Le coronavirus endeuille la musique africaine : Manu Dibango, la fin d’un génie du saxo !

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Le célèbre saxophoniste camerounais Manu Dibango, contrôlé positif au coronavirus il y a quelques jours, a tourné dos à la scène à 86 ans. Le vieux comme on l’appelait, a été emporté par le Covid-19.

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« Le Covid-19 dérobe le monde, le monde de la musique, la francophonie, l’Afrique, d’un homme de très grande valeur ». C’est par ces mots sur son compte Twitter que la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, rend hommage au saxophoniste camerounais fauché par la mort ce mardi.
Comme elle, de nombreuses voix surtout dans le milieu artistique et culturel se sont élevées pour saluer la mémoire de l’homme dont la santé certes fragilisée ne présageait aucunement une fin si précoce. «Gardons sa musique, son rire, et tout le bonheur qu’il nous a donné », se sont résignés certains. De grands noms de la musique africaine comme Angélique Kidjo et Youssouf N’dour ont aussi reconnu que c’est une perte lourde pour la musique. «J’ai pas les mots pour traduire toute ma tristesse. Tu as été une fierté pour le Cameroun et pour l’Afrique tout entière. Une immense perte », écrit ce dernier.
Au Bénin, le décès de Manu le vieux a aussi suscité des émotions. De nombreuses publications sur les réseaux sociaux notamment ont célébré l’homme au saxo qui aura inspiré plus d’une génération de musiciens. Tous, acteurs à divers niveaux de la chaîne musicale conviennent que «c’est un coup dur qui frappe l’Afrique et sa musique ».
Animateur culturel et manager d’artiste, Gildas Lantokpodé dit ressentir un choc face à la nouvelle.

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« Quand on apprend le décès d’un musicien et chanteur exceptionnel, resté attaché à son instrument de prédilection, le saxophone toute sa vie, un timbre vocal qui s’identifie à la première écoute, on est effondré ». Il s’en est allé avec une grande partie de l’image de la musique africaine, estime-t-il. « Sur des décennies, l’artiste a fait parler de lui à travers son immense talent, son originalité mais aussi une rigueur qui me reste en tête… Cela m’a toujours démontré combien de fois on peut être organisé et sérieux dans son métier d’art. Son intégration et sa place dans le milieu européen, plus tard américain et surtout francophone témoignent de tout le succès de l’artiste et lui confèrent une renommée planétaire », confie Gildas Lantokpodé.

« Chérissons son héritage », dixit Ousmane Alédji

Sans l’avoir côtoyé de très près, le promoteur culturel Ousmane Alédji connaît pourtant Manu Dibango, « le Vieux ». Il l’a plus ou moins apprécié et fait partie des premiers acteurs culturels à saluer la grandeur de l’homme. Voici en substance, ce qu’il nous a confié sur Manu Dibango. « Il avait fini par accepter son statut de premier vétéran des musiciens africains français ou africains ‘’résistants ‘’ en France. Il se baladait avec sa magnifique canne et le crâne scintillant pour mieux incarner son rôle, cela en faisait un drôle de personnage parce qu’on voyait bien qu’il n’avait pas besoin de canne. Il est sans aucun doute l’un des plus illustres pères et le grand-père des musiciens d’Afrique.

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Sa mort me ramène paradoxalement vers la musique de Fela, un autre monument de la musique africaine qui emportait ma sympathie et mes convictions. C’était fou. Les deux alimentaient nos débats de jeunes mélomanes et mauvais danseurs. Les deux étaient dans des registres différents: de l’afrobeat inspiré de la Juju musique nigériane et de l’afrojazz irrigué par ce que Manu appelait la Soul makossa. Ces deux personnages, n’en déplaise à leurs détracteurs, sont, selon moi, les inventeurs du concept de la world musique.

Ils ont grandement contribué à faire comprendre au monde entier que les Africains savaient produire autre chose que des folklores et des percussions exotiques. Nous leur devons beaucoup. Manu Dibango n’était pas un ami mais j’ai pris l’avion plusieurs fois avec lui et nous nous sommes rencontrés aussi sur quelques scènes en Europe où il a joué avant, ou après nous. Sa voix ne s’imposait pas seulement dans les micros, elle s’imposait aussi dans les espaces. Il n’avait pas besoin d’élever la voix. Il était puissant. Sa voix était aussi charpentée que le personnage lui-même. Je regrette un peu que sa fin soit due à une catastrophe qui nous tombe depuis l’on ne sait où. Quand on racontera son histoire on pensera à cette ‘’Coronaconnerie’’. Ce n’est absolument pas juste… Chérissons son héritage et qu’il repose en paix ».