Mariage précoce: L’urgence d’agir pour atteindre le seuil de 20 % d’ici 2018

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Le phénomène du mariage précoce a la peau dure au Bénin. Les départements de l’Atlantique, de l’Atacora et du Couffo continuent de s’illustrer négativement en la matière en dépit des efforts consentis par les acteurs pour le juguler. Il va falloir sanctionner sans état d’âme les auteurs et complices pour faire régresser le phénomène.

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Si l’année 2017 a permis de donner un coup d’accélérateur à la lutte contre le mariage des enfants, le phénomène perdure dans certaines localités du Bénin. Une récente étude sociologique et juridique lancée le 21 décembre dernier, par Wildaf-Bénin indexe les départements de l’Atlantique, de l’Atacora et du Couffo comme les zones où la pratique persiste encore.
Selon les données collectées auprès des cellules d’écoute du ministère en charge de la Famille, des centres de prise en charge intégrée des violences basées sur le genre et des tribunaux, les départements de l’Atlantique-
Littoral ont enregistré au moins 200 cas de 2011 à 2016.
L’Atacora-Donga a enregistré environ 35 cas en 2011, plus de 150 cas entre 2012 et 2013 et près d’une centaine de cas entre 2014 et 2015. Le Mono-Couffo conserve pratiquement les mêmes tendances que l’Atacora-Donga avec une légère progression.
Si l’on note une prise de conscience face aux conséquences du mariage précoce sur les filles, ces statistiques décrivent cependant la triste réalité dans les localités ciblées, quoique le Bénin dispose d’un arsenal juridique et d’un mécanisme institutionnel national conséquents.
Les conséquences sur les victimes nécessitent des actions intensives de tous les acteurs de la défense et de la protection des droits de l’enfant.
Près de quinze millions de filles sont mariées chaque année avant l’âge de 18 ans dans le monde, soit environ 28 filles chaque minute, souligne le rapport. La même source renseigne que ces filles privées de leur enfance ont des chances d’instruction limitées et commencent souvent à procréer très jeunes.
« Les filles issues des 20 % de la population les plus pauvres, ainsi que celles qui vivent en milieu rural, sont exposées aux plus grands risques tels que la mort, l’insuffisance ou le défaut de suivi vaccinal, médical, nutritionnel, scolaire, du développement psychomoteur. Les enfants nés de mères adolescentes sont 60 % plus susceptibles de mourir dans leur première année de vie et sont plus susceptibles de souffrir de malnutrition », souligne aussi l’étude.
A ce tableau sombre s’ajoutent les risques de fistules obstétricales pour les victimes, leur vulnérabilité aux maladies sexuellement transmissibles, les corvées domestiques et la prise en charge précoce des responsabilités liées au mariage.
L’analyse des résultats de l’enquête souligne la faible utilisation des instances judiciaires nationales en cas de mariage précoce et le trafic d’influence pour étouffer la saisine des juridictions. Elle pointe également les facteurs économiques limitant l’accès des victimes à la justice et la méconnaissance des instances judiciaires sous-régionales, régionales et des mécanismes internationaux et régionaux de plainte.

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Mettre en place des outils de lutte

Pendant longtemps, l’on a toujours évoqué la pauvreté, les pesanteurs socioculturelles ou encore la peur de dénonciation pour justifier l’ampleur du phénomène. Mais il ne tient plus seulement à ces causes.
Au regard des données encore alarmantes, le Bénin doit poursuivre la vulgarisation nationale relative aux mariages précoces et envisager les outils adéquats de vulgarisation des instruments internationaux, régionaux et nationaux aux fins de sensibiliser sur le mariage précoce. Par rapport aux violences basées sur le genre, le Bénin n’a de cesse d’évoquer son riche arsenal juridique. Mais le tout ne suffit pas de prendre les lois. Leur application effective s’avère indispensable pour une riposte efficace contre le phénomène.
Outre les sensibilisations des auteurs et la formation des acteurs, le pays doit aussi viser la tolérance zéro à l’impunité en sanctionnant les auteurs et les complices.
Le rapport recommande par ailleurs « la mise en place de la Commission béninoise des droits de l’Homme qui permettra aux victimes de se référer à ce mécanisme, la mise en place d’un mécanisme d’assistance juridique et juridictionnelle pour permettre aux victimes de mariage précoce d’exercer leurs droits sans craindre les dépenses liées à l’ouverture des dossiers auprès du parquet ».
L’étude insiste également sur l’appropriation et l’application du « document de procédures opérationnelles standard pour la prévention et pour une réponse multisectorielle aux violences basées sur le genre ». Des approches nécessaires pour juguler le fléau.