Industrialisation du secteur culturel au Bénin: Les propositions de Kodjo Houngbèmè

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Kodjo Houngbèmè

Depuis cinq ans, le secteur touristique au Bénin a pris un tel envol que le pays comptera parmi les destinations touristiques de rêve pour les prochaines années. Paradoxalement, la culture qui devrait lui servir de béquille patine. Le Bénin est de moins en moins visible sur le continent et ailleurs dans le monde. Pourtant, on peut mieux faire et donner au secteur culturel autant de visibilité en optant pour son industrialisation. Kodjo Houngbèmè, manager de renom qui a fait ses preuves en Afrique et en Europe, se tient prêt à relever le défi.

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Sur les nombreux chantiers que Kodjo Houngbèmè a ouverts en Afrique et en Europe pour donner de la visibilité aux artistes et à la musique africaine, les deux plus grands connus sont « Nouvelle donne production » dont il est le Ceo et Digital black music (Dbm), célébrissime chaine de musique dont il est le promoteur. Depuis plus de vingt ans, il fait parler de son œuvre un peu partout à travers son engagement pour la cause de la promotion de la musique. Mais ce n’est pas pour autant que l’homme est satisfait de l’état du secteur culturel dans son pays. Kodjo Houngbèmè est déçu et ne le cache pas. Pour lui, le Bénin mérite mieux au regard de ses compétences et de la position de certains de ses fils dans des cercles de décision. Il faut donc saisir ces opportunités et donner au secteur culturel toute sa chance, propose-t-il.

Son premier combat, c’est qu’il faut ôter au secteur cette tendance à être un milieu social. L’assistanat doit disparaitre du secteur culturel, soutient le patron de Dbm. Il est temps d’aller à l’industrialisation, indique-t-il.

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« Je pense que l’économie des marchés, la productivité, la rentabilité vont de pair avec l’industrialisation du secteur autre qu’une vision sociale, une vision d’assistanat qui doit se transformer en autonomisation », explique-t-il. Il faut, selon lui, un environnement où les acteurs privés jouent un rôle prépondérant en mettant en place un cadre juridique, des mesures d’accompagnement et d’incitation, soutenir ceux qui opèrent sur le marché pour pouvoir pérenniser leur business et créer de la richesse. « Ce ne sont pas des banques qui financent des petites structures, des labels, mais il y a des majors pour les gros marchés qui sont là, qui jouent le rôle d’investisseurs » et ces majors, le Bénin peut les démarcher pour des investissements colossaux dans son secteur culturel.
« Tant que nous n’avons pas encore un marché suffisamment dynamique, ces personnes ne viendront pas chez nous »,
avance-t-il, exhortant les dirigeants du pays à penser à des mesures incitatives qui permettent aux gros labels et aux majors du showbiz de regarder également du côté du Bénin.

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Repartir sur de nouvelles bases

Pour lui, il faut également encourager l’organisation par corps de métier pour que chaque branche ait des interlocuteurs valables, des projets de développement, des formations et des stratégies pour développer le secteur. L’addition ou le mélange d’activités de chacun va contribuer à l’intérêt général et permettra de quitter la nuisance sociale actuelle pour aller vers une vision d’autonomisation du secteur comme c’est le cas ailleurs, laisse-t-il entendre. Mais pour en arriver là, il faudra batailler dur. « Depuis quelque temps, je commence à entrer dans certains groupes et je constate que certains acteurs ne sont pas prêts parce qu’ils se complaisent déjà dans ce qui est là. Ils ont peur du changement. Certains vivent sur des acquis, ils profitent d’un système qui n’arrange pas forcément la majorité, mais comme c’est eux qui ont la main…

C’est vrai aussi que dans toute révolution, il y a toujours des réfractaires mais là, il est question de l’intérêt général d’un secteur qui ne décolle pas, où ses acteurs ne vivent pas de leur travail décemment », déplore-t-il. Son combat, explique-t-il, c’est pour que le Bénin opère une révolution dans le secteur culturel, comme il l’a fait dans maints domaines, ces cinq dernières années, sous l’impulsion du président Patrice Talon.

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Les expériences accumulées par-delà les frontières depuis 25 ans, Kodjo Houngbèmè entend les mettre au service de son pays mais cela n’est pas du goût de tout le monde, dénonce le Ceo de « Nouvelle donne production ». C’est pourquoi, le président Patrice Talon est devenu son ultime recours dans ce combat qu’il s’est imposé depuis quelques années pour aider au décollage du secteur culturel au Bénin. « La balle est entre les mains du président Patrice Talon. C’est oser, mais c’est une réalité, je voudrais qu’il mette la même détermination qu’il met dans d’autres secteurs et qu’il vienne poser ça aussi dans l’industrialisation de la culture béninoise », conclut-il.