016.
Augmenter la production revient aussi à surmonter les contraintes telles que l’insuffisance de l’offre de graines germées aux pépiniéristes, l’insuffisance de l’offre de plants de palmier de bonne qualité aux planteurs et l’accès difficiles aux engrais spécifiques.

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Qualité et vente

Le programme de développement de la filière envisage la modernisation des unités de transformation, l’amélioration de la qualité des huiles, la promotion et la labélisation des produits dérivés du palmier à huile, l’appui à l’organisation des acteurs, selon Dieu-donné Konnon. A fin 2024, il est attendu une augmentation d’au moins 30 % par rapport à 2018 des quantités d’huile de palme et d’huile palmiste vendues vers le Nigeria.
En effet, deux grosses unités de transformation : l’usine de l’Industrie béninoise des corps gras (Ibcg) et l’huilerie du Complexe d’oléagineux d’Agonvy (Coda- Bénin S.A.)s’approvisionnent auprès des Car et écoulent leur produit sur le marché nigérian. Celles-ci sont en sous-exploitation à cause du faible niveau d’approvisionnement. Coda, par exemple, n’excède pas 30 % de sa capacité de production installée qui est de 70 000 tonnes de régimes par an.
Par ailleurs, la qualité des huiles des transformateurs artisanaux (qui dominent le secteur) ne satisfait quasiment pas aux exigences des industries de transformation, notamment pour la fabrication de savons. Faible performance, manque d’équipements appropriés, méconnaissance des normes de qualité caractérisent le sous-secteur de la transformation. A tout cela s’ajoutent la concurrence des pays asiatiques, le manque d’organisations formelles pour l’exportation, la contrebande, le faible accès au financement agricole, le déficit et la non-fiabilité des statistiques de production de régimes, de noix, d’huile et autres produits dérivés. Ces contraintes, les acteurs devront les surmonter avec la mise en œuvre diligente du nouveau programme.