Pierrette Assogbavi: La reine de la grimpe dans le Mono et le Couffo

Par Désiré C. VIGAN A/R Mono Couffo,

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Elle a découvert la grimpe en 2016. Et depuis bientôt quatre ans, elle ne se lasse pas de la pratiquer à Lokossa et ses environs. Pierrette Assogbavi âgée de 25 ans est la seule femme de l’équipe des techniciens à la direction régionale Mono-Couffo de la Société béninoise d’énergie électrique (Sbee).

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Au Lycée technique de Natitingou où elle a été formée, Pierrette Assogbavi n’a pas connu la grimpe. Recrutée en 2016 pour le compte de la direction régionale de la Société béninoise d’énergie électrique (Sbee), elle restait au sol pendant que ses collègues montaient sur les poteaux électriques, soit pour corriger des pannes, soit pour effectuer le branchement des nouveaux clients. La Sbee étant spécialisée dans la distribution de l’énergie électrique à travers son réseau.
Lasse de cette posture, Pierrette Assogbavi décide de se jeter à l’eau. Un matin de l’année 2016, la native de Kpoba, commune de Djakotomey, prie son chef d’équipe de l’initier à la grimpe. Une demande bien accueillie par Josué Gnacadja, le chef d’équipe, qui saute sur l’occasion. « Il m’a expliqué comment mettre le dispositif de sécurité et les techniques pour gravir les marches du poteau électrique. Je me suis appliquée et tout s’est bien passé sous son contrôle », se souvient Pierrette Assogbavi dans un pantalon blue-jean surmonté d’une chemise, ayant aux pieds des bottes en cuir gaufré et à semelles isolantes. En fait, ce premier coup d’essai s’est révélé un coup de maître dont les détails illuminent le petit visage de cette jeune mère de taille un peu en dessous de la moyenne.
A l’en croire, elle a non seulement effectué les interventions prévues ce jour-là au niveau du transformateur mais ne fait que répéter, depuis des années, les mêmes gestes de grimpe avec succès au niveau des poteaux en béton implantés verticalement pour le transport de l’énergie électrique dans les douze communes du Mono et du Couffo. Cela fait bientôt quatre ans, qu’en dépit de ses petits muscles, elle demeure la seule femme exerçant aux côtés de la gent masculine, cette activité sollicitant beaucoup d’efforts. Pour Pierrette Assogbavi, mariée et mère d’un enfant de sept ans environ, « se prévaloir de son statut de femme pour rester tout le temps au sol, élaborer des solutions et ne pas pouvoir aller les appliquer soi-même au bout des poteaux électriques, enlèvent un peu à la compétence dont on est crédité ». Selon elle, les femmes qui osent la grimpe pour le compte de la Sbee peuvent être comptées du bout des doigts. « Nous n’atteignent pas dix», soutient-elle. Fière d’appartenir à ce groupe restreint, la ressortissante de l’aire culturelle adja appelle ses congénères à quitter leur zone de confort.

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Les joies et les peines

Ce que fait Pierrette Assogbavi n’est pas facile mais elle y est très motivée. Et en prenant ses marques au fil du temps, la technicienne en électricité ne passe plus inaperçue à Lokossa et ses environs. Outre les mots d’encouragement et de félicitations de ceux qui l’abordent, une scène d’admiration a particulièrement marqué son esprit. Elle a trait à la réaction d’une vieille dame au cours d’un dépannage dans les encablures du tribunal de première instance de deuxième classe de Lokossa. Elle raconte: « Alors que je montais sur un poteau électrique, j’entendais les cris d’une dame âgée qui alerte son entourage en orientant les attentions vers ma direction ». « Venez voir, venez voir une femme comme vous en train de travailler sur un poteau électrique. Au lieu de faire comme elle, vous ne faites que procréer à la maison », rapporte Pierrette Assogbavi de la réaction de son admiratrice qui s’adresserait ainsi aux femmes de sa cour. C’est vrai que Pierrette Assogbavi est souvent au cœur des scènes de curiosité, mais celle de la vieille dame, à l’en croire, lui a prouvé qu’elle peut être source d’inspiration.
Cependant, tout n’est pas rose dans la vie professionnelle de la reine de la grimpe. Pierrette Assogbavi connaît aussi des moments de peines dont un grave accident. Lequel n’est pas lié à la grimpe. Loin de là. La technicienne en électricité jure d’ailleurs n’avoir jamais raté ou n’être jamais tombée d’un poteau électrique. Cependant, elle a été électrocutée et ne s’est réveillée qu’à l’hôpital. Après les soins, elle traîne sur son bras gauche une séquelle de brûlure. Et comme il faut bien plus pour ralentir Pierrette Assogbavi dans son élan, elle continue de rester droit dans ses bottes de sécurité et toujours prête à gravir les marches des poteaux électriques.
« C’est une brave femme qui aime le travail», assure Josué Gnacadja, l’ancien chef d’équipe actuellement muté à Ouidah.