Lutte contre la malnutrition:Encore du pain sur la planche

Par Désiré GBODOUGBE,

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L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a, dans son rapport sur l’état de l’insécurité alimentaire dans le monde édition 2014, fait le point de la situation de la malnutrition. Bien que d’importants efforts aient été fournis, un engagement politique soutenu au plus haut niveau est indispensable pour parvenir à éradiquer la faim.

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Le rapport sur l’état de l’insécurité alimentaire indique que la moitié des décès d’enfants, bien qu’elle soit rarement citée comme une cause directe, est due à la malnutrition. Les difficultés d’accès à la nourriture ne sont pas la seule cause de malnutrition. Les mauvaises pratiques alimentaires et les infections, voire l’association des deux, participent également au phénomène. Les infections, notamment les diarrhées persistantes ou fréquentes, les pneumonies, la rougeole et le paludisme, compromettent l’état nutritionnel. Les mauvaises habitudes alimentaires, l’allaitement inadapté, le fait de ne pas donner de bons aliments ou de ne pas veiller à ce que l’enfant consomme suffisamment, contribuent aussi à la malnutrition.

Les séquelles de la malnutrition

La malnutrition laisse, chez des millions de survivants, des séquelles durables sous forme d’infirmité, de vulnérabilité chronique aux maladies, de handicap intellectuel. Elle constitue non seulement une menace pour les femmes, les familles et les sociétés tout entières, mais aussi une violation des droits de l’enfant. La malnutrition ne dépend pas simplement de la satisfaction de l’appétit: un enfant qui mange assez pour calmer sa faim immédiate, peut néanmoins être malnutri. La malnutrition est, par ailleurs, une urgence largement invisible. Les trois quarts des enfants qui meurent de causes liées à la malnutrition sont atteints de formes modérées ou légères, qui ne s’accompagnent d’aucun signe extérieur.
Les famines, les guerres et autres catastrophes ne sont responsables que d’une petite partie de la malnutrition mondiale. De telles crises sont souvent à l’origine des formes de malnutrition les plus graves.
La malnutrition peut se présenter sous différentes formes qui agissent en symbiose, comme la malnutrition protéino-énergétique et les troubles dus à des carences en micronutriments, ainsi appelés parce que ces éléments (iode, fer, vitamine A par exemple) sont nécessaires à l’organisme, mais se retrouvent en quantités infimes seulement chez l’enfant.

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Progrès remarquables

Les dernières estimations de la FAO montrent que des progrès sont enregistrés dans la lutte contre la faim dans le monde: on estime qu’environ 805 millions de personnes étaient en situation de sous-alimentation chronique en 2012-2014, soit une diminution de plus de 100 millions de personnes sur la dernière décennie, et 209 millions de personnes de moins qu’en 1990-1992. Sur la même période, la prévalence de la sous-alimentation est passée de 18,7 à 11,3% dans le monde et de 23,4 à 13,5% dans les pays en développement.
Il est indispensable, pour éradiquer la faim, d’obtenir un engagement politique soutenu au plus haut niveau et de placer la sécurité alimentaire et la nutrition parmi les priorités absolues. Les études de cas du rapport sur l’état de l’insécurité alimentaire dans le monde en 2014 font apparaître que certaines régions comme l’Afrique et l’Amérique latine et les Caraïbes, ainsi que certains pays, ont renforcé leurs engagements politiques en matière de sécurité alimentaire et de nutrition.
La réduction de la faim appelle une approche intégrée qui doit comprendre les éléments suivants: des investissements publics et privés propres à améliorer la productivité agricole; un meilleur accès aux intrants, aux terres, aux services, aux technologies et aux marchés; des mesures favorables au développement rural; des mesures de protection sociale pour les personnes les plus vulnérables, notamment le renforcement de la résistance de ces personnes face aux conflits et aux catastrophes naturelles; des programmes de nutrition spécifiques destinés à pallier les carences en micronutriments chez les mères et les enfants de moins de cinq ans. Un engagement politique soutenu au plus haut niveau est indispensable pour parvenir à l’éradication de la faim. Il faut pour cela placer la sécurité alimentaire et la nutrition au premier plan du programme politique et veiller à créer un environnement favorable à l’amélioration de la sécurité alimentaire et de la nutrition.

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Conséquences de la malnutrition

Sur près de 12 millions de décès qui surviennent chaque année dans le monde en développement parmi les enfants de moins de cinq ans, principalement de causes évitables, 55% peuvent être attribués directement ou indirectement à la malnutrition. L’anémie intervient dans 20 à 23% de tous les décès post-partum en Afrique et en Asie.
Chez le nourrisson et le jeune enfant, l’anémie peut entraver le développement psychomoteur et cognitif, abaissant le quotient intellectuel (QI) de neuf points. Les enfants de poids insuffisant à la naissance ont des QI inférieurs de cinq points en moyenne à ceux des enfants de poids normal. Une carence en iode in utero peut, si elle est importante, causer cette arriération mentale profonde qu’est le crétinisme; même à des degrés plus légers, elle est à l’origine de déficits intellectuels
Les deux principales sont l’inadéquation de la ration alimentaire et la maladie. Leur interaction tend à créer un cercle vicieux: l’enfant malnutri est vulnérable à la maladie. Il tombe malade, et de ce fait la malnutrition empire.
Tous les efforts des familles pour assurer une bonne nutrition peuvent être battus en brèche par des facteurs politiques, juridiques et culturels, comme le degré auquel les droits des femmes et des jeunes filles sont protégés par la loi et la coutume; le système politique et économique déterminant la distribution du revenu et des avoirs; enfin, les idéologies et les politiques gouvernant les secteurs sociaux.