Nassirou Kassoumou, directeur de l’Observatoire de la famille, de la femme et de l’enfant: « Faire rayonner la culture à travers le respect des droits de l’enfant »

Par Maryse ASSOGBADJO,

  Rubriques: Société |   Commentaires: Aucun


La protection des enfants dans les centres de cultes vodoun du Bénin est un impératif pour les acteurs. Une étude de référence sur la situation des enfants dans les couvents du Mono, du Zou, du Couffo et des Collines a été réalisée et sa validation a l’objet d’un atelier, mardi dernier à Cotonou. Le directeur de l’Observatoire de la famille, de la femme et de l’enfant (Offe), Nassirou Kassoumou, souligne l’intérêt de cette initiative au profit des enfants et pour le Bénin.

LIRE AUSSI:  Préparatifs de la Can U-20, Niger 2019: Le difficile apprentissage pour la sélection nationale junior de football

La Nation : Monsieur le directeur de l’Offe, votre structure, sous la houlette du ministère en charge des Affaires sociales, a procédé, mardi dernier, à la validation de l’étude de référence sur la situation des enfants dans les couvents du Mono, du Couffo, du Zou et des Collines. Quel est le but d’une telle initiative ?

Nassirou Kassoumou : Avec l’avènement du Nouveau départ depuis 2016 et l’élaboration du Programme d’action du gouvernement (Pag), une part importante a été accordée au développement de la culture. Qui dit culture parle également de nos traditions. En opérant des réformes au niveau du secteur de la culture, nous contribuons au Pag et au rayonnement de la culture béninoise sur le plan international. Au-delà du rayonnement et de la mise en œuvre du Pag, il s’agit d’aborder la question de la protection des couches vulnérables en général et des enfants en particulier. Les enfants constituent l’une des couches vulnérables et privilégiées du ministère en charge des Affaires sociales. Voilà pourquoi leur protection et l’affirmation de leurs droits préoccupent au plus haut point les autorités en charge des affaires sociales.

Quelles sont les perspectives ?
Avec les évidences que l’étude nous a permis d’avoir, on peut aller vers le montage d’un véritable projet destiné à améliorer les conditions de vie des enfants dans les couvents et à assurer leur scolarisation. Nous allons poursuivre les discussions avec les chefs de couvents pour revoir certains aspects liés à l’internement, notamment la durée d’internement des enfants de manière à faire coïncider la période d’internement avec les vacances scolaires, afin de permettre aux élèves d’être à l’école en cours d’année et d’avoir accès aux couvents pendant les vacances. Nous allons travailler à faire en sorte qu’avec l’ensemble des acteurs les rites initiatiques et les rites d’internement soient revus et ramener au strict minimum. Nous allons veiller à ce que les droits des enfants puissent être respectés : accès à l’éducation, à la santé, à l’hygiène…. Nous allons faire en sorte qu’on puisse transformer nos couvents en des cadres de vie plus attractifs et attrayants. C’est en ce moment qu’on pourra assurer le rayonnement de nos couvents qui deviendront des centres modernes qui, à côté de l’aspect sacré que nous continuerons toujours à préserver, pourront s’ouvrir au monde et contribuer aux objectifs du Programme d’actions du gouvernement.

LIRE AUSSI:  Politique: La « Dynamique unitaire » se tisse sagement

Vous évoquiez le rayonnement de nos cultures à l’échelle internationale. Il semble y avoir tout de même un paradoxe lorsqu’on sait que pour promouvoir les droits des enfants dans les couvents, cela exige la réduction de la durée d’initiation. Comment cela est-il possible ?

Nous ne pouvons pas faire rayonner nos cultures si nous n’avons pas la capacité de les exporter. Les enfants dans les couvents seront les ambassadeurs de nos cultures à l’extérieur, dans le monde devenu un village planétaire. Comment ces enfants peuvent-ils être des ambassadeurs à l’extérieur s’ils ne sont pas scolarisés ? C’est le défi que nous voulons relever avec Plan International Bénin. Il s’agit d’abord de mettre en œuvre les lois de la République. L’école est obligatoire au Bénin pour les enfants jusqu’à un certain âge. A partir de ce moment, l’Etat veille à la mise en œuvre de ce droit fondamental. Le défi, c’est de voir également comment allier l’obligation des enfants d’aller à l’école et la nécessité de faire une immixtion dans nos traditions. La tradition, c’est le socle sur lequel repose notre société. Comment faire pour que tout en ayant droit à la connaissance des cultures endogènes, les enfants puissent également aller à l’école ? C’est le but de ce projet qui sera élaboré bientôt. Mais avant tout, il importe de dresser l’état des lieux au niveau des quatre départements. C’est ce qui est fait à travers cette étude

LIRE AUSSI:  Baisse de l'utilisation abusive des véhicules administratifs: Preuve d’une prise de conscience de plus en plus accrue des utilisateurs

Quelle est la situation des enfants dans les couvents dans les départements ciblés ?

Il y a à peu près 300 enfants dans ces couvents qui vivent dans des conditions qui ne favorisent pas toujours leur scolarisation, au regard de leur durée d’internement. L’étude a également révélé que certaines conditions de vie ne sont pas toujours favorables à l’expression de leurs droits. Mais tout n’est pas mauvais dans ces milieux. Il y a également des aspects positifs. Il y a des choses à corriger pour améliorer les conditions de vie, d’hygiène et de couchage des enfants.

Les dignitaires du culte vodoun et chefs traditionnels sont généralement très conservateurs de nos cultures endogènes. Comment arrivez-vous à faire face à leur résistance ?

Vous avez raison. Ils font montre de résistance aux premiers contacts. Mais lorsque nous leur expliquons le bien-fondé de notre démarche qui consiste à parvenir à un partenariat entre eux et les pouvoirs publics de manière à assurer la protection des enfants et à leur permettre d’avoir accès à l’instruction, ils adhèrent au principe. Il y a eu beaucoup de réticence au départ, mais dès que les chefs couvents ont été sensibilisés sur les objectifs de notre démarche, ils ont compris l’enjeu. Il ne s’agit pas de fermer les couvents, mais d’aider leurs chefs à améliorer les conditions de vie et de séjour des enfants internés. C’est le lieu de remercier les chefs de couvents et le président de la communauté du culte vodoun au Bénin, qui se sont montrés très coopératifs dans le cadre de cette étude.

LIRE AUSSI:  Action caritative à Avrankou: Mtn-Bénin au secours de l’orphelinat « La Prunelle de Dieu vivant »

En 2011, l’Unicef, sous l’ancienne représentante résidente Anne Vincent, avait entamé une initiative similaire au profit des communes d’Allada, Toffo, Tori, Zè et Kpomassè. Aujourd’hui, le ministère en charge des Affaires sociales cible quatre autres départements. On a l’impression que les acteurs mènent des actions isolées dans ce domaine…

Les acteurs travaillent en synergie. Tous les acteurs étaient représentés au lancement de cette étude. Nous travaillons en parfaite intelligence. Le ministère en charge des Affaires sociales a le devoir de coordonner l’ensemble des interventions dans le secteur et surtout de coordonner l’appui des partenaires qui accompagnent le Bénin. Dans ce sens, nous avons le devoir de veiller à la couverture nationale des interventions en matière de protection de l’enfant. Il est vrai que c’est l’Unicef qui a commencé ce processus dans le département de l’Atlantique. Pour nous, il est important qu’avec l’appui d’un autre partenaire, notamment Plan International Bénin, on ne revienne plus dans le même département, mais qu’on l’étende à d’autres départements afin d’assurer la couverture du territoire national. Nous nous fondons sur les expériences dans l’Atlantique. Le roi d’Ahouannonzoun, l’un des principaux initiateurs de ce projet, y est fortement impliqué. Il a beaucoup contribué à l’élaboration des documents, à l’identification des acteurs clés. On espère des résultats au profit de l’ensemble du pays plutôt qu’en faveur d’un seul département.