Meilleur encadrement des enfants: La généralisation des internats comme solution

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Pendant longtemps, les internats ont servi de cadres d’apprentissage, mais surtout d’éducation à de nombreux élèves hier devenus des cadres aujourd’hui. Actuellement, ce système tend à disparaître. Pourtant, augmenter le nombre des internats restera un choix juste, en ce sens qu’il contribue à la réussite scolaire et à l’éducation des enfants, de même qu’au développement de la société.

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«S’il fallait choisir entre l’internat et le cercle familial comme cadre d’étude et de vie, je choisirai d’emblée l’internat, parce qu’il m’a offert ce que mes parents n’ont pas pu. J’ai été soumise à ce régime dès le bas âge du fait de leur indisponibilité, et j’en ai beaucoup gagné au plan éducatif». Ce témoignage de Merveille Abayomi, internée depuis bientôt 6 ans à St Augustin de Cotonou, apprécie le rôle que jouent les internats dans la vie de leurs pensionnaires et rend compte de la plus-value que leur offre le système, notamment au plan éducatif.

Grandir avec une éducation solide
Le récit de Merveille Abayomi ne diffère pas de ceux de ses camarades, Kiramath Assouma, Dénisette Noukouyoula,…. Pour chacune de ces filles, le menu concocté à l’internat permet à l’interné, outre l’affection dont il bénéficie en permanence, de grandir également avec une éducation solide et de qualité alliant la connaissance à des règles et leçons de vie. Parmi ces jeunes filles, il y en a qui ont fait du chemin avec le régime et qu’on pourrait surnommer les “doyennes de l’internat”, au regard de leur ancienneté. Pour elles, la qualité de l’éducation à l’internat n’a rien à envier à celle donnée dans le cercle familial. Laquelle qualité les motive au point où elles ne songent pas, du moins pour l’heure, à y renoncer.En effet, le but premier de l’internat est de former les filles à devenir de véritables femmes pour l’avenir, par l’éducation intellectuelle, humaine et spirituelle.A priori, c’est la société, de façon générale, qui profite de ses avantages, en ce sens que beaucoup de cadres et responsables d’entreprises étatiques et privées ont également pris par là. Dans ces centres, les études restent et demeurent l’élément déterminant dans la réussite scolaire et contribuent au renforcement de l’éducation des internées à devenir des cadres dignes. Les consignes que reçoivent les pensionnaires sont fermes et infranchissables: pas de distractions qui ne soient des activités ludiques, ni de sorties tous azimuts, encore moins de dérives vers la débauche…. Le sexe devient un sujet énigmatique et est interdit. Mieux, l’internat se positionne comme un cadre d’accueil et de scolarisation qui favorise la réussite scolaire et l’apprentissage des règles de la vie communautaire et des principes religieux pour les élèves. Les maîtres-mots demeurent le travail, le respect mutuel, la solidarité et l’entraide.Les parents soucieux de la sécurisation du parcours de leurs enfants ou encore qui souhaitent leur éloignement d’un environnement jugé peu favorable à la réussite scolaire, n’hésitent souvent pas à faire ce choix. Selon, Nagida Ahiou, un parent d’ex-internée, la qualité du projet pédagogique et éducatif de l’internat contribue activement à l’atteinte des résultats escomptés. Centres d’éducation par excellence, les internats accueillent généralement les enfants des deux sexes et de toutes catégories sociales. Si par le passé, ils avaient été d’un appui considérable dans la réussite scolaire et sociale de nombreux élèves, aujourd’hui, tout porte à croire que le système est de moins en moins prisé au Bénin. Le monopole semble être détenu par les établissements confessionnels. Le ministère en charge de l’Enseignement secondaire ne dispose pas de statistiques fiables en la matière. Mais toujours est-il que l’Etat dispose encore des internats dans tous les départements du Bénin, a rassuré la conseillère technique genre dudit ministère, Sadia Adébiyi Adam.

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Rareté du système
L’urbanisation des villes et villages, la prolifération des écoles de formation à l’échelle du pays, et le raccourcissement des distances domicile-école de formation seraient à la base de la rareté du système aujourd’hui, explique le sociologue Rodrigue Sohouénou. En réalité, explique la conseillère technique genre du ministère en charge de l’Enseignement secondaire, c’est parce que l’Etat a transformé les foyers de jeunes filles en lycées de jeunes filles qu’on entend moins parler d’internat. Dans ces lycées, les élèves bénéficient des mêmes privilèges que dans un internat. A en croire la responsable de l’internat St Augustin à Cotonou, la sœur Dorothée Dossou, la période révolutionnaire a provoqué la fermeture de plusieurs collèges privés catholiques. Ce qui s’est répercuté sur les internats. Par ailleurs, développe-t-elle, la morosité économique appauvrit de plus en plus les parents et les oblige à reconsidérer leur porte-monnaie en vue de l’organisation à mettre en place pour l’éducation de leurs enfants. De ce fait, la possibilité pour un enfant d’être interné est de plus en plus réduite. Et pourtant, que de privilèges n’offre le système ! Selon, la sœur Dorothée Dossou, l’internat constitue un puissant vecteur d’éducation, surtout pour la jeunesse en perte de valeurs morales. Il représente un atout déterminant pour la réussite scolaire et favorise l’intégration sociale. Toutes les parties prenantes y trouvent leur compte. En même temps qu’ils offrent aux internés un cadre de travail plus approprié et favorise une concentration accrue au travail du fait de bonne gestion des emplois du temps d’étude, les internats favorisent, en ce qui concerne les parents, le contrôle des enfants et le transfert de responsabilité parentale au gestionnaire des internats. Ils réduisent également la dépendance des enfants vis-à-vis des parents, le bannissement de la facilité et les obligent à faire la culture de l’effort. A en croire la responsable de l’internat St Augustin, dont le centre compte environ 200 internes (exclusivement des filles), le régime d’internat pour les élèves est bénéfique à tous les coups. «Le système apprend à l’enfant à vivre en société, parce que les internes s’enrichissent des bonnes éducations des unes et des autres et évoluent dans un esprit de famille», se réjouit-elle. La politesse, la délicatesse, le savoir-faire, le savoir-vivre, l’esprit de solidarité envers les autres sont autant de valeurs prônées en son sein, a-t-elle précisé. A l’en croire, les messages de soutien et de satisfaction des parents témoignent de l’importance du travail qu’abattent au quotidien les éducatrices en faveur de la promotion de l’éducation et de l’excellence.

Vecteur d’éducation, mais…

Le modèle incarné par ces éducatrices n’est pas exempt de contradictions. Si certains parents se réjouissent de l’option de l’internat pour leurs enfants, d’autres par contre regrettent leur choix. Pour eux, les éducatrices doivent être pour les jeunes filles des modèles de chasteté, en même temps de bonnes maîtresses de maison et mères de famille. Selon Romuald Djony, parent d’une ex-internée, l’internat n’a pas permis à son enfant d’adopter le modèle de femme qu’il souhaiterait qu’elle incarne. Il se désole du fait que sa fille ait contracté une grossesse précoce en lieu et place de la bonne éducation dont elle devrait bénéficier. Ces affirmations sont balayées du revers de la main par la sœur responsable de l’internat St Augustin, qui impute plutôt la responsabilité aux parents. Pour elle, certains parents n’apprécient pas, par exemple que leurs enfants soient associés aux travaux domestiques à l’internat. Cet état de choses favorise la paresse dans le rang des internées, argumente-t-elle. C’est pour cette raison que les efforts que «nous fournissons dans ce sens sont parfois minimisés. Lorsque les parents ne renforcent pas «nos efforts, les enfants deviennent très paresseux», se désole-t-elle. Aussi, le défaut de dialogue entre parents et internés est-il souvent à la base des abandons dans le rang de ces derniers. Il revient aux parents, souligne-t-elle, de discuter avec leurs enfants sur les raisons qui motivent leur admission à l’internat, afin de leur éviter des comportements peu exemplaires. Un travail psychologique doit être fait dans ce sens. Autrement, lorsqu’un parent envoie son enfant à l’internat dans une visée punitive, les résultats qu’il espère de ce dernier ne seront pas à la hauteur de ses attentes. Selon elle, les parents qui laissent leurs enfants au bon soin des internats, disposent généralement de peu de temps pour assurer leur éducation et leur suivi. «Ils courent après le matériel et mettent au second plan l’éducation de leurs enfants», fustige-t-elle. Ces derniers jouent souvent à l’hypocrisie avec leurs parents et une fois à l’internat, ils se montrent très capricieux, argumente-t-elle, pour justifier le cas des filles qui contractent des grossesses même étant internées. Toutefois, elle se félicite de ce que son centre n’ait jamais connu de tels cas. Elle suggère néanmoins qu’il y ait une bonne collaboration entre parents et éducatrices pour éviter certains dérapages déplorables. A en croire Romuald Djonny, l’offre actuelle de scolarisation en internat n’est plus à la hauteur des besoins identifiés par certaines familles et devient de plus en plus irrégulière sur l’ensemble du territoire national.

Des internats existent encore

Etant donné que les noms des anciens lycées ont disparu, «les nostalgiques des foyers pensent qu’ils n’existent plus d’internats publics. Il en existe encore dans les grandes villes du Bénin», rectifie la conseillère genre du ministère en charge de l’Enseignement secondaire. L’Etat assure même régulièrement la subvention de ces centres, afin de leur permettre de bien fonctionner. La vocation initiale de l’internat scolaire doit être élargie. La relance de la politique de l’internat passe aussi par l’élaboration d’une charte nationale des internats. Sur ce point, souligne-t-elle, il n’existe pas de textes spécifiques qui régissent les internats dans leur ensemble. Autrement, si les internats doivent tous fermer leurs portes, l’éducation va évoluer de façon asymptotique et la société elle-même trouvera les mesures de régulation et d’adaptation à ce système, appréhende le sociologue Rodrigue Sohouénou. Le mieux qu’on puisse souhaiter, c’est que les responsables en charge du secteur de l’éducation dans notre pays cernent l’enjeu et adoptent des dispositions palliatives. Les écoles de formation à régime d’externat ont, elles aussi, l’obligation d’inculquer des valeurs morales, civiques et patriotiques à leurs apprenants, a-t-il suggéré.