Le marketing réseau: Les dessous d’un système sujet à controverse

Par Collaboration extérieure,

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Le marketing réseau est présenté par les uns comme le système le plus adéquat au 21e siècle pour gagner de l’argent. Mais pour d’autres, il s’agit d’un système parallèle à la pyramide de Ponzi où les nouveaux sont ‘’grugés’’ par les plus anciens qui sont en réalité les plus grands profiteurs jusqu’au jour où le système devient saturé.

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Il est désigné sous diverses appellations. Communément appelé marketing réseau, d’aucuns l’appellent aussi la vente multi-niveau, le marketing relationnel, la vente en réseau par cooptation ou encore multi-level marketing, Mlm en abrégé.
Il tire ce dernier nom anglais de son origine américaine dans les années 1940. Ce système envahit très tôt le continent africain dont le Bénin. Il s’agit généralement d’une structuration de réseau de vente dans laquelle les revendeurs ou distributeurs peuvent parrainer de nouveaux vendeurs, et être alors en partie rémunérés par une commission évaluée en pourcentage sur les ventes des recrues. Dans ce système, la course au gain est ce qui motive le plus même si aujourd’hui, les promoteurs ont tendance à cacher cet aspect et à mettre en avant la vente et la distribution de divers produits dont notamment des compléments alimentaires, vu que les déceptions se font de plus en plus enregistrer.
Les avantages ici, contrairement, aux entreprises ordinaires sont nombreux, selon docteur Marius Abo, promoteur d’un réseau depuis près de dix ans. « Il élimine les coûts liés au recrutement, à la formation et à la publicité qui s’opère de bouche à oreille », explique-t-il. Le docteur en médecine explique, sans langue de bois, le mode de fonctionnement de son système qu’il croit plus dynamique, venu pour restaurer la valeur du travail des salariés qui sont souvent, à l’en croire, payés en deçà de l’effort fourni. Il ne nie pas la recherche effrénée du gain souvent miroité aux aspirants mais soutient que même les entreprises ordinaires, pour la plupart, promeuvent le marketing de réseau sous différentes formes et très souvent déguisé pour permettre à certains hauts responsables, les administrateurs d’avoir des ristournes financières en dehors de l’activité officielle. Ce à quoi le simple employé n’a pas droit en dehors de quelques maigres primes et avantages qui ne sont toujours pas à la hauteur du travail effectué. Pour lui, c’est ce mode de fonctionnement que le marketing de réseau combat et veut donner la chance à l’employé, même au plus bas de l’échelle, de gagner de l’argent tel qu’il travaille.

Un mode de fonctionnement atypique

Hormis le principe premier du système qui est de tutoyer la richesse en un laps de temps et miroitée aux recrues, diverses autres raisons motivent ces dernières à se lancer dans cette aventure. Docteur Marius Abo qui a opté pour ce réseau, expose les raisons qui l’ont motivé à faire ce choix. Il évoque la qualité des produits proposés, la liberté de choix des produits et la rémunération qu’il trouve intéressante. «Le gain financier est intéressant. Ça m’a permis d’arrondir les bords pour m’acheter un véhicule et entreprendre beaucoup d’autres projets », avoue-t-il, fièrement. Le fonctionnement marketing de son réseau, comme l’a exposé docteur Marius Abo, permet de comprendre qu’un promoteur de produits qui prend la peine d’aider ses filleuls bénéficie systématiquement des retombées concrètes de leur succès si ces derniers prennent la peine de travailler aussi. Ici, l’échelon se fait en cinq étapes principales avec la rémunération correspondante. Il décrit qu’à l’inscription, le filleul devient distributeur agréé et bénéficie ainsi de 15 % de bonus sur tous les produits comparativement au public ordinaire. Il gravit les échelons, devient animateur adjoint, animateur, manager adjoint et enfin manager avec la possibilité de gagner jusqu’à 1 500 000 F Cfa ainsi que d’autres avantages dont notamment les ristournes sur le travail des filleuls. Ce fonctionnement déjà particulier à ce réseau n’est pas toujours le même avec les autres réseaux marketing qui innovent à leur gré.
Dimitri Ahouandogbo, infirmier diplômé d’État, inspecteur d’action sanitaire et distributeur d’un autre réseau de marketing, indique que l’évolution chez lui s’exprime en termes de grade comme chez les hommes en uniforme; et qu’il existe au total sept niveaux permettant de gagner de l’argent dont le premier est appelé ‘’silver exécutif’’. « Ce qui est bien ici est que vous ne contrôlez pas toujours ceux qui rentrent sous votre parrainage, vous avez juste le contrôle du gain qui rentre », développe-t-il, sourire aux lèvres, pour signifier l’importance du gain dans le système. L’exception au niveau de son réseau est qu’il suffit de disposer de deux filleuls pour avoir des gains dont l’un appelé bonus de parrainage et l’autre de paie. Dès l’inscription, la nouvelle recrue devient distributeur et à ce titre, elle a droit à un pack de produits comportant des compléments alimentaires. Il existe également une troisième manière d’avoir des gains dénommée bonus unilevel. Dimitri Ahouandogbo n’a pas voulu révéler le montant exact de ce qu’il gagne. Selon lui, ce montant oscille entre 500 000 et 1 000 000 F Cfa, lui qui cumule seulement quelques mois d’activité dans le système. Beaucoup sont souvent dubitatifs sur ces gains ou se posent la question de savoir s’ils sont véritablement reversés comme promis. De toute façon, un mythe entoure encore le système quant à sa capacité à satisfaire tout le monde puisque, contrairement à certains qui reconnaissent avoir pris des ristournes, d’autres n’en ont jamais bénéficié.

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Un investissement sans lendemain

Dorine Nagnichédé, sage-femme diplômée d’Etat, qui a expérimenté un réseau, s’est très tôt fait son idée sur ce système et a décidé d’arrêter après quelques mois. Elle raconte sa mésaventure qui a démarré par un séminaire comme c’est la cas généralement pour beaucoup d’aspirants. Ce séminaire, précise-t-elle, lui a coûté la somme de 15 000 F Cfa. « J’avoue que les orateurs m’ont épatée par leurs communications ce jour-là et j’ai décidé à partir de cet instant d’être membre », déclare-t-elle. Le réseau qu’elle a expérimenté est échelonné en fonction de sa bourse, du plus petit au plus grand, selon qu’elle gravit aussi les échelons et gagne de l’argent. Ce qui lui a donné droit à des produits pharmaceutiques tels que les serviettes hygiéniques à valeur de 59 000 Fcfa qu’elle doit acheter tous les mois. Ces serviettes hygiéniques qu’elle appelle produits tests, lui permettent de faire des démonstrations pour convaincre d’autres de l’efficacité des produits pour que ceux-ci intègrent le système. Par la suite, ils sont invités aux séminaires qui lui ont permis d’y prendre goût à un moment donné. S’ils sont intéressés, ils vont s’inscrire. Et ce sont leurs inscriptions qui font monter, ses gains (appellation contrôlée de bonus dans leur jargon). L’inscription ainsi faite, le système attribue un code qui permet au nouvel inscrit de vérifier régulièrement sur internet son arbre généalogique. Le hic est que, chaque mois, elle doit acheter un produit avant de pouvoir activer son compte et avoir accès à sa plateforme. Une complexité et un blocus qu’elle ignorait royalement. « Les produits sont efficaces mais il faut avoir les moyens d’en acheter et il faut avoir le don de convaincre pour attirer les gens », fait-elle savoir, l’air déçu puisque ce sont ces deux éléments qui l’ont amenée à abandonner. Elle avait l’impression qu’elle perdait de l’argent et avait des difficultés à convaincre d’autres qui résistaient à son message, a-t-elle confié. «Il n’y a personne pour me faire gagner de l’argent. Chaque jour, c’est moi qui enrichissais les autres», s’est-elle offusquée après avoir compris que ce sont les premiers qui gagnent dans le système et que les derniers servent juste à augmenter leurs cagnottes.

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Sources d’appauvrissement

Docteur Albert Honlonkou, professeur de Sciences économiques à l’Université d’Abomey-Calavi, souligne l’aspect d’appauvrissement du système pour les Africains et révèle la manipulation dont font l’objet les jeunes à qui des richesses virtuelles en un laps de temps sont miroitées. «Richesse, ils ne la connaîtront jamais de cette manière. Mieux, ils vont s’appauvrir davantage. On travaille pour gagner sa vie », soutient l’économiste. Son opinion est à l’antipode du point de vue des promoteurs du marketing réseau.
Docteur Marius Abo, conscient que c’est par le travail que l’homme gagne de l’argent, clarifie que les recrues du marketing réseau ne croisent pas les bras pour que le bonheur leur tombe dessus comme certains le font croire. «Il faut travailler pour gagner », affirme-t-il. A l’en croire, ce travail se fait à deux niveaux. Un premier niveau qui consiste à faire la promotion du bien-être autour de soi et à réussir à vendre les produits (compléments alimentaires). Un second niveau consiste à en parler autour de soi pour décrocher des inscriptions nouvelles en s’appuyant sur la qualité des produits préalablement testés par ceux qui les auraient déjà expérimentés. «Il n’y a donc pas à faire juste l’inscription et croiser les bras pour que l’argent entre », rectifie-t-il.
Docteur Albert Honlonkou, procède à un petit calcul pour démontrer combien le système peut appauvrir. De ce que le nouveau membre débourse et de ce qu’il gagne au bout du rouleau, il tire la conclusion qu’il est le grand perdant sur toute la ligne. En effet, les séminaires d’explication sont payants, l’inscription de démarrage est payante et les produits à vendre sont assujettis à des frais. Ces fonds à débourser ne sont généralement pas à la portée de ces recrues. Par la suite, ils s’endettent pour se lancer et se trouvent confrontés encore à des difficultés qui les obligent à rebrousser chemin. Ces difficultés se résument à l’incapacité à se faire des filleuls et à l’écoulement des produits dont les prix ne sont pas souvent à la portée du citoyen à revenu moyen.

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Un choix libre

Docteur Albert Honlonkou, pour qui le système ne serait pas différent de la pyramide de Ponzi, raconte qu’un ami a tenté de l’appâter avec son système. Il explique avoir été invité dans un hôtel quatre étoiles de
Cotonou où les leaders de certains réseaux convient très souvent leurs membres, les néophytes et les aspirants à leurs activités. «Ce sont des séminaires animés par d’éminents orateurs qui tentent de vous appâter avec de grands noms tels que Robert Kiyosaki qui seraient partis de rien pour devenir riches», confie-t-il. A ce rendez-vous, il n’a pas manqué d’émettre ses réserves qu’ils n’ont pu malheureusement dissiper pour pouvoir le convaincre de continuer l’aventure avec eux. Des réserves quand même bien fondées qu’il n’a pas hésité à partager avec nous. Il fait comprendre que le système serait déjà saturé et que les nouveaux membres ont aujourd’hui de difficultés à faire adhérer d’autres afin de gravir les échelons. Mais ces orateurs, bien qu’ayant reconnu dans leurs réponses la saturation du système, conseillent aux nouveaux membres de développer l’activité dans d’autres pays pour contourner la difficulté. Une solution palliative qui ne tient pas la route, selon le professeur Albert Honlonkou. A l’en croire, ces pays en question ne sont pas nouveaux dans la vente multi-niveau. Il faut souligner que le système est bien développé dans les pays de la sous-région tels que la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Burkina Faso, le Nigeria, le Togo, mais aussi dans la zone de l’Afrique centrale tels le Cameroun, le Gabon, le Tchad avec des orateurs qui rallient fréquemment le Bénin pour partager leurs expériences.
Cette aventure, qualifiée d’ambiguë par le professeur Albert Honlonkou, n’est que la conséquence du chômage et du sous-emploi dans beaucoup de pays africains dont le Bénin.
Mais Dimitri Ahouandogbo et docteur Marius Abo n’épousent pas ce point de vue. Dimitri Ahouandogbo estime que, contrairement au système marketing, c’est plutôt le système de travail actuel dans les différents pays qui a l’air d’une escroquerie et que les travailleurs ne s’en rendent pas compte. « Le fonctionnaire est mal rémunéré avec un salaire dérisoire à la fin du mois », déplore-t-il, s’insurgeant contre ce système qu’il qualifie d’exploitation.

 

Par Babylas ATINKPAHOUN