Meurtre (5e dossier): Orou Bouraïma retrouve ses deux épouses et dix enfants

Par Maurille GNASSOUNOU A/R Borgou-Alibori,

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Inculpé de meurtre, Orou Bouraïma était devant la cour, lundi 31 juillet dernier à Parakou. L’accusé retourne chez lui, après avoir été condamné à 36 mois de prison, temps qu’il a déjà passé depuis sa mise en détention qui remonte à avril 2014.

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Le développement de l’instinct de se rendre justice chez certaines personnes, les pousse parfois à commettre des actes regrettables aux conséquences déplorables. C’est le cas d’Orou Bouraïma, bouvier de son Etat, né vers 1975 à Kokotamou, à Natitingou. Marié à deux femmes, il est père de 10 enfants. Devant la cour, lundi 31 juillet dernier à Parakou, pour répondre du chef d’accusation de meurtre, crime puni par les dispositions des articles 295 et 304 alinéa 3 du Code Pénal, il a été condamné à 36 mois, soit trois ans d’emprisonnement ferme.
Orou Bouraïma a reconnu à toutes les étapes de la procédure les faits mis à sa charge. A la barre, il n’a pas nié avoir supprimé la vie à sa victime dont l’identité n’a jamais été déterminée. Mais il n’est pas arrivé à expliquer avec constance, les circonstances dans lesquelles il a commis son acte. Pour le situer, il a fallu, sur insistance de l’avocat général, Léon Pape Yèhouénou, procéder d’abord à lecture de ses différentes déclarations à l’enquête préliminaire, tant devant la police que le juge d’instruction.
Par rapport à la légitime défense invoquée par l’accusé pour justifier son forfait, le représentant du ministère public, Léon Pape Yèhouénou, estime qu’elle appelle à la nécessité de la préservation de la vie. Elle ne devrait pas dégénérer en abus. Selon lui, les circonstances dans lesquelles Orou Bouraïma a commis le meurtre ne sauraient être assimilées à de la légitime défense. Pour qu’il en soit ainsi, insiste l’avocat général, l’attaque doit être réelle, injuste et actuelle, puis la riposte strictement nécessaire et proportionnelle. « Au regard des faits qui nous sont soumis, est-ce que Orou Bouraïma était dans les conditions de légitime défense, quand bien même, sa victime est venue le voler ? », s’est interrogé Léon Pape Yèhouénou. Selon lui, il y a eu un excès de la part de l’accusé d’autant plus que, après l’avoir déjà terrassée, il l’a achevée en continuant à l’assommer jusqu’à ce que mort s’ensuive. Toutefois, tenant compte de son comportement dans la société et de sa personnalité, il lui concède le bénéfice des dispositions de l’article 326 du Code pénal relatif à l’excuse de provocation. Il demande alors à la cour de condamner Orou Bouraïma au temps qu’il a déjà passé en détention, soit à la peine de 36 mois d’emprisonnement ferme.
Après avoir suivi les réquisitions de l’avocat général, et exprimé sa conviction que le dossier a été bien exploré à la barre, Me Mouftaou Bah Salifou, assurant la défense de l’accusé, a néanmoins fait un certain nombre d’observations. Ce qui est évident, admettra-t-il, c’est qu’il y a eu mort d’homme à la suite d’un vol perpétré dans l’enclos de son client. Pour lui, les éléments constitutifs de la légitime défense sont plutôt réunis. Ce n’est pas le défaut de la règle de la proportionnalité qui doit la remettre en cause. « C’est à l’agresseur de supporter toutes les conséquences de ce qu’il a imposé à l’accusé », confie Me Mouftaou Bah Salifou. Il appelle la cour à faire bénéficier des circonstances atténuantes à son client et, au pire des cas, de l’excuse de provocation.
A la délibération, la cour déclare Orou Bouraïma coupable d’avoir volontairement donné la mort à sa victime. Il le condamne à la peine de 36 mois d’emprisonnement ferme. Orou Bouraïma est désormais libre de ses mouvements et ses deux épouses et dix enfants.
La cour qui a examiné ce dossier avait pour président Adam Banzou Nouhoum. Jean-Pierre Yérima Bandé et Arlen Dossa-Avocè étaient ses assesseurs. Léon Pape Yèhouénou représentait le ministère public et Me Jacques Marie Agoï tenait la mémoire de l’audience. Sabi Goro Monsi Kora, Zoubératou Baboni, Bio Takorou Korogoné Igari et Jocelyne Paulette Ahoton étaient les jurés tirés au sort.

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Qu’en est-il des faits?

Courant 2014, Orou Bouraïma a enregistré plusieurs cas de vols dans son troupeau. Il a alors décidé d’y passer ses nuits. C’est ainsi que dans la nuit du lundi 24 avril 2014, il a été réveillé de son sommeil par la présence de deux individus au milieu de ses bêtes. Une lutte s’engage alors entre lui et un des assaillants qui lui assène des coups de coupe-coupe, puis de pierres. Ripostant, Orou Bouraïma se saisit d’une pierre avec laquelle il administra au présumé voleur plusieurs coups à la tête jusqu’à ce qu’il en meure.