L’amélioration de la situation de la femme:Respecter les engagements pour atteindre les objectifs

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Cotonou a abrité les 6 et 7 mars derniers, un forum national sur la femme. La rencontre a accouché d’importantes décisions visant pour l’essentiel, l’amélioration de la situation des femmes au Bénin.

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L’analphabétisme est un phénomène qui touche 70% de femmes au Bénin. A cela, s’ajoutent des violences d’ordres physiques, morales, sexuelles, psychologiques…. Selon une étude du ministère en charge de la Famille, «69% de femmes ont subi de violence au moins une fois dans leur vie».
Pour juguler les obstacles à la promotion de la femme, le Bénin a adhéré, au plan international aux différentes conventions visant spécifiquement l’amélioration de son statut juridique. Au nombre de ces textes et lois protégeant non seulement la femme, mais aussi la fille, la plate-forme d’actions de Beijing adoptée en 1995, les Objectifs du Millénaire pour le développement en 2000, la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies au cours de la même année 2000, le Protocole de la CEDEAO de 2001 sur la démocratie et la bonne gouvernance, additionnel au Protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité, le Protocole à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples relatif aux droits de la Femme en Afrique adopté en 2003, la Déclaration solennelle des chefs d’Etat sur l’égalité entre les hommes et les femmes en 2004, la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance de 2007. Les sommets et grandes conférences tenus, il y a deux décennies (Vienne 1993, Caire 1994) ont mis l’accent sur la promotion des droits de l’Homme et de la dignité des femmes et des filles puis leur pleine et égale participation à la vie de la société. La revue des vingt années de mise en œuvre des conclusions et recommandations de ces conférences a mis en relief les résultats obtenus et les défis à relever. La liste des instruments légaux que le Bénin a ratifiés n’est pas exhaustive.
Cependant, l’ensemble de ces dispositions n’ont pas infléchi de façon significative, la situation de la femme telle qu’elle se présentait avant la Conférence de Beijing, surtout dans le domaine de la prise de décisions au niveau familial et communautaire en général et dans les fonctions nominatives et électives en particulier.

Représentation des femmes

Aujourd’hui encore, « une frange non moins importante des femmes ne prend pas part ou ne participe pas à la prise de décisions par rapport à leur santé, à l’avenir de leurs enfants encore moins à la définition des politiques et programmes de développement de leur communauté », a fait remarquer le ministre en charge de la Famille, Naomie Azaria, au cours de la Journée internationale de la femme, dimanche 8 mars dernier. Au Bénin aujourd’hui, la représentation des femmes est de 15,38% dans le gouvernement. Dans les autres sphères de prise de décisions au niveau national, elles sont en dessous de 10 % de représentativité, très loin de la parité prônée ou à défaut du minimum de 33% que requièrent les systèmes de quota en vigueur, a-t-elle encore révélé. Le diagnostic scientifique du statut de la femme montre également que sa participation au gouvernement peine à atteindre la barre de 30% et elle a toujours été inférieure à 10% au niveau de la représentation nationale.
Dans le domaine politique, les engagements pris sont loin d’être respectés tant par les pouvoirs publics que par les partis politiques toute tendance confondue. Au niveau des institutions de l’Etat, la présence des femmes oscille entre zéro et 28%. La situation est encore plus critique au niveau de l’administration locale où on note la présence d’une seule femme maire sur les 77 élus, tandis que les conseillères communales et municipales représentent moins de 5% des élus.

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Dénonciation

Les participants au «Forum sur la femme» ont également dénoncé le traitement réservé aux femmes dans le cadre des positionnements sur les listes pour les prochaines élections législatives d’avril 2015.
Au regard de ces paramètres, le creuset, après avoir fait un diagnostic scientifique de la situation de la femme béninoise, a identifié les mesures appropriées pour sa participation au développement. Cadre d’évaluation des stratégies et actions de promotion de la femme, le forum a été en même temps un tremplin pour son autonomisation effective au Bénin. Il s’est présenté comme une opportunité pour inventorier les nouvelles stratégies pour le renforcement de l’égalité des sexes et la mobilisation des ressources, une mobilisation politique, sociale et populaire pour l’égalité des sexes.
«Il nous semble opportun que le forum prenne en compte l’universalité de certaines conclusions et recommandations des grandes conférences des années 1990 comme l’universalité des droits humains et leur indivisibilité, l’égalité entre pays et entre individus pour l’accès aux opportunités, peu importe leur sexe, leur race, leur religion, leur croyance», a souligné le représentant résident de l’UNFPA, Koudaogo Ouédraogo, à l’ouverture des assises.

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Des actions fortes en faveur des femmes

Pour corriger les inégalités liées au genre, le forum a retenu certaines actions fortes en faveur de l’amélioration de la situation de la femme. Au nombre des actions à mener, le forum recommande au gouvernement d’intensifier la lutte contre les violences faites aux femmes à travers le partenariat et l’appui aux structures tant publiques que non gouvernementales qui s’investissent dans la vulgarisation des lois et la prise en charge des victimes. Il s’agira également pour l’Exécutif de mettre en place une stratégie holistique de revalorisation des travaux de soins non rémunérés des femmes, de veiller à ce que l’octroi de microcrédit permette à la femme de sortir de la pauvreté…. Il faudra déjà que pour les prochaines élections locales, communales et municipales, que les femmes soient fortement représentées aux côtés des hommes sur les listes de candidatures des partis politiques qui prétendent soutenir les actions du gouvernement.
En direction de l’Assemblée nationale, le forum recommande de faire le suivi de la mise en application par le gouvernement des textes de loi adoptés et promulgués dans le cadre de l’amélioration du statut juridique de la femme et d’organiser un séminaire parlementaire sur les différents engagements internationaux sur la promotion de la femme et du genre.
En ce qui concerne les partis politiques, il sera question, entre autres, de tenir compte des contraintes familiales et sociales de la femme dans la structuration et l’organisation interne des organes de direction et de décision ; de faire un positionnement alterné des deux sexes sur les listes de candidatures notamment pour les prochaines élections locales, communales et municipales. La question de la parité a été également discutée au cours de ces assises.
Aux femmes militantes dans les partis politiques, le forum recommande d’oser s’engager activement dans les mouvements associatifs et les partis politiques en cultivant l’esprit de tolérance, de travail en groupe, du respect du droit à la différence et de combattivité. Elles sont également appelées à œuvrer pour un renforcement continu des capacités d’actions et de leadership.
En ce qui concerne les citoyens, les assises leur ont suggéré de veiller à une éducation égalitaire des enfants sans distinction de sexe, de développer le dialogue intergénérationnel au sein des communautés et d’œuvrer pour l’autonomisation sociale.
Les Partenaires techniques et financiers doivent en ce qui les concerne, renforcer les partenariats avec les Organisations de la société civile et les chefs religieux pour la sensibilisation et la conscientisation de la population sur la question des inégalités entre homme et femme.

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Synergie d’actions pour un appui solide aux femmes

Les médias aussi ont un rôle majeur à jouer dans la lutte en faveur de la situation des femmes. Ils sont appelés à un traitement égalitaire, objectif et professionnel des informations relatives aux hommes et aux femmes. Aussi, doivent-ils relayer le 8 mars comme une journée de célébration des acquis obtenus après de longues luttes par les femmes, d’identification de nouveaux défis avec des stratégies pour y faire face et non de festins inutiles.
Les droits de l’homme seront la pierre angulaire des stratégies, programmes et politiques en matière de population et de développement. Dans ce contexte, il semble nécessaire d’indiquer que tous les acteurs impliqués dans la promotion du genre, doivent travailler en synergie afin de fournir un appui solide pour les droits des femmes et des filles, l’égalité des sexes et la jouissance des droits à la santé sexuelle et reproductive.
« Le futur que nous voulons, est un monde où chaque femme et chaque fille peuvent vivre libre de toute discrimination et libérée de la peur de la violence, et peut jouir de leurs droits humains et de la dignité humaine», a insisté, le ministre en charge de la Famille, Naomie Azaria.
La mise en œuvre diligente et efficace des différentes recommandations aidera le Bénin à atteindre les objectifs qu’il s’est fixé, en matière de l’épanouissement et de l’autonomisation des femmes.