Monétique interbancaire dans l’Uemoa: L’essor des moyens de paiement appelle des mesures fortes

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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L’activité de la monétique interbancaire connaît un engouement dans les Etats de l’Uemoa, aux termes d’un rapport publié fin novembre dernier par la Bceao. Un dynamisme qui appelle à plus de vigilance face aux risques de fraude et de vol de données personnelles liés au développement des moyens de paiement.

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Avec 6 296 787 de cartes bancaires émises à fin décembre 2018 dont 76 % adossées à un compte bancaire et 24 % prépayées, l’activité de la monétique interbancaire s’est avérée dynamique au cours de l’année dernière dans les Etats de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). En effet, l’effectif des cartes s’est accru de 31 % par rapport à 2017 où l’on dénombrait 4 819 494 cartes, selon le Rapport sur la monétique interbancaire régionale dans l’Uemoa au titre de 2018 publié par la Bceao la semaine dernière.
Cette augmentation s’explique notamment par la forte émission de cartes prépayées qui a connu une augmentation de + 121 %. Elle est également due à la diversification des offres bancaires en matière de monnaie électronique et la forte concurrence des services financiers via le téléphone mobile, note le rapport.
Il est enregistré une hausse du nombre d’infrastructures d’acceptation, soit 10 713 unités recensées à fin 2018, soit une hausse de 16 % comparativement à 2017. En fait, l’on a dénombré 3698 guichets automatiques de banque (Gab) et de 7015 terminaux de paiement électronique (Tpe), soit une hausse respectivement de 14 % et de 17 % en un an dans l’Union.
La même tendance est observée au niveau de la volumétrie des transactions monétiques, grâce notamment aux réseaux qui réalisent des opérations transfrontalières avec l’harmonisation et la standardisation de leurs infrastructures d’acceptation.
L’Uemoa en compte quatre principaux à savoir Visa (29,88 % du total de l’émission de cartes); Groupement Interbancaire monétique de l’Uemoa (Gim-Uemoa: 28,47 %) ; le Privé appartenant aux banques (16 %), et MasterCard international (5 %).
Au total, 94 millions d’opérations ont été effectuées sur ces réseaux pour un montant de 10 160 milliards de F Cfa en 2018 selon le rapport de la Bceao, soit des hausses de 14 % en volume et de 58,30 % en valeur par rapport à 2017. Le réseau Privé a traité plus de 60 % des transactions de l’Union, soit 67 millions de transactions d’une valeur de 6 510 milliards de F Cfa.
Ces opérations sont principalement des retraits d’espèces via Gab (91 %), suivis des paiements réalisés sur Tpe (8,30 %) et des opérations de « Cash advance» relatifs aux retraits d’espèces effectués grâce à une carte, à partir d’un Tpe chez un commerçant ou au guichet d’une agence bancaire (0,54 %).

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Transactions et sécurité

Pour quelque 50 % du volume au titre de l’année 2018, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Burkina Faso sont les trois pays porteurs de l’activité monétique dans l’Uemoa, en termes de nombre de banques, de cartes émises, d’infrastructures d’acceptation et de transactions. Si le Mali qui occupait la troisième place en 2017 est surclassé par le Burkina Faso, les autres pays à savoir le Bénin, le Togo, le Niger et la Guinée-Bissau n’ont également pas fait un bond fulgurant.
Quoique le dynamisme observé soit globalement réjouissant, des efforts restent à faire pour développer les moyens de paiement électronique dans l’Union. Pour 11 698 717 personnes titulaires d’un compte bancaire dénombrées en 2018, seulement 4 802 989 disposent d’une carte adossée au compte, soit 41 % (4 personnes sur 10). Le Bénin compte 67 % des détenteurs d’un compte bancaire au Bénin ayant une carte adossée au compte, soit un effectif de 786 335 comptes bancaires pour 528 415 cartes adossées à un compte.
L’autre défi lié au développement des activités monétiques, c’est la surveillance et la maîtrise de la sécurité pour faire face aux risques de fraude liés aux transactions. Conscients des enjeux, la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (Bceao) et le Gim-Uemoa ont lancé des initiatives en vue de mieux maîtriser les risques opérationnels et de prévenir la fraude.
Comme mesures, il est prescrit l’obligation de conformité des émetteurs à la norme de sécurité de l’industrie des cartes de paiement Pci-Dss (Payment Card Industry Data Security Standard) et à celle dite Emv (Europay, Mastercard et Visa).
La promotion de l’émission de cartes sans contact est à promouvoir. Elle devrait permettre de réaliser une transaction sécurisée entre une puce et un terminal de paiement (distant de quelques centimètres) en utilisant les technologies Radio Frequency Identification (Rfid) et Near Field Communication (Nfc). Les moyens de paiement concernés se déclinent sous plusieurs formes : cartes (débit/ prépayée), téléphones mobiles ou autre objet (portable, montre, bracelet, bague, porte-clés, etc.)

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Priorité au « sans contact » !

Le Gim-Uemoa indique qu’à compter du mois d’avril 2020, toute nouvelle émission ou tout remplacement de cartes devra intégrer le paiement sans contact. Ainsi, tout nouveau terminal déployé (à l’exception du Gab) devra supporter le « sans contact ».
La Banque centrale préconise, pour sa part, la finalisation du Projet d’automatisation de collecte et de traitement des données (Cocotier). Ce projet vise à améliorer le dispositif de surveillance des systèmes et moyens de paiement dans l’Uemoa, en facilitant notamment la collecte, la fiabilisation et le traitement des données y relatives dans un délai raisonnable.
Par ailleurs, l’accent sera mis sur la promotion du commerce électronique (e-commerce) qui pourrait représenter, à l’horizon 2025, 10 % des ventes au détail dans les principales économies africaines, soit 75 milliards de dollars US en recettes annuelles. Pour ce faire, certains obstacles devront être levés, notamment les insuffisances relatives aux stratégies nationales de développement du e-commerce, au développement des Technologies de l’information et de la communication (Tic), à la faible logistique du commerce et à la facilitation des échanges, à l’accès au financement, etc.
Les espoirs sont par ailleurs fondés sur la mise en œuvre du Projet d’interopérabilité des services financiers numériques dans l’Uemoa, en attendant la révision du cadre réglementaire, la mutualisation des infrastructures de paiement et une meilleure coopération des acteurs du secteur.