Pour traite des personnes: Justin Dahouè condamné à 8 ans de réclusion criminelle, trois accusés acquittés

Par Désiré C. VIGAN A/R Mono Couffo,

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Poursuivis pour des faits requalifiés de traite de personne relatifs à la disparition d’un albinos, les nommés Justin Dahouè, Pascal Hlekpe, Issac Gbede et Jean-Baptiste César Ayi sont passés, mercredi 6 novembre dernier, à la barre du tribunal de première instance de deuxième classe de Lokossa siégeant en matière criminelle. Après avoir statué publiquement, contradictoirement, et en premier ressort, le tribunal a condamné Justin Dahouè à 8 ans de réclusion criminelle et acquitté les trois autres accusés.

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Huit années de réclusion criminelle pour Justin Dahouè, et acquittement pour trois autres accusés. Les nommés Jean-Baptiste César Ayi et Issac Gbede sont acquittés purement et simplement et Pascal Hlekpe acquitté au bénéfice du doute. Avant de fixer ainsi sur leur sort, aux environs de 2 heures du matin, jeudi 7 novembre dernier, les mis en cause du troisième dossier, le tribunal de première instance de deuxième classe de Lokossa, siégeant en matière criminelle, a dû requalifier les faits commis, courant 2013, à Lalo sur la personne de Mahouton François Hounwanou, un albinos qui fut embarqué pour faire l’objet d’une vente. Mais l’albinos a-t-il été effectivement vendu ou assassiné par les prévenus ? Sur cette question, les enquêtes n’ont pas pu fixer les esprits. La seule certitude qui résiste au doute, à ce jour, au dire des témoins, c’est que l’albinos a disparu, à Banigbé, avec le nommé Michel Hounkpè-Houngavou, désigné comme le cerveau de l’opération. En somme, ce troisième dossier conduit au cœur de la recherche du gain facile. Et c’est pour séquestration et assassinat que les accusés ont défilé à la barre.
Mais à l’examen des pièces versées au dossier et à la lumière des déclarations des témoins, le ministère public puis le tribunal présidé par le magistrat Antoine Houézé ont requalifié les faits en traite des personnes. Une infraction prévue et punie par l’article 354 de l’ordonnance numéro 73-37 du 17 avril 1973 modifiant les dispositions du Code pénal en ce qui concerne la traite des personnes et les enlèvements de mineurs, et l’article 502 du Code pénal nouveau. Selon les juges, les preuves ne sont pas suffisantes pour établir le crime d’assassinat qui serait commis sur l’albinos.
Appréciant cette posture du tribunal, les avocats commis d’office à la défense des accusés parlent de « fourvoiement » et appellent à mettre le doute qui, selon eux, est si épais dans le dossier au profit des mis en cause. « C’est de non droit, ce que vous avez fait », insiste Me Caster Azia, le conseil de Justin Dahouè. Pour l’ensemble des avocats, aucune preuve tangible d’infraction n’accable les accusés dans ce dossier. Ils ont tenté également d’opposer au développement du ministère public leur interprétation des dispositions relatives à la traite des personnes pour désapprouver la logique du ministère public. Pour les avocats, en général, leurs clients respectifs devraient être libérés des liens de la justice, étant donné que le dossier, soutiennent-ils, ne contient pas suffisamment d’éléments constitutifs d’une quelconque infraction.
Notons, pour finir, que les accusés sont tous de nationalité béninoise et artisans de profession à l’exception de Justin Dahouè qui est un élève. Ces jeunes gens sont crédités d’une bonne moralité selon les résultats des enquêtes de moralité lus à l’audience. Ils jouissent également de leurs facultés mentales et intellectuelles. Le rapport des examens médico-psychologique et psychanalytique qui en fait cas, indique par ailleurs, que les faits mis à la charge des accusés ne sont pas en relation avec un quelconque trouble mental ou psychologique. « Les accusés sont accessibles aux sanctions pénales», conclut le rapport. La partie civile n’était pas présente à l’audience.

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Les faits

Courant 2013, Michel G.B. Hounkpè-Houngavou a fait part à son employé Jean-Baptiste César Ayi de l’opportunité de se procurer un albinos pour se faire de l’argent. Le 10 mai 2013, il a fait la même proposition à Justin Dahouè. Etant habitué à un albinos du nom de Mahouton François Hounwanou vivant à Lalo, il a activé ses relations. Le 18 mai 2013, un rendez-vous a été pris dans une buvette où étaient présents Michel G.B. Hounkpè-Houngavou, Jean-Baptiste César Ayi, Justin Dahouè et Mahouton François Hounwanou. Une fois les bases de leur projet lancées, Justin Dahouè a convenu avec Michel G.B.Hounkpè- Houngavou, après discussions, de la somme de dix millions (10.000 000) francs Cfa. Il fallait donc organiser le déplacement à Banigbé dont il était déjà informé. Le mardi 04 juin 2013, prétextant d’une cérémonie organisée par Michel G.B. Hounkpè-Houngavou à Porto-Novo, Mahouton François Hounwanou a souhaité que son ami Pascal Hlekpe l’y accompagne. Ce dernier a donné son accord et a informé, à son tour, son ami Issac Gbede souhaitant que celui-ci le remorque de Lalo pour Dogbo. Arrivés à Dogbo, ils ont pris un taxi pour Banigbé en passant respectivement par Hêvié et Porto-Novo. Le 05 juin 2013, Pascal Hlekpe et Issac Gbede décident de quitter Banigbé pour rejoindre leurs villages respectifs en laissant l’albinos François Hounwanou Mahouton, Justin Dahouè, Michel G.B. Hounkpe-Houngavou, Adandé Missikpodé et un nommé « Délégué» et ceci, jusqu’au 12 juin 2013 date à laquelle Michel G.B. Hounkpè-Houngavou a disparu avec l’albinos.

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Composition du tribunal

Président : Antoine Houézé
Assesseurs : Kouessi Anagonou, Herbert Solevo, Saliou Mohamed Obo, Apollinaire Hounkannou
Ministère public : Adjima Kalifa Djimila
Greffier : Constant Orou