Les vaccins contre le Covid-19: Une nouvelle formule de domination géopolitique

Par Collaboration extérieure,

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Il y a une guerre. Non pas une lutte contre une armée, ni contre une nation, mais l’ennemi est là, invisible, insaisissable, qui progresse. Cette pandémie est un véritable chamboulement pour le monde entier, déclarait le président français Emmanuel Macron lors d’une allocution télévisée dans le cadre du Covid-19; appelant à un élan de solidarité patriotique pour vaincre l’ennemi commun.

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Ces propos du numéro 1 français rappellent le message du général de Gaulle lors de l’invasion de la France par l’armée allemande, invitant ses compatriotes à s’unir pour sauver la France de l’occupation nazie. Cette analogie mérite d’être établie pour rappeler dans un premier temps, les mutations géopolitiques opérées au sortir de la Seconde Guerre mondiale puis dans un second temps, celles qui, probablement, s’opèreront dans le cadre de cette nouvelle guerre déclenchée par le Covid-19.

S’il est révélé que la seconde Guerre mondiale a ouvert le bal à une course effrénée au leadership et surtout au repositionnement géostratégique entre les puissances occidentales, rendu possible grâce aux prouesses scientifiques : l’apparition des armes chimiques et nucléaires, les conquêtes spatiales etc. l’avènement du Covid-19 ; une nouvelle forme de guerre globale, pousse l’observateur avéré des relations internationales à concevoir dans un imaginaire scientifique, l’éventualité d’un nouveau format du monde de l’après-Covid-19 dans une dimension de géopolitique repensée. Ceci grâce aux nouvelles performances enregistrées dans certains pays par la découverte et la mise en service des vaccins contre la pandémie du coronavirus; succès scientifiques inévitables, devenus un réel enjeu de domination géostratégique dans la nouvelle carte actuelle du monde changeant.
En effet, partie de la Chine continentale en décembre 2019, la pandémie du coronavirus a pris l’allure d’une guerre ouverte, certes silencieuse, sans arme, dévastant l’ensemble des Etats de la communauté internationale. Son évolution spectaculaire a suscité la réorganisation du mode de vie et forgé la nouvelle approche de la gouvernance ; tant sur le plan national qu’international. Si la fin de la Seconde Guerre mondiale, soutenue par les assises de San Francisco de février 1945 aux Etats-Unis d’Amérique, a connu la création de l’Onu avec pour leitmotiv, une reconfiguration systémique et plus réaliste de la communauté internationale, une sorte d’unité politique globale retrouvée, la pandémie actuelle du Covid-19 ne devra-t-elle pas interpeler la conscience des politiques? Les changements climatiques ces dernières années, les transformations de l’ordre international existant, résultent parfois de la non-maitrise des paramètres de la gouvernance mondiale.
Certaines grandes puissances, loin d’assurer leur mission régalienne par l’instauration d’un environnement international de paix et de sécurité se lancent, et ceci malheureusement, tantôt dans des guerres par procuration, tantôt dans des affrontements militaires ou diplomatiques avec pour objectif fondamental, le contrôle des zones d’influences, perdant ainsi de vue, les enjeux pourtant vitaux relatifs à la cohésion et à la stabilité internationales. Les innovations scientifiques imposées par le Covid-19 semblent confirmer cette thèse. Les succès scientifiques en Chine, en Russie, aux Etats-Unis, et en Grande Bretagne pour pallier le fléau du Covid-19 prennent l’allure d’un déterminisme stratégique confortant la thèse de « principe domino» dans l’approche géopolitique globale en cours.
Même si d’aucuns estiment que la première et la deuxième guerre mondiale qui ont ébranlé la société humaine dans la première moitié du XXe siècle marquent inévitablement la fin sans condition des affrontements armés aux conséquences incommensurables, les Etats contemporains restent néanmoins soumis au dictat de nouveaux facteurs qui compromettent le fonctionnement systémique global.
Au regard de la stabilité relative qui caractérise la communauté internationale actuelle, renfor-cée par le postulat des théories géopolitiques, l’avènement du Covid-19 conduit vers la redéfinition d’une nouvelle approche géopolitique entre les puissances sur la base d’innovations scientifiques. Les succès scientifiques enregistrés dans le cadre des vaccins contre le Covid-19 renvoient progressivement à une logique récemment développée et appliquée à partir des années 1945.

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Une géographie de la puissance rendue possible par la volonté politique des vainqueurs d’imposer un nouveau format de la gouvernance internationale. Les inventions actuelles en vue de circonscrire et de lutter contre la guerre invisible orchestrée par le Covid-19 prennent la forme d’une aventure de suprématie forgée par les percées scientifiques. Ces élans très encourageants deviennent des indices d’une nouvelle reconquête de position stratégique.
A analyser de façon objective la distribution des vaccins Astra Zeneca, Spoutnik-v, Pfizer, et bien d’autres encore, on a tendance à cultiver l’esprit d’un retour à la suprématie, perdue, remettant en cause la qualité scientifique d’un exploit révélé, même si elle est démontrée. Les vaccins contre le Covid-19 sont désormais devenus des armes de concurrence stratégiques entre les pays. L’Afrique reste sans doute, la seule partie du globe qui de par sa pauvreté scientifique, subira la forte pression de ce nouveau format de concurrence internationale.
Les dirigeants africains devront tirer conséquences des réalités de la globalisation pour qu’au-delà d’une volonté politique affichée, ils analysent les fondements de cette nouvelle donne imposée par l’histoire et donnent au continent les meilleures chances possibles.

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Par Antoine CHANKRAN *

* Docteur en Science politique et Relations internationales