Georges Kakaï-Glèlè : « Un dirigeant doit être proactif… »

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Georges Kakaï-Glèlè, ancien secrétaire général de la Confédé- ration des syndicats indépendant du Bénin (Cosi-Bénin)

Ancien secrétaire général de la Confédération des syndicats indépendants du Bénin (Cosi-Bénin), Georges Kakaï-Glèlè porte son regard sur l’action syndicale. Tout en étant bienveillant vis-à-vis de la génération actuelle aux commandes, il l’exhorte à agir avec esprit de suite pour sortir la tête haute des luttes syndicales.

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La Nation : En votre qualité d’ancien syndicaliste, quel regard portez-vous sur l’action syndicale actuelle au Bénin ?

Georges Kakaï-Glèlè : Je porte le regard d’un homme confiant et suffisamment attaché à la chose syndicale. Ce qui se passe actuellement n’est pas extraordinaire. Ceux qui sont actuellement au-devant de la lutte syndicale apprécient à leur manière les situations qui prévalent et les solutions qu’il faut trouver. Ce qui est réconfortant, c’est qu’à chaque moment, ils sollicitent nos conseils. Mais, les conseils ne valent que ce qu’ils sont. Entre donner des conseils et suivre ces conseils, il y a un écart que seuls ceux qui sont au front apprécient. Mais, toujours est-il que nous pouvons être confiants pour l’avenir du mouvement syndical.
Ce que nous observons aujourd’hui s’est déjà déroulé dans le passé ! Mais, il y a des comportements que nous ne pouvons pas transposer d’un moment à un autre. Je ne vous cache pas que, sous le régime par exemple de Boni Yayi, où j’étais encore en plein dans la lutte syndicale, on a tenté de nous arracher le droit de grève. De nouveaux statuts ont été élaborés de même que de nouvelles lois, qui devraient être adoptés par l’Assemblée nationale. Tout ce que nous avons pu faire en ce moment, c’est d’avoir su les court-circuiter. Nous avions eu des amis qui étaient avec nous, mais qui se retrouvaient à l’Assemblée et qui nous ont informés. Ce qui nous a permis de prendre les dispositions nécessaires pour contourner la difficulté et empêcher le projet d’aboutir en introduisant une contre proposition à l’Assemblée. Les députés s’étaient retrouvés en face de deux textes et ils ont eu de difficultés et n’ont pas pu voter la loi préparée à cet effet. Nous avons recouru aux concours d’experts sur le plan international pour élaborer cette proposition de loi. Avec nos expériences, les secrétaires généraux se sont mis ensemble pour travailler sur la proposition de loi.
Donc, à chaque moment précis, il y a un comportement à adopter pour s’en sortir. Je continue de faire confiance aux dirigeants qui sont là actuellement. Ils retrouveront la juste voie pour éviter les pièges qui leur sont tendus de part et d’autre.

En espérant que les dirigeants syndicaux actuels trouveront la juste voie, vous semblez insinuer qu’ils ne sont pas encore sur ce chemin qui devrait leur permettre de réussir leurs missions ?

Non ! Ce n’est pas exactement cela. Voyez-vous, ils nous ont évité de justesse une année blanche, même si les résultats de fin d’année sont critiques. Ce sont des gens qui ont une certaine expérience. Mais lorsqu’on n’est pas au front, il est difficile d’apprécier à sa juste mesure les difficultés à résoudre.
Les dernières négociations, à la veille de la rentrée, donnent l’impression qu’ils se sont séparés non pas sans avoir trouvé un terrain d’entente. J’ai écouté le porte-parole du gouvernement et celui des syndicats. Ils sont tous allés dans le même sens. Cela veut dire qu’avec un peu de recul, on finit toujours par trouver la juste voie pour éviter des situations de crise au monde du travail.
Le problème qui se pose est comment faire pour ne pas conduire les travailleurs à l’abattoir.

Les derniers mouvements de grève, encore dans les mémoires, semblent s’être déroulés dans une incompréhension totale. Les premières centrales à renoncer à la grève ont été traitées de tous les noms, mais in fine, tout le monde a mis un terme à la grève sans avoir eu gain de cause. Avez-vous vécu une telle situation lorsque vous étiez aux commandes ?

C’est le quotidien du responsable syndical que nous sommes. N’attendez-vous jamais à ce que les sept confédérations disent la même chose à un moment donné. Chaque responsable dirige un monde différent. En majorité, si votre mouvement syndical regroupe les enseignants et les agents de santé dans le public, vous ne pouvez pas avoir les mêmes comportements que quelqu’un qui n’a que les travailleurs du privé comme militants qu’il gère. Il suffit de comparer l’élan des mouvements dans le privé et dans le public pour mieux apprécier.
Mieux, il ne faut pas être pressé dans le mouvement syndical. Il faut prendre son temps. Si vous ne prenez pas le temps, vous risquez d’être rapidement un général sans troupe. Vous ne suivez pas les autres confédérations. Vous travaillez avec elles en intelligence, mais vous suivez beaucoup plus votre base, que ce qui se passe ailleurs.
C’est vrai qu’un dirigeant doit être suffisamment illuminé et proactif par rapport à tout ce qui peut arriver. Mais au finish, vous allez remarquer que tous ont fini par accorder leurs violons pour éviter à notre pays une situation comme une année blanche. Nous avons été aussi confrontés à des moments donnés à de pareilles situations. Mais, nous avons su tirer note épingle du jeu, parce que notre mission n’est pas de conduire nos militants à l’abattoir.

En votre temps, ceux qui ont suggéré de faire une pause ou qui ont décidé de suivre une voie autre que le chemin de la grève ont-ils été traités de corrompus ?

Je vous dirai non et oui. Le niveau que les contradictions ont atteint aujourd’hui avec nos amis aux commandes, nous ne l’avons jamais atteint. Mais dire qu’on est corrompu, etc., nous l’avons subi, parce que le travailleur béninois, lorsqu’il s’habitue au volume de sa poche et qu’elle ne grossit pas davantage, il se retourne contre ses responsables en les traitant de gens corrompus, qui détournent, etc. Néanmoins, ce n’est pas uniquement le fait du Bénin. Sur le plan international, les gens subissent ces mêmes types de traitement.
Dans ces conditions, il suffit d’avoir foi et de conduire le mouvement avec honnêteté sur de bonnes pistes et non à l’abattoir. Si vous avez la conviction et que vous avez la formation syndicale requise, vous vous en sortez toujours la tête haute. Je pense que les gens de mon temps, comme Gaston Azoua, Guillaume Attigbé et Pascal Todjinou ne se reprochent aujourd’hui rien. Et, je pense que ceux qui sont là aujourd’hui ne se reprocheront aussi rien demain. S’ils travaillent dans le sens de la formation que nous avons reçue de l’éducation que nous avons reçue, et avec la foi qu’ils sont honnêtes envers eux-mêmes, malgré tout, ils s’en sortiront toujours la tête haute. Donc, il n’y a pas à s’inquiéter pour le mouvement syndical.
Aussi, il faut faire en sorte que chaque fois que les gens se rapprochent de vous, que vous ayez les réactions nécessaires pour permettre aux autres de comprendre où vous êtes et ce que vous faites. Et, il faut éviter d’être traité de partisan.

Comment faire pour éviter qu’un syndicaliste soit traité de partisan ?

Moi, je ne suis membre d’aucun parti politique jusqu’à aujourd’hui. Aucun parti ne peut exhiber un document qui le prouve jusqu’au moment où je vous parle. Si vos points de vue visent à défendre le travailleur, vous vous en sortez toujours la tête haute. Dans nos mouvements syndicaux, nous avons des partisans de différentes obédiences. Et tous ceux-là se réunissent pour prendre des décisions. Donc, il n’est pas possible de faire le jeu d’un parti au détriment des autres. Les décisions ne sont pas politisées. L’essentiel, c’est de faire en sorte que les travailleurs soient heureux.
Que dire alors des syndicalistes qui s’affichent publiquement avec des partis politiques pour prendre des positions partisanes ?

On ne va pas vous dire qu’à des moments donnés, nous n’avons pas eu recours à des partis représentés à l’Assemblée nationale. Il nous arrive parfois de faire des réunions à la Bourse du Travail avec des partis politiques ou avec des ailes bien démarquées du parti au pouvoir. Il nous est même arrivé de prendre des initiatives avec les partis politiques pour dire non lorsqu’il était question de réviser la Constitution. Cela arrive à des moments donnés. Évidemment, il faut le faire avec esprit de suite. Il faut toujours le faire tout en sauvegardant l’honneur de votre confédération. Il faut éviter qu’on vous fiche ou qu’on vous sente totalement dans une opposition au parti au pouvoir. Mais, il ne faut pas lésiner sur les points de vue également, qui sont des positions syndicales et qui permettent de défendre des intérêts moraux et matériels de même que professionnels de vos militants.
Donc, c’est avec recul et esprit de suite que nous devons apprécier les situations. Et, surtout faire en sorte que nous puissions nous démarquer de tout ce qui peut constituer des problèmes pour nos organisations syndicales en général.
Je vous avoue que nous avons été traités de la même façon que ceux qui sont là aujourd’hui. Et, c’est en restant honnête vis-à-vis de nous-mêmes, en ayant une certaine logique de vie que nous avons su tirer notre épingle du jeu.
Je demande aux travailleurs de faire l’effort pour faire confiance à leurs dirigeants. Je demande aux dirigeants aussi de tout faire pour recueillir les desiderata des travailleurs et de travailler en tenant compte du niveau de compréhension et de la maturité de leurs militants?

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