Meilleure gestion de la transhumance transfrontalière au Bénin: Le gouvernement Talon prend le taureau par les cornes

Par La Redaction,

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Comment gérer durablement la transhumance transfrontalière au Bénin tout en évitant les conflits, destructions et pertes en vies humaines ? C’est l’objectif de la double Mission de travail dépêchée par le gouvernement de la Rupture dans les communes frontalières béninoises – portes d’entrée des transhumants – et dans les régions transfrontalières concernées au Niger, au Burkina Faso, au Togo et au Nigeria. Le rapport de fin de mission est formel : des solutions existent, mais il va falloir les appliquer sans état d’âme. Explication.

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Une bonne mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle, c’est que le Bénin enregistre chaque année un flux important de troupeaux transhumants en provenance des pays de la sous-région que sont le Niger, le Burkina Faso, le Nigeria, le Togo, le Tchad, le Mali, voire le Cameroun tout récemment. La mauvaise nouvelle, c’est que malheureusement, du fait de la faiblesse organisationnelle des acteurs et du non-respect des dispositions réglementaires en la matière, l’arrivée, le passage, le séjour et le départ de ces transhumants ainsi que de leur bétail s’accompagnent toujours de plaintes des populations qui n’hésitent pas à accuser les autorités, à divers niveaux, de faillir à leur mission de les protéger des agressions et invasions venant de l’extérieur. Face à ce tableau désolant, le gouvernement du Nouveau départ a pris l’initiative d’une thérapie de choc à deux niveaux : d’une part, sillonner l’ensemble des communes frontalières béninoises, portes d’entrée (et couloirs) des transhumants et d’autre part, aller au contact des autorités régionales et locales en charge de la gestion de la transhumance dans les pays frontaliers.

Une mission de salut public…

Dans le cadre de la prise de contact avec nos communes frontalières, sur instructions du chef de l’Etat, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Aurélien Agbénonci, a envoyé sur place une mission de travail conduite par son directeur de cabinet, William Comlan. Elle est composée du directeur de l’Afrique et du Moyen-Orient, Yves Eric Ahoussou-Gbémey et du Point focal en charge des questions de transhumance transfrontalière dans cette direction, Wilfried Kakpo. L’objectif de cette mission est bien clair : appréhender, cerner, et maîtriser les causes des violences récurrentes qui caractérisent la transhumance transfrontalière et qui mettent souvent aux prises des populations béninoises et des ressortissants des pays voisins. Cette tournée s’est déroulée en deux étapes. La première étape, qui a eu lieu du 20 au 30 août 2017, a pris en compte les départements de l’Alibori (Kandi, Malanville, Nikki), du Borgou (Parakou), de l’Atacora (Tanguiéta, Natitingou, Matéri), des Collines (Bantè, Dassa-Zoumè), du Zou (Abomey, Zogbodomey, Djidja, Zagnanado, Covè, Ouinhi) du Mono (Lokossa, Athiémé), et du Couffo (Aplahoué). La seconde étape s’est intéressée au département du Plateau, notamment Pobè et Kétou, les 6 et 7 septembre 2017. A l’issue de cette mission, il s’est avéré indispensable de programmer une mission conjointe du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération, du ministère de l’Intérieur, de la Sécurité publique et des Cultes, du ministère du Cadre de vie et du Développement durable et du ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche dans les quatre régions transfrontalières ciblées que sont les Etats d’Oyo et d’Ogun au Nigeria, et les régions de Gaya au Niger, Kompienga au Burkina Faso et Dapaong au Togo. L’objectif, cette fois-ci, est de rechercher avec les autorités régionales et locales en charge de la gestion de la transhumance dans ces pays, des solutions susceptibles d’aboutir à un meilleur encadrement de l’activité et d’endiguer la violence et l’insécurité qu’elle génère. Ainsi, le Conseil des ministres, en sa séance ordinaire du 25 juillet 2018, a autorisé la mission de travail dans les pays et régions concernés.

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… et de bon voisinage

En ce qui concerne la mission de travail interministérielle. Toujours sous la conduite du directeur de Cabinet du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, William Comlan, la délégation, composée des représentants des ministères ci-dessus cités auxquels s’est joint le président de l’Association nationale des organisations professionnelles d’éleveurs de ruminants (Anoper) s’est rendue successivement à Kompienga le 22 août 2018, à Dapaong le 24 août, à Ibadan le 27 août, et à Dosso le 1er octobre 2018. L’étape de Gaya au Niger, initialement prévue pour le 20 août 2018 a été reportée par la partie nigérienne. De même, pour des raisons de calendrier, les autorités de l’Etat d’Ogun au Nigeria ont souhaité une nouvelle programmation. La mission de travail se rendra dans ces deux régions dès que les nouvelles dates seront retenues de commun accord.

Des recommandations à prendre très au sérieux

A mon humble avis et au regard des remarques et observations faites par les deux missions de travail envoyées sur le terrain, le gouvernement du Bénin a tout intérêt à prendre en compte les recommandations ci-après : la précision des portes d’entrée et de sortie des transhumants, l’aménagement des couloirs (balisage, aires de pâturage, aires de repos, points d’eau), le renforcement des mesures sécuritaires dans les zones interdites à la transhumance, les mesures rigoureuses et appropriées pour contraindre les transhumants à quitter le parc W, la sensibilisation des élus locaux sur l’importance du respect de la taxe unique imposée par le gouvernement, l’obligation de désarmer les transhumants avant l’entrée des troupeaux sur le territoire national, l’instauration d’une amende pour décourager le pâturage de nuit, la sensibilisation des agriculteurs pour le respect des couloirs de transhumance et l’identification d’un mode sécurisé de transport d’argent pour permettre aux éleveurs transhumants de circuler en toute quiétude.
Faut-il le préciser, la pression numérique des bovins et ovins en transhumance ou en transit au Bénin s’est progressivement accrue entre 2013 et 2016, dont près de la moitié vient du Nigeria et du Niger. Cette situation n’est pas sans répercussion sur la récurrence et l’intensité des conflits du fait des dégâts sur l’environnement et les cultures ; et ceci en dépit de ce que de la transhumance au Bénin est encadrée par la loi N°87-013 du 21 septembre 1987 portant réglementation de la vaine pâture, de la garde des animaux domestiques ainsi que de la transhumance, la loi N°2002-16 du 18 octobre 2004 portant régime de la faune en République du Bénin et les Accords régionaux et sous-régionaux sur la transhumance, dont l’Accord sur la transhumance entre les Etats membres du Conseil de l’Entente signé en mai 1991, l’Accord sur le règlementation de la transhumance entre les Etats membres de la Cedeao (Décision A/DEC.5/10/98 du 31 octobre 1998 adoptée à Abuja au Nigeria), et le Règlement C/REG.3/01/03 relatif à la mise en œuvre de la règlementation de la transhumance entre les Etats membres de la Cedeao signé à Dakar en janvier 2003.
Résultat : les dégâts enregistrés lors des différentes campagnes de transhumance dans notre pays ont impacté presque toutes les spéculations agricoles. Dans les régions où se pratiquent les cultures de contre saison et le maraîchage, les pertes économiques sont importantes même si les superficies dévastées semblent relativement faibles. La valeur annuelle des dégâts est estimée à près de 3,8 milliards FCfa. A l’évidence, il était temps que des mesures idoines soient prises pour briser le signe indien. Le gouvernement du président Patrice Talon a visé juste en prenant son bâton de pèlerin pour combattre le mal par la racine. Maintenant, il faut mettre en œuvre les recommandations des missions de travail mises sur pied à cette fin pour arrêter la saignée. C’est mon intime conviction !