Médecine, politique, solidarité féminine…Dr Koubourath Osseni, une vie au service de la République

Par Ariel GBAGUIDI,

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Dr Kadidjat Kuburat Anjorin Osseni

Son parcours émerveille. Dr Kadidjat Koubourath Anjorin épouse Osseni a une vie bien remplie. De la médecine aux diverses fonctions politiques, l’ancienne grande chancelière de l’Ordre national du Bénin a servi la République avec engagement, ouverture d’esprit et sens de responsabilité.

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Elle est l’une des grandes figures féminines africaines de la période précoloniale dont le Bénin profite toujours de la longue et riche expérience. Elle, c’est Dr Kadidjat Koubourath Anjorin épouse Osseni, médecin de profession, cheffe d’entreprise, acteur politique, militante des droits de la femme, ancienne députée à l’Assemblée nationale, ancienne ministre. Récemment, elle a occupé le poste de grand chancelier de l’Ordre national du Bénin. C’est d’ailleurs dans cette fonction qu’elle se fera davantage connaître de la jeune génération. Son entourage la décrit comme une brave femme qui ne privilégie que le sens du service public, le travail bien fait, le vivre-ensemble, l’amour du prochain et la prospérité partagée.

Née le 23 avril 1947 à Porto-Novo, Dr Kadidjat Koubourath Anjorin Osseni passe la majeure partie de son cursus scolaire et universitaire dans des pays de la sous-région. Elle fit ses études primaires à Bamako (Mali), à Tahoua (Niger), à Kayes et à Sikasso (Mali). C’est à l’Ecole primaire publique de Sikasso qu’elle décroche son entrée en sixième en 1960. Elle enchaîne avec ses études du premier cycle du secondaire au collège des jeunes filles de Markala au Mali. Comme la plupart de ses camarades à l’époque, la jeune collégienne est témoin de l’effervescence des indépendances des pays de l’Afrique occidentale française. Une période gravée dans sa mémoire qu’elle se fait parfois le plaisir de conter aux jeunes générations.

En 1964, elle obtient son Brevet d’études du premier cycle. Son goût pour les sciences et techniques l’amène à poursuivre le second cycle en série scientifique au lycée des jeunes filles John F. Kennedy à Dakar au Sénégal. Quatre ans plus tard, Dr Kadidjat Koubourath Anjorin Osseni revient au bercail, poussée à bout par la grève de mai 1968 au pays de Léopold Sédar Senghor. Elle regagne alors Cotonou sans le précieux diplôme qu’elle convoitait. C’est finalement au Bénin, en 1969, que la jeune terminaliste va décrocher son baccalauréat série D avec mention. La même année, elle intègre la faculté de médecine de l’Université nationale du Bénin (actuelle Université d’Abomey-Calavi) et y fit ses études supérieures jusqu’en 1975. Elle part ensuite au Togo pour pratiquer la médecine interne de septembre 1975 à juin 1977 à l’Université du pays (hôpital de Lomé-Tokoin). Le 24 juin 1977, Dr Kadidjat Koubourath Anjorin Osseni décroche avec brio son doctorat en médecine, et devient la première femme à obtenir ce grade universitaire dans son domaine à la faculté de médecine du Togo. Le jury lui décerne la mention très bien avec félicitations.

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Une vie pleine

Après son doctorat, Dr Kadidjat Koubourath Anjorin Osseni regagne le Bénin pour y consacrer sa vie à servir les autres. Elle est d’abord nommée médecin chef du centre médical d’Avrankou de 1977 à 1978, ensuite médecin chef du centre médical de Cotonou de 1978 à 1979 puis, médecin en pédiatrie au Centre hospitalier universitaire Hubert Koutoukou Maga de Cotonou de 1979 à 1981.

Jeune médecin, elle était passionnée par la chose politique. Son activisme dans l’arène politique nationale lui profite en 1991 à la suite des premières législatives organisées sous l’ère du Renouveau démocratique. Dr Anjorin Osseni est élue députée à l’Assemblée nationale, première législature. Le 8 septembre 1993, elle dépose ses écharpe et pin’s d’élue du peuple pour faire son entrée au gouvernement du président Nicéphore D. Soglo. Le chef de l’Etat lui confie à l’époque le ministère du Travail, de l’Emploi et des Affaires sociales. Elle devient ainsi l’une des rares femmes ministres ayant servi sous le premier président élu du Renouveau démocratique. Elle conduit les destinées du ministère pendant deux ans.

En 1997, elle est nommée consul honoraire du Mali au Bénin puis, de 1999 à 2004, elle fut membre du Conseil économique et social (Ces).

En 2009, Dr Kadidjat Koubourath Anjorin Osseni est promue à la tête de la grande chancellerie de l’Ordre national du Bénin. Là, va démarrer une nouvelle expérience pour elle. L’ancienne ministre de Nicéphore D. Soglo est la première femme nommée à ce poste. Elle est aussi l’une des rares citoyennes béninoises reçues dans plusieurs Ordres nationaux de pays africains et occidentaux. Elle passera dix ans, soit deux mandats successifs de cinq ans, à la tête de la grande chancellerie (mars 2009 – mars 2019). Conformément aux textes de l’institution, elle n’est plus éligible à ce poste mais de façon exceptionnelle, le président Patrice Talon lui accorde une rallonge de deux ans. « Moi, j’ai fini mon mandat depuis mars 2019. Et j’ai été voir le président en lui disant que j’ai fini, je dois partir, j’ai ramassé mes affaires. Et il a dit non reste, on verra après. C’est pour cela que j’ai fait deux ans en plus », explique-t-elle à la faveur d’une interview avec un groupe de journalistes, mercredi 12 mai dernier. En réalité, son mandat a été prorogé compte tenu des réformes politiques en cours à l’époque avec la création du poste de vice-président de la République qui est d’office le grand chancelier.

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En dehors de la médecine et de la politique, Dr Kadidjat Koubourath Anjorin Osseni se bat aussi pour la défense des droits de la femme africaine en général et béninoise en particulier. Elle est élue respectivement en 1992 et 1994, présidente de la Fédération nationale des associations des femmes du Bénin (Fnafb) et présidente du Réseau national pour la parité (Renap). L’ancienne ministre est également membre fondatrice, en 1996, de l’Association internationale femmes Afrique solidarité (Fas) dont le siège est à Genève en Suisse, et membre du Soroptimist international (Si) Club doyen de Cotonou dont elle a assuré la présidence de 2008 à 2010.

Devoir accompli

Son bilan à la tête de la grande chancellerie est remarquable. Entre autres, 4803 dossiers ont été étudiés. D’un autre côté, elle assure avoir apporté sa touche féminine à la gestion de l’institution. « Il n’y avait que des hommes qui étaient là tout le temps. Une femme est arrivée donc forcément ça change… Je ne voudrais pas commencer par dire que c’est moi qui ai fait ci, c’est moi qui ai fait ça, mais la touche féminine est toujours là », fait-t-elle observer lors de cet entretien avec la presse.
D’une manière générale, elle part de la grande chancellerie avec le sentiment du devoir accompli. « En mon for intérieur, j’ai le sentiment d’avoir accompli ma mission. Ça, je vous l’avoue. Je ne me vante pas. Je ne me décerne pas un satisfecit mais je n’ai pas l’impression que ce soit du travail non achevé que j’ai fait… Peut-être que tout le monde n’est pas satisfait mais moi j’ai fait honnêtement ce que j’ai pu », assure-t-elle. Des propos que ses collaborateurs confirment. Ils demeurent tous convaincus que si la grande chancellerie s’est montrée beaucoup plus active et visibile ces douze dernières années, c’est bien sûr grâce au leadership et au management de leur ancienne patronne.
Des difficultés dans l’exercice de ses fonctions, la grande chancelière dit n’en n’avoir pas rencontré assez. Le seul problème auquel elle et son équipe étaient confontés est d’ordre financier. « Nous n’avons pas un budget autonome. Ça c’est très embêtant pour nous. Ça nous retarde un peu dans ce que nous faisons. Mais on a fait avec…», déclare-t-elle avec un large sourire.

Management

Au service, en famille et dans la vie courante en général, la réputation de cette femme engagée est bonne. A la grande chancellerie, nombreux sont ses collaborateurs qui témoignent de son leadership et de ses compétences managériales extraordinaires. Ils apprécient l’ambiance de travail avec elle. Madame « a reçu une éducation purement sahélienne, ce qui fait qu’elle met tout en œuvre pour que l’harmonie règne au sein du personnel, pour que le vivre-ensemble soit… C’est ma seconde maman… C’est une femme qui motive beaucoup… Chaque fois quand il m’arrive de baisser les bras compte tenu de certaines situations, elle trouve toujours les mots et les moyens pour me motiver…», affirme Arielle Kinsou, son assistante à la grande chancellerie.
Dr Kadidjat Koubourath Anjorin Osseni est reconnue pour être toujours à l’écoute du personnel de son administration. Et « quand il faut vous célébrer, elle vous célèbre. Quand il faut vous réprimander, elle le fait avec la rigueur qu’il faut», assure Patrick Sidokpohou, chef service technique à la grande chancellerie, qui depuis 2011 travaille à ses côtés. Cet ancien journaliste à la Télévision nationale raconte plusieurs anecdotes pour étayer son propos. Comme sa collègue Arielle Kinsou, Patrick Sidokpohou relève: « Quand elle vous réprimande, la minute d’après, vous passez à autre chose…Elle n’est pas du genre à vous répéter vos fautes ».

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L’ancienne grande chancelière n’a pratiquement pas de répit pour le travail, selon ses collaborateurs. Même durant ses congés, elle prend des dispositions pour éviter la lenteur administrative. « Je ne sais même pas si elle profite vraiment de ses congés. Grâce à elle, j’ai compris que si l’administration béninoise est lente, c’est bien à cause de nous-mêmes…», affirme Arielle Kinsou qui a passé huit ans aux côtés de l’ancienne grande chancelière. Huit années au cours desquelles elle ne retient que des choses positives de sa patronne. La jeune dame dit ne pas regretter son expérience aux côtés de sa «seconde maman ». « Si c’était à refaire, je le referais », confie-t-elle, émue.
A chaque cérémonie de réception de récipiendaires dans l’Ordre national, ses collaborateurs détectent toujours un point positif chez leur patronne et reçoivent également un enseignement de plus. L’une des choses qui fascinent Patrick Sidokpohou chez l’ancienne grande chancelière, c’est sa facilité, au pupitre, à trouver les mots justes pour revenir à son discours si entre-temps elle a eu à ouvrir des parenthèses.

Que de choses positives à retenir de cette amazone nationale. D’autres témoignages illustrent bien le fait, et leurs auteurs assurent qu’il s’agit de propos sincères et non des fleurs jetées à l’endroit de leur ancienne patronne.