Laâyoune: Une transformation qui tient du prodige

Par Paul AMOUSSOU,

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Laâyoune, comme la plupart des villes du Maroc saharien, s’est rapidement et considérablement développée ces trente dernières années. Elle connait une croissance démographique soutenue par la dynamique économique locale doublée d’une croissance spatiale spontanée. Retour sur les clés de la transformation prodigieuse de cette ville, « la source du Maroc », qui trône aux portes du Sahara.

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Petit centre urbain il y a quelques années, Laâyoune qui s’étend sur une superficie de 140 018 km2 avec une population estimée à 367 758 habitants, a connu un essor formidable. Ce progrès est le fruit d’un programme en majeure partie exécuté sur financement public, en adéquation avec les besoins réels des populations. Cette dynamique est portée par une politique axée sur les services sociaux, la construction d’équipements collectifs, la mise en œuvre d’un plan d’urbanisation qui a pris en compte aussi bien les maisons des particuliers que les infrastructures de service public, notamment les centres administratifs, les services de santé et les équipements sportifs.

Focus : développement intégré !

La mise en œuvre d’une telle politique n’a pas été possible sans le concours des acteurs locaux qui, en lien avec les populations, ont adopté le Plan de développement urbain intégrant les priorités de l’heure et futures, dont les résultats sont déjà perceptibles et édifiants. Avec comme but d’améliorer les infrastructures, d’assurer l’accès aux services de base, de créer des emplois, de gérer la ressource eau, de valoriser le patrimoine, de préserver l’environnement, bref, de tirer le meilleur des potentialités de la localité et de les traduire en vecteurs de développement. Laâyoune comme la plupart des villes des provinces du Sud du Maroc, est entrée de plain-pied dans l’ère de la planification stratégique et du développement durable, avec comme modèle de développement, l’approche participative et intégrée.
Sous les investissements publics et privés, de profondes mutations s’y opèrent, avoue Moulay Hamdi Ould Errachid, député-maire de la région Laâyoune-Sakial El Hamra. Plusieurs projets sont mis en œuvre dans différents secteurs : voie express Tiznit-Laâyoune-Dakhla longue de
1 115 km, un réseau de routes de 1477 km construit ; projet d’aménagement hydro-agricole, réhabilitation du réseau d’assainissement et galerie d’eau pluviale, construction de deux centres d’appui techniques, l’un consacré aux métiers de la menuiserie et l’autre à l’artisanat, création d’une zone d’activité artisanale et d’une maison de la femme artisane, construction d’un Centre hospitalier universitaire (Chu), création d’une technopole dans la région de Foum El Oued, une structure érigée en pôle de formation, de développement et d’innovation technologique et culturelle, etc.
A Laâyoune, les chantiers exécutés dans le cadre du programme de développement ont produit des résultats époustouflants, allant de la maîtrise d’eau dans une région désertique au réseau de télécommunication à la pointe des dernières technologies. Et ce n’est pas un fait de hasard si la ville a reçu le deuxième prix de la Sécurité environnementale de l’Organisation des villes arabes (Ova) en juin 2015, couronnant ses actions en faveur d’un environnement durable, car le niveau d’accès aux services de base y est supérieur à la moyenne nationale.

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Renforcement du capital humain

Le développement humain durable reste la première valeur du progrès. Il ne peut être assuré sans l’accès à un habitat décent disposant des commodités et des services de proximité, et permettant une intégration aisée et entière dans le tissu social. Aussi, dès 2008, un programme d’envergure en réponse à la problématique de l’habitat a-t-il été mis en œuvre par les pouvoirs publics. Avec pour objectif de doter Laâyoune d’habitats décents pour tous, suivant la vision de ‘’Ville sans bidonville’’ portée par le Roi du Maroc. Ce programme doté d’un budget d’environ 5 milliards d’euros, inclut la mise à niveau urbaine, l’appui à l’auto-construction, l’accompagnement technique et social, la construction de logements sociaux et des services d’aménagement…Il a alors permis le relogement de nombreux ménages. Le défi, en mettant en œuvre une telle politique, au départ, était de réduire les écarts de développement par rapport aux provinces du Nord, selon le vœu du Roi, mais il s’agissait aussi de corriger les disparités entre les centres ruraux et les cités urbaines dans tous les domaines dans les provinces du Sud.
Dans la ville de Laâyoune, les bâtiments ont été conçus selon un style moderne respectant l’architecture saharienne traditionnelle. Ainsi, tout a été mis en œuvre pour en faire une cité attractive et compétitive : équipements, infrastructures, programmes d’économie sociale et d’éducation, liaisons terrestres et aériennes…L’aéroport de Laâyoune dont la capacité se chiffre à plus de 500 000 vols et à des centaines de milliers de passagers par an en est une illustration parfaite.

Plan intégrateur

La distance qui sépare l’aéroport Mohammed V de Casablanca de Laâyoune dénote de l’éloignement de cette province de la capitale économique du Royaume, sans compter que la capitale administrative, Rabat est encore à plus d’une heure en voiture de Casablanca. Mais grâce à un système de subvention original, le Royaume a signé avec les compagnies aériennes dont le souci de rentabilité est patent, une convention permettant à celles-ci de pratiquer des tarifs accessibles au citoyen moyen. Ce qui permet d’assurer des liaisons régulières, facilite et raffermit le lien séculaire entre les provinces du Sud marocain et les capitales économique et administrative, ainsi qu’avec les autres cités du Royaume du Maroc. L’aéroport international Laâyoune-Hassan 1er relie cette ville à l’aéroport international Mohammed V de Casablanca ainsi qu’aux aéroports d’autres villes marocaines et étrangères.
Laâyoune a également profité de la volonté de l’État marocain d’organiser le développement des provinces du Sud (le Sahara).
À ce titre, elle a bénéficié de nombreux investissements. L’ambition étant de parvenir à faire prospérer la région, soutient Mohamed Boumesmar, directeur du Centre régional d’investissement. Mais le développement frappant connu par les provinces du Sud marocain ne tient pas qu’à la politique de subvention, il est aussi le fruit de l’investissement privé dans les potentialités économiques de la région.

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Une économie résiliente

Dans cette optique, perçus ailleurs comme des contraintes, les vents récurrents qui font plier les acacias comme dans une révérence permanente sont mués en atout économique, grâce aux éoliennes qui permettent d’alimenter en énergie électrique les foyers, les écoles, les administrations et autres. Les éoliennes font désormais partie intégrante de Laâyoune, où se trouve le premier parc éolien en Afrique d’une capacité de 300 Mw.
Quant au soleil, dans ces régions d’ensoleillement quasi permanent, il aura permis le développement d’infrastructures d’exploitation de l’énergie solaire, pour des usages privé et public. Les investissements dans les systèmes de captage et de transformation de ces énergies naturelles en électricité, font de Laâyoune et des autres cités de la province du Sud, terres réputées d’austérité, des régions pourvoyeuses d’énergie à tout le Royaume marocain, qui occupe en la matière le deuxième rang sur le plan africain.
Les provinces du Sud sont aussi réputées pour leurs produits naturels d’alimentation, dont une clientèle nationale mais aussi internationale est friande. A cet effet, dès 2011, le Cluster des oasis du Sahara (Cos) a été créé, en vue d’encadrer et d’accompagner les artisans pour qu’ils tiennent compte des normes internationales de production et de commercialisation, notamment en matière de standards et d’hygiène.
Le Cos canalise la production des artisans sous un label commercial, allant de la modernisation de l’outil de production à la commercialisation de produits aussi raffinés qu’originaux, de l’élégance de l’emballage à la mise en lumière des produits du terroir.
La pêche et l’agriculture ne sont pas du reste dans cette valorisation des produits locaux. En termes de plus-value aux ressources qu’offrait la mer, l’Etat a aménagé des conditions de travail et de vie plus idoines. Laâyoune, avec 520 km de littoral et une richesse halieutique à haute valeur commerciale, dispose d’une infrastructure portuaire développée. Ainsi, quelque 500 000 tonnes de poissons sont capturées chaque année. Le Royaume a aussi mis en place un programme d’édification de ‘’villages de pêche’’, avec à la clé des barques et des points de débarquement modernes, ainsi que des halles au poisson autour desquelles sont structurés tous les ‘’villages de pêche’’. Il s’ensuit une saine émulation au sein de plus de 18 000 marins pêcheurs, environ 1000 unités de pêche côtière, plus de 3000 unités de barques de pêche artisanale…Véritable locomotive de l’économie régionale, avec 47 % du potentiel halieutique du Royaume, la pêche maritime a fait l’objet d’une structuration qui a permis aux pêcheurs de devenir des mareyeurs. Ce qui a favorisé substantiellement l’amélioration de leurs revenus.
Dans le secteur agricole, une enveloppe budgétaire d’environ 47 millions d’euros a été consacrée à la réalisation d’un projet d’aménagement hydro-agricole sur une superficie de 1.000 ha dans la province de Boujdour. Par ailleurs, le projet Phosboucraâ
qui valorise le phosphate au niveau local permet aux populations de bénéficier davantage de ses retombées, sans occulter l’industrie du sel mise en place conjointement par des investissements privé et public.
La combinaison de toutes ces politiques a permis d’avoir dans la région, un Pib par habitant supérieur à la moyenne nationale, un faible taux de pauvreté, des infrastructures de qualité…Laâyoune-Boujdour-Sakia el Hamra, qui a connu, au cours des trente dernières années, une croissance spectaculaire en dépit d’un environnement hostile, dispose d’atouts solides et peut ainsi envisager l’avenir avec sérénité. Plus qu’un succès inspirant, admirable il l’est.

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Une ville, une histoire

Fondée en 1932, la ville de Laâyoune est restée hors du giron du Royaume marocain jusqu’en 1975 où, accompagné par 350 000 hommes, le Roi Hassan II du Maroc marche résolument sur le Sahara occidental afin de revendiquer la région abandonnée par l’Espagne. C’est la fameuse Marche verte, libératoire, qui a eu lieu le 6 novembre 1975. Pour autant, le Front Polisario, mouvement armé appuyé par un Etat voisin au Maroc, n’a cessé de jouer au trouble-fête, avec des visées indépendantistes. En septembre 1991, l’Onu crée la Minurso, une Mission dans le Sahara occidental, avec pour but de faire respecter le cessez-le-feu signé entre le gouvernement marocain et le Front Polisario. Si par le passé, certains Etats ont soutenu le Front Polisario, depuis lors, l’exclusivité de l’option de la résolution onusienne fait jurisprudence, de sorte que la plupart des pays membres de l’Onu s’y alignent à l’instar de l’Union africaine qui, à la suite de son 31e Sommet, a établi le consensus à ce propos, couronnant les efforts du Royaume du Maroc de recouvrer la plénitude de souveraineté sur toutes les régions de ses provinces du Sud. Du reste, le caractère résiduel du Polisario ne fait plus l’ombre d’aucun doute aujourd’hui, d’autant plus que son soutien principal est esseulé et surtout que les terres pour lesquelles il revendiquait l’indépendance ont connu un essor incroyable et leurs ressortissants épanouis au sein de leur Etat, le Royaume marocain, selon les propos du président de la Commission régionale des droits de l’Homme, Mohamed Salem Cherkaoui.