Intégration en Afrique de l’Ouest: La libre circulation, un vœu pieux ?

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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Les réformes engagées dans l’espace Cedeao et les efforts déployés par les Etats membres pour rendre fluides les corridors peinent à porter leurs fruits. Le dernier rapport de la « Task Force » sur les schémas de la libéralisation des échanges en Afrique de l’Ouest révèle que le Bénin est le seul bon élève parmi les quinze Etats membres à respecter le Protocole sur la libre circulation des biens et des personnes et sur le droit de résidence et d’établissement.
Si ici, les corridors et les frontières sont plus fluides depuis trois ans grâce aux réformes du gouvernement, les prélèvements illicites et autres faux frais se poursuivent dans les autres Etats, notamment au Nigeria.
Et contre toute attente, ce pays décide de fermer délibérément ses frontières, portant ainsi l’estocade au « vivre-ensemble ». Cette situation devrait-elle durer encore ? En effet, poussant sa fermeté à fond, le géant voisin de l’Est bande tous ses muscles et proroge jusqu’au 31 janvier prochain l’arrêt des importations et des exportations avec ses pays limitrophes intervenu depuis le 20 août dernier.
Pourtant, le pays de Muhammadu Buhari est la tête de pont de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) qui prône la libre circulation des biens et des personnes sur les corridors. A travers traités, fora et discours divers, il était question que les Etats d’Afrique de l’Ouest prennent exemple sur l’Europe, précisément la zone Schengen.
Mais le Nigeria, fort de ses 200 millions d’habitants, s’estime « tout puissant » pour se débrouiller tout seul, quitte aux autres d’en faire de même. Sonnés, les autres Etats accusent le coup, avec plus de 1100 camions bloqués à la seule frontière de Sèmè-Kraké. Une triste situation que vivent les opérateurs économiques, les commerçants, les conducteurs de véhicules de transport des marchandises du Bénin et des pays de l’hinterland.
Dans le fond, le Nigeria ne manque pas d’arguments d’agir ainsi, cherchant à protéger son marché local souvent inondé par les produits importés. C’est le cas par exemple du riz.
Le pays s’oppose à servir de marché aux producteurs asiatiques au détriment de ceux de la sous-région. De plus, ses frontières sont trop poreuses et constituent une passoire pour les trafiquants et les migrants clandestins de tout acabit. L’essence de contrebande ‘’kpayo’’ alimente depuis des lustres le marché béninois. Soit !

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Populations aux abois

Au bout de deux mois de mise en application de la dure décision, les populations des deux pays sont aux abois. Les producteurs d’ananas du Bénin voient leur production pourrir bord champ. Le Nigeria aussi ne se porte pas mieux qu’auparavant. Bien au contraire ! Le prix du riz y aurait flambé.
L’on craint même une inflation généralisée des denrées de première nécessité créée par la fermeture unilatérale des frontières et qui risque de s’aggraver dans les prochains jours. Si le statu quo est maintenu, les populations déjà sous l’emprise de la cherté de la vie devront davantage se ceindre les reins pour pouvoir tenir.
Ces dernières rêvent que soient plutôt levés les goulots d’étranglement pour consolider les acquis et assurer une libre circulation des personnes, des capitaux, des biens et des services. Des défis qui appellent l’amélioration des plateformes pour l’entrée et la sortie des marchandises ; la simplification des formalités douanières ; la réduction sensible du temps de séjour des marchandises dans les ports, du nombre de barrages routiers, de la durée de parcours. Il est aussi attendu l’amélioration des réseaux routiers ; l’identification des personnes, l’accélération de la mise en œuvre de l’harmonisation des documents de voyage, en l’occurrence la carte biométrique.
Les positions adoptées par le Nigeria ne sont pas de nature à favoriser l’aboutissement de ces projets communautaires dans de meilleurs délais. Il a fallu du temps pour qu’enfin le Nigeria se décide à parapher, en juillet dernier, l’accord de libre-échange continental africain dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale en Afrique (Zlecaf). Les autorités nigérianes réclamaient, avant même la mise en œuvre de cette mesure, un libre échange « juste et mené sur une base équitable ».