Gnonnas Pedro et Dj Arafat: Le souvenir de deux grands noms de la musique

Par Anselme Pascal AGUEHOUNDE,

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Les mélomanes béninois en particulier et l’univers musical en général se sont souvenus hier, 12 août, de deux icônes de la musique africaine : Gnonnas Pedro, le féru de la Salsa et Dj Arafat, le roi du coupé-décalé. Deux talents mémorables, aux traits spécifiques et quasiment incomparables, qui ont tous deux passé l’arme à gauche un 12 août, laissant derrière eux un insigne héritage.

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Outre la célébrité et le respect qu’ils ont acquis, chacun dans son style et à son époque, rien ne les lie ! Ni l’âge, ni la génération, ni le genre musical, ni le mode de vie… Et pourtant, Gnonnas Pedro et Dj Arafat sont désormais liés par la mémoire : ces deux figures de la musique africaine ont tourné dos à la vie un 12 août alors qu’on espérait encore tant d’eux. Mais chacun en ce qui le concerne aura excellé dans son genre musical de sorte que leur mort n’arrête le souvenir de leurs œuvres et leurs noms restent à jamais gravés. De nationalité béninoise, originaire de la ville de Lokossa dans le département du Mono, Gnonnas Pedro, de son vrai nom Gnonnan Sossou Pierre Kouassivi, est né le 10 janvier 1943 à Cotonou et mort le jeudi 12 août 2004, au Centre national hospitalier et universitaire Hubert Koutoukou Maga, à l’âge de 61 ans des suites d’un cancer de la prostate. Musicien, compositeur, il s’est particulièrement illustré comme chanteur de salsa en solo et en groupe. Gnonnan Sossou Pierre Kouassivi est surtout connu comme étant l’un des leaders vocaux incontestés du groupe, Africando. Il a d’abord créé ses propres groupes notamment Pedro et Sus Panchos, puis se faire connaître sous le nom Gnonnas Pedro avec son groupe Dadjes, avant de collaborer avec l’orchestre Poly-Rythmo de Cotonou. Remarquable salséro, Gnonnas Pedro ne se contente pas de s’inscrire dans un genre musical. Il est aussi créatif. On lui attribue d’ailleurs la modernisation du rythme traditionnel de sa région d’origine, Agbadja du Mono. Il chante dans de nombreuses langues, dont le mina, l’adja, le yoruba, le français, l’anglais et l’espagnol. Entre autres titres qui ont fait la gloire de l’artiste en solo, on retient l’album La belle époque, Agbadja, The best of Gnonnas Pedro avec des titres comme Yiri yiri Boum (1965), Azo Nkplon (1965), Djédjévi gnin(1965), Oh que le temps passe (1998), Oumako (1998), Irma Koi (1998), Davolabomè (1998), Lo meyor de mi treinta anos (1998), La Musica en Vérité. Avec le groupe Africando, on retient de lui : Gombo Salsa (1996), Baloba (1998), Mandali (2000) distribué en France sous le nom de Betece, Live! (2001), Martina (2003)…

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Plus qu’un artiste, un créateur

De nationalité ivoirienne et de son vrai nom Ange Didier Houon, Dj Arafat est né le 26 janvier 1986 à Yopougon et mort des suites d’un accident à moto le 12 août 2019 à Abidjan. Chanteur, compositeur, danseur-chorégraphe, producteur et arrangeur, Dj Arafat a marqué au-delà des frontières africaines. Il a fortement influencé la musique ivoirienne des années 2000 et est considéré comme le roi du coupé-décalé. De son vivant, il réclamait d’ailleurs ce titre avec la verve qu’on lui connait. Fils de Tina Glamour, le Daïshi tel qu’il est surnommé est repéré par le jeune producteur Roland Le Binguiste qui l’emmène en studio. Il se révèle au grand public grâce au morceau Hommage à Jonathan en 2003 réalisé en partie au Parc des sports de Treichville avec la présence de Douk Saga et Mulukuku Dj. Tous les singles et albums qui suivront, vont connaître un succès époustouflant. Entre autres albums qu’on n’oubliera jamais du Daïshi, Goudron noir (2003), Femmes (2005), Don de Dieu – Kpangor (2008), Gladiator (2010), Commandant Zabra (2012), Kpankaka (2012), Yorogang (2016), Renaissance (2019) et des singles comme Djessimidjeka (2009), Zoropoto 12500 Volts (2010), Maplorly (2015), Dosabado (2018), Pandoukoule (2018), Moto-Moto (2019), Ventripotent avec Naza (2019), Kong (2020). Le président des Chinois, comme on le surnomme, a été également sollicité pour des collaborations avec des artistes de renom à travers le continent : Davido (Nigeria), Toofan (Togo), Fally Ipupa…, et il a presté sur de grandes scènes à travers le monde. Dj Arafat a obtenu de grandes distinctions. En 2012, il reçoit le prix du meilleur artiste africain de l’année et celui du meilleur artiste masculin de l’Afrique de l’Ouest au Kora Awards. En 2015, Forbes Afrique et Trace Africa lui décernent le titre d’artiste africain le plus influent à l’international. Il est Officier dans l’Ordre du mérite culturel ivoirien. Ce n’est pas par exagération qu’il est appelé le roi du coupé-décalé. Il a imprimé une touche moderne à ce style qui galvanise les mélomanes par le rythme et les sonorités des instruments en l’occurrence la batterie.