Migration et développement: Nécessité d’une politique centrée sur les opportunités

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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La migration s’avère un instrument de développement, si une politique est clairement définie pour exploiter toutes les opportunités qu’elle offre. Cela passe notamment par la capacité des gouvernants à comprendre les tendances de la mobilité et à mieux gérer les déplacements.

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La migration clandestine de l’Afrique vers l’Europe est essentiellement le reflet d’un développement inégal, aux termes du dernier rapport sur la migration « Au-delà des barrières : Voix de migrants africains irréguliers en Europe » publié par le Pnud, il y a quelques semaines. Cette conclusion interpelle les dirigeants africains et autres acteurs du développement à la base. Ils sont appelés à opérer des choix judicieux, des stratégies de développement équilibré de leurs territoires afin d’occuper les bras valides.
Alors qu’autrefois, les Occidentaux venaient chercher de force les Africains pour aller travailler comme des esclaves dans les champs en Amérique à la faveur de la traite négrière, ce sont les Africains qui prennent délibérément le chemin de l’Europe. Ils forcent les portes du supposé ‘’eldorado’’, mettant à rude épreuve le savoir-faire des garde-côtes. Non sans peine !
Chaque embarcation qui coule dans la Méditerranée, c’est une partie de l’Afrique qui coule avec. L’inaction des dirigeants africains qui se mueent dans un silence coupable face aux grognes des jeunes et à la ruse des passeurs véreux et sans vergogne, fait prospérer encore la filière de l’émigration vers le vieux continent. Il convient, à défaut d’y mettre fin – Ce qui s’avère très difficile – de trouver les voies et moyens pour tirer meilleur profit de la mobilité des hommes et femmes qui aspirent à de meilleures conditions de vie en se déplaçant.
Un effort de réflexion s’impose pour retenir les jeunes diplômés dans leur pays, mieux les former afin qu’ils participent au développement de l’Afrique sur place. Il importe que les travaux de recherche soient consacrés davantage à ce phénomène. Aussi, urge-t-il d’évaluer la gestion de la migration au plan national, de planifier les études d’envergure sur le phénomène et de favoriser les échanges sur les initiatives innovantes pour aboutir à une législation plus renforcée.
Outre les politiques, les hommes d’affaires sont interpellés tout comme les étudiants, cadres de demain et fer de lance du développement. Il est impérieux que les jeunes s’associent pour monter des projets et s’auto- employer sur place.

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Contraintes

Celui qui ne se déplace pas et se résout à vivre localement les infortunes sociales est mal perçu dans nos sociétés. La mobilité permanente, même transfrontalière des migrants, trouve tout son sens dans ce désir d’aller faire fortune ailleurs pour venir contribuer au développement de sa localité, au milieu des siens. L’apport de la diaspora africaine au développement du continent n’est pas négligeable. En témoignent les montants colossaux des transferts de fonds des migrants pour contribuer au développement de leurs pays d’origine.
L’histoire rapporte que la plupart des peuples sont des migrants : l’autochtone d’aujourd’hui ayant été l’étranger d’hier qui a dû quitter son environnement originel pour se retrouver à un autre endroit, à la recherche de la tranquillité et du mieux-être. L’illustration est donnée à travers certains dirigeants du monde. Le premier président de l’ex-Dahomey n’est-il pas venu de l’ex-Haute Volta (Burkina Faso) ? un Noir originaire du Kenya a aussi dirigé pendant huit ans la plus grande puissance du monde : les Etats-Unis d’Amérique. En France et en Europe en général, les exemples foisonnent également. C’est dire combien la migration est un phénomène aussi vieux que le monde et a touché tous les peuples.
L’oiseau ne décide pas d’abandonner son nid la nuit, s’il n’est pas confronté à une difficulté majeure, dit l’adage. Récemment encore, le phénomène de la sorcellerie qui constitue une réalité africaine amène des familles à chercher un point de chute pour se préserver. Des déplacements des migrants sont souvent induits par les crises, notamment la guerre.
Mais l’une des raisons majeures de migration a été la recherche de terres plus fertiles pour les agriculteurs, la quête d’eau et de pâturages pour les éleveurs transhumants ou d’eaux plus poissonneuses pour les pêcheurs. Les difficultés liées à l’accès au foncier, aux métiers et aux services publics ainsi que les conflits avec les autochtones sont des contraintes sociales qui expliquent la migration. C’est ainsi que de nombreux compatriotes béninois se sont retrouvés au Nigeria, au Gabon pour s’accomplir.

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—————————— Drame de la Méditerranée —————————-

Tous les candidats à l’émigration clandestine n’ont pas la chance de traverser le désert et les eaux de la Méditerranée, comme le souligne le rapport Scaling Fences du Pnud. Les médias occidentaux relaient au quotidien le drame qui se joue sur les sentiers tortueux.
Des témoignages pathétiques sur les misères des migrants africains sont recueillis et consignés par le journaliste et écrivain béninois Jean-Baptiste Sourou dans son opuscule intitulé « Chronique d’un été glacial :Le rêve naufragé des Africains », paru aux éditions Cedres. A l’en croire, de nombreux Béninois parmi les Africains ont péri sur les côtes de l’île de Lampedusa en Italie, principale zone où échouent les embarcations des aventuriers africains (Somaliens, Erythréens, Soudanais, Sénégalais, Guinéens, Ivoiriens, Maliens) mais aussi des Palestiniens, des Irakiens, des Syriens.
Comme beaucoup de pays du continent, le Bénin n’échappe donc pas à ce fléau qui tourne souvent au cauchemar et vide peu à peu l’Afrique de ses bras valides à la quête d’un meilleur avenir. Les péripéties du voyage riment souvent avec les mésaventures et la grosse désillusion des émigrés qui deviennent sans abri, entassés dans de vieux magasins puants. Ils sont surexploités dans les plantations s’ils ne sont pas contraints de mendier devant les supermarchés pour les hommes, ou livrés à l’exploitation sexuelle et à la prostitution en ce qui concerne les femmes.
Les clandestins vivent généralement dans le dénuement total et l’épuisement et sont soumis aux pires humiliations, aux arrestations tous azimuts, aux maladies telles que la tuberculose, le sida et autres affections graves. Les restes de certains moins chanceux sont abandonnés dans les dunes ou repêchés par les pêcheurs et les secours des marines militaires. Toutes choses qui font dire à Jean-Baptiste Sourou que : « La Méditerranée est devenue un cimetière de Nègres ».