Professeur Noël Gbaguidi, président du Conseil national de l’Education: « Il s’agit de transformer radicalement le système éducatif national »

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Installé le 21 janvier dernier, le Conseil national de l’Education (Cne), se veut un puissant outil pour panser les plaies du système éducatif national. Noël Gbaguidi, son président, est convaincu de la détermination de ses membres à accomplir efficacement la mission à eux confiée. Le bilan global de la première mandature du Cne rénové est attendu d’ici 2023.

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On l’attendait depuis des mois. Le Conseil national de l’Education (Cne) est enfin installé. Que peut-on attendre de cet organe ?

Avant d’aborder les attentes, permettez-moi de rappeler ce que c’est que le Conseil national de l’Education, ses attributions, son organisation et son fonctionnement. Le Cne est une autorité administrative indépendante créée en 2003 par le législateur qui, ayant constaté les dysfonctionnements du système éducatif, a imaginé cette institution à laquelle on a confié une mission fondamentale : celle de veiller à la mise en œuvre des options fondamentales en matière d’éducation en République du Bénin. Il a été constitué pour la première fois en 2009. La manière dont il avait été conçu dans ses attributions n’a pas permis de résoudre efficacement les problèmes du système éducatif national. Ayant tiré les conclusions d’une évaluation sommaire, le président de la République, Patrice Talon,a constaté que le Cne ne pouvait pas aussi jouer son rôle de pierre angulaire du système éducatif national. Or, le programme d’action du gouvernement table sur des options économiques fondamentales.
En 2003, le législateur avait conclu que l’éducation est la première priorité nationale. Convaincu de la pertinence de cette proclamation, le chef de l’Etat a décidé de rénover le Cne, de le transformer en un organe souple et performant. Tout en se basant sur la philosophie de départ, inspirée par le législateur,il a décidé de donner de nouvelles attributions fortes au Conseil pour lui permettre de contrôler, dans une certaine mesure, l’action des ministres en charge de l’Education. Par exemple, le Cne tel que rénové doit donner son avis conforme sur tous les projets de recrutement dans le secteur, tous les projets de nomination venant des ministères sectoriels, sur l’établissement de la carte scolaire et universitaire,il doit se prononcer sur les projets de lois et de règlements touchant le système éducatif béninois. Dans certaines matières, le Cne définit lui-même les normes et standards applicables. Il est également un organe de réflexion prospective. Il a quatre grandes fonctions : celles d’orientation, de coordination, de suivi-évaluation et de décision. C’est un organe souple tourné vers la performance et l’efficacité.

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Quels résultats peut-on attendre du Cne au vu de ses attributions ?

Nous sommes conscients des attentes de la population. De grands espoirs sont placés en l’activité du Cne de type nouveau. Le président de la République ne le perd pas également de vue. C’est dans cette mesure qu’il a inspiré lui-même la composition du conseil. Le Cne, nouvelle génération, est composé de vingt-neuf membres dont la représentation n’a rien à voir avec le populisme. C’est un groupe de techniciens touchant tous les ordres de l’enseignement et de la recherche scientifique. Au Cne, il y a les enseignants du primaire et de la maternelle, du secondaire général, du secondaire technique et professionnel, du supérieur, des chercheurs, des spécialistes en suivi-évaluation des politiques publiques, en science de l’éducation, des juristes constitutionnalistes, des économistes de l’éducation. Les acteurs sont recrutés sur la base de leurs compétences, de leurs expériences pour répondre aux attentes des populations. Tel qu’il est conçu, si les actions sont menées dans le sens de l’enthousiasme et de l’assiduité actuels, d’ici à quelques années, les résultats seront probants. Il s’agit de transformer radicalement le système éducatif béninois de façon structurelle afin de soutenir le développement économique durable.

Concrètement, qu’est-ce qu’on peut attendre du Cne au regard des prérogatives qui lui sont conférées ?

Le Cne va exercer son pouvoir. Les tâches entrant dans ses attributions seront exécutées. Les problèmes du système éducatif sont multiples et multiformes. Ils vont des programmes de formation aux infrastructures en passant par la qualité et la quantité du personnel, l’organisation et la gestion du système. Le Cne ayant une fonction de suivi-évaluation, va évaluer toutes les actions pour identifier les problèmes, les hiérarchiser et s’attaquer aux problèmes les plus brûlants.

Peut-on dire que les attributions du Cne font de lui une superstructure?

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Non ! (Sourire…). Nous avons entendu dire que c’est un super ministère d’Etat qui transforme les ministres actuels en secrétaires d’Etat. Chacun est dans son rôle. Le Cne n’est pas dans l’opérationnel. Il ne recrute pas lui-même les enseignants, ne conçoit pas lui-même les programmes de formation, il ne prend pas de décision de nomination et d’affectation de ressources, ni de sanction. Le Cne veut veiller à la pertinence des projets de réformes, à la justesse des projets de nomination et des affectations budgétaires, à la construction des infrastructures selon les normes. Il veut veiller à ce que la carte scolaire reflète les besoins réels des populations. Si le Cne se prononce sur un projet d’affectation de ressources ou de programme de formation, et estime qu’il n’est pas pertinent, cet avis est lié. Le ministre en charge du dossier doit se conformer à cet avis. Le Cne ne fait pas de gestion quotidienne. C’est le domaine des ministres. Le Cne est une technostructure, pas un ministère.

Beaucoup de gens s’attendent à un miracle avec l’installation du Cne, comment comptez-vous combler toutes les attentes ?

Il n’y a pas de miracle. Nous voulons travailler. Les activités bien conduites par les hommes donnent toujours de bons résultats. Chacun jouera sa partition. Nous sommes dans un secteur très sensible et nous devons en tenir compte. Il n’y a pas que la technicité. Nous touchons également le volet de la famille et de la société. La famille, la société, l’environnement jouent un rôle fondamental dans l’éducation. La famille est le premier lieu de l’éducation, où le citoyen prend son identité. Si elle joue mal son rôle, les citoyens auront du mal à marcher droit. Nous pouvons évoquer les problèmes de l’éducation au sens large, entre autres, les mauvaises pratiques, les détournements, les comportements amoraux…ils sont largement liés à l’éducation dans les familles et dans les rues.

Comment le Cne, nouvelle génération, se projette-t-il d’ici l’horizon 2023 ?

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Le Cne a un mandat de quatre ans. Nous travaillerons avec méthode. Nous allons identifier, dans un premier temps, les problèmes du secteur, ensuite les hiérarchiser et les répartir dans le temps. Nous allons nous baser sur des programmes d’activités et des plans de travail annuels, sans précipitation, mais avec détermination.

La problématique de l’employabilité et du chômage demeure un casse-tête pour les sociétés africaines. Le Bénin n’en est pas épargné. Quelles seront vos actions dans ce sens ?

Le Cne regorge de nombreuses compétences. Le patronat est représenté au Cne. Il pourra y exposer ses préoccupations, ses difficultés. Les formations actuelles favorisent-elles l’employabilité ? Nous allons nous focaliser sur la pertinence des réponses apportées à la question de la formation-adéquation-emploi et faire des suggestions pour orienter la formation vers l’employabilité.
Vous évoquiez tantôt les problèmes du système éducatif national. S’agissant de la question du profil des enseignants, comment comptez-vous y prendre pour faire renforcer leur niveau ?

Les enseignants ne viennent pas de nulle part. Si le système éducatif est mauvais, ils ne peuvent pas avoir reçu une mauvaise formation pour en donner une de bon. C’est une sorte de reproduction de modèle. Nous avons un modèle de système qui n’est pas performant. Les enseignants transposent aux apprenants, les lacunes qu’ils reçoivent de leur formation. Le Cne doit pouvoir apporter des réponses à ces insuffisances. Déjà, le gouvernement a opté pour le recyclage des enseignants. Nous pourrons résoudre ces problèmes si nous travaillons avec méthode.

Que diriez-vous en termes de perspectives pour conclure cet entretien ?

Nous avons le devoir de mener des réflexions prospectives pour orienter la politique éducative vers de nouveaux horizons afin de trouver des réponses à nos préoccupations. L’organisation et la gestion du système éducatif sont-elles bonnes ? Nous ferons des propositions dans ce sens. Je suis très optimiste que nous pourrons poser des jalons dans le sens de l’amélioration du système éducatif national. Nous n’avons d’ailleurs pas le choix.