Jacques Balogoun-Kotchoffa, médecin chef de la commune de Kandi: « Maintenons le cap contre le Covid-19 pour éviter des surprises désagréables »

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Kandi se mobilise pour une riposte efficace contre le coronavirus au Bénin. Il ne saurait en être autrement au regard de sa situation géographique dans l’Alibori. Emalin Idjakotan Jacques Balogoun-Kotchoffa, médecin chef de la commune et chef service des urgences de l’hôpital de zone de Kandi, explique à travers ces lignes les actions de sensibilisation qui se mènent dans la ville. Selon lui, le Covid-19 doit être désormais une lutte permanente et les acquis enregistrés pérennisés.

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La Nation : Que fait la commune de Kandi pour lutter contre le coronavirus ?

Jacques Balogoun-Kotchoffa: Quand on parle de pandémie, c’est un phénomène qui touche plusieurs parties dans le monde. Ceci appelle à des actions intégrées. Rien ne pourra être possible de façon isolée. Dans le cadre de cette pandémie, les actions ont été coordonnées depuis le haut, toutes les fois. C’est un consensus intercontinental. C’est une nouvelle maladie que nous sommes en train de découvrir au fur et à mesure qu’elle sévit. Les dispositions relatives à la survie de l’espèce humaine face à cette pandémie sont en train d’être mises en place progressivement.

Quelle est la particularité de Kandi dans le cadre de la riposte contre cette pandémie ?

Kandi n’a pas une particularité différente des autres communes du Bénin. Nous sommes une commune dans la zone sanitaire Kandi-Gogounou-Ségbana. La coordination de ces trois communes est sous la tutelle du département de l’Alibori. Tout le système est sous le ministère de la Santé, dont nous recevons toujours les instructions. Il y a eu des actions interministérielles. Nos élus locaux ont été associés à cette lutte à travers des sensibilisations aux mesures à prendre pour vaincre la pandémie. Dès le début, la promotion de ces mesures par les communautés a été la première préoccupation du gouvernement. En tant qu’acteurs du système de santé, nous portons l’information officielle en ce qui concerne les dispositions à prendre par les populations.
Toutes les formations publiques et privées de notre commune ont été briefées sur l’urgence et l’importance des actions à mener pour mettre la commune à l’abri. Des plateformes ont été systématiquement créées pour qu’on puisse communiquer sur l’évolution de la maladie chaque jour. Du coup, tout le monde est informé au même moment. La disponibilité des masques posait un peu de problème, mais tout est rentré dans l’ordre grâce aux efforts du gouvernement et à l’innovation des populations. Certains masques ne répondent pas à la qualité, mais ils valent mieux que rien. L’important, c’est d’en porter et de les laver régulièrement surtout ceux en tissu, car le risque d’inhaler encore un microbe peut toujours exister. Il y a par ailleurs des attitudes proscrites au sein de la société telles que les rassemblements de plus de dix personnes, la fermeture des lieux de culte et des centres de loisirs. Le préfet de l’Alibori y veille. Les ignorants et les fautifs se font prendre.

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Pourquoi la commune de Kandi est sur le qui-vive alors qu’officiellement, elle n’a enregistré aucun cas de Covid-19 ?

Tout le monde est sur la défensive. Kandi centre n’a pas enregistré de cas, mais il y a des communes autour de nous qui en ont enregistré. Nous sommes déjà conscients que nous vivons avec la maladie. C’est la commune qui reçoit plus la pression de la sensibilisation dans l’Alibori.

Existe-t-il des sites de prise en charge dans le département pour gérer les éventuels cas ?

Le ministère de la Santé a veillé à ces dispositions dès le début. Les actions se passent comme sur des roulettes.
Le numéro vert retenu sur le plan national est valable pour toutes les communes. Nous sommes saisis à la minute près de toute situation.

A Kandi, les écoliers semblent être plus portés vers la sensibilisation que les adultes. Qu’envisage la commune en termes d’actions pour leur prêter main forte ?

La sensibilisation en milieu scolaire a toujours porté ses fruits. Les apprenants viennent de reprendre les classes. Nous allons aider les enseignants à mieux les aider à porter la sensibilisation. Quand la mort n’est pas passée devant soi, on croit être toujours en sécurité. Lorsqu’elle change de camp, on n’attend même plus la sensibilisation avant d’adopter les bons gestes.
L’Afrique est la plus heureuse parce qu’elle n’a pas enregistré beaucoup de cadavres comme en Europe. Il n’est pas rare de voir aujourd’hui des gens sans bavettes alors qu’elles sont disponibles partout et le prix est revu à la baisse en pharmacie. Il faut que nous maintenions le cap pour éviter des surprises désagréables.

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Selon les projections sur l’Afrique au début de la pandémie, elle devrait compter ses cadavres par milliers. A l’arrivée, ce n’est plus le cas. Y a-t-il des raisons d’espérer ?

Les études devraient prouver ces tendances. Je pense que l’Afrique n’est pas passée par le pire. Nous sommes devant les faits. Qui pouvait ne pas penser que notre pays enregistrerait moins de décès ? Au début, on attribuait la maladie aux Chinois. Les autres pays ravagés par la pandémie ont enregistré beaucoup de dégâts. Le continent est dépisté positif, mais n’enregistre pas les formes graves qu’on retrouve en Europe. Tout ceci va être confié à la recherche, afin de pouvoir fournir des données officielles.
Toutefois, je pense que l’Afrique n’est pas encore épargnée. Nous ne savons pas ce que nous réserve le futur. Seulement que cette pandémie nous a inculqué des bonnes manières. Ça a élevé le niveau d’hygiène. Ça a ramené de bons comportements citoyens que nous ne devons plus lâcher. Le lavage des mains simple est déjà très bénéfique pour tous. Imaginez celui qui rentre dans un supermarché sans se laver les mains et qui touche à tous les articles, on ignore le nombre de microbes qu’il dépose sur les articles. Le lavage des mains va favoriser l’élimination de plusieurs maladies. Ce bénéfice n’était pas escompté. Il faudrait que nous maintenions ces acquis. Il existait des associations de lavage des mains dont les actions n’ont jamais prospéré. Aujourd’hui, les gens adoptent les bons réflexes. Saluons également le gouvernement béninois qui a su gérer avec tact et diligence cette pandémie, dans un contexte de pauvreté en veillant à ce que cette lutte soit une réussite.

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Quel message avez-vous à l’endroit des sceptiques ?

Le genre humain est de cette nature. Il n’est pas rare de rencontrer des gens qui doutent encore de l’existence de la pandémie. Il faut leur demander de s’informer sur les chaînes de télévision. C’est l’actualité phare du moment. Il n’existe pas de jour où des pays n’enregistrent pas de cas de décès. Ce qui se passe est comme un nettoyage. Tous les cadavres proviennent quand même de certaines familles. Rien que pour le fait d’honorer la mémoire des défunts, il faut croire en l’existence du Covid-19 et ses ravages. Le scepticisme risque d’avoir raison de certaines personnes un jour. Il vaut mieux y croire pour respecter les mesures édictées que de le minimiser pour enregistrer des dégâts après. C’est dans les rangs des personnes qui n’observent pas les précautions qu’on enregistre les cas de contamination.