François Codjo Azodogbèhou, ancien préfet de l’Ouémé: « Patrice Talon a fait un travail infrastructurel profond à Porto-Novo »

Par Thibaud C. NAGNONHOU, A/R Ouémé-Plateau,

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Du haut de ses 80 ans révolus, l’ancien préfet de l’Ouémé, sous la période révolutionnaire, François Codjo Azodogbèhou, trouve historiques les réalisations infrastructurelles du gouvernement à Porto- Novo.

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La Nation : 60 ans après, comment appréciez-vous aujourd’hui l’évolution de Porto-Novo, proclamée ville capitale du Bénin le 1er août 1960 ?

François Codjo Azodogbèhou : D’abord, le 1er août 1960, j’étais en voyage, une sortie organisée par ma promotion de la classe de Terminale du Collège Victor Ballot de Porto-Novo. On était en fait en excursion. On quittait l’Atacora pour le Borgou quand les cérémonies ont été faites dans la journée. Mais on n’a rien suivi parce que le développement des technologies de l’information était très faible et quasiment nul à l’époque. Ce n’était pas comme aujourd’hui.
Ceci étant, je ne suis pas natif de Porto-Novo. Je suis arrivé en 1953 pour rentrer au collège Victor Ballot où j’ai terminé mes études au niveau du baccalauréat. Puis je suis revenu plus tard comme fonctionnaire, préfet adjoint en 1967 ensuite préfet de 1982 à 1984. Je peux dire que Porto-Novo m’a adopté.
C’est une ville que je crois connaître un peu. Du point de vue surtout infrastructurel, on ne peut pas comparer Porto-Novo de la fin des années 1950 à Porto-Novo de la deuxième moitié du 21e siècle. Le président Patrice Talon a fait un travail infrastructurel profond et très visible même pour ceux qui voudraient fermer les yeux. Beaucoup le disent d’ailleurs. Tout citoyen qui part de Beaurivage jusqu’à Akpro-Missérété se rend compte que cette route n’a rien à voir avec ce que nous connûmes dans les années 90. Il n’y avait même pas le petit goudron lorsque je déménageais en 1990 dans ma maison où j’y suis actuellement, située au bord de la route nationale inter-Etats n°1. C’était même un nid de ruisseaux difficile à pratiquer. Il était difficile de rouler en voiture sur cette voie. Puis, il y a eu les travaux au début du Renouveau démocratique qui ont légèrement amélioré l’état de la voie. Mais la route que nous voyons aujourd’hui et que tout le monde voit n’a rien à voir avec tout ce passé. Elle est comparable à bien d’autres routes des pays dits développés.

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Porto-Novo présente donc un visage digne d’une ville capitale sous le président Patrice Talon…

Non pas de ville capitale mais je dirai plutôt de ville moderne. Ville capitale peut- être, il lui reste à conquérir d’autres prérogatives. Et ce sera, j’espère, le travail des générations qui sont en train d’émerger. Ce qu’il faut reconnaître, c’est que la colonisation même qui est venue installer sa capitale n’a pas fait grand-chose. En dehors du palais des Gouverneurs et de quelques bâtisses de l’administration et peut-être des descendants brésiliens à Porto-Novo,il n’y a pratiquement plus rien. Sous la Révolution, on n’a pas fait grand-chose en dehors de la Bibliothèque nationale et autres. Tout ça, c’est peut-être par faute de moyens. Mais également faute d’une certaine ambition de la population elle-même. Je me rappelais un jour, dans mes responsabilités de préfet, les notables étaient venus me voir et se plaignaient de ce que rien ne soit fait pour Porto-Novo. Je leur ai montré qu’ils n’ont pas tort mais qu’ils en étaient pour quelque chose, car se sont eux-mêmes qui ont négligé leur ville. Je leur ai demandé qui a construit Akpakpa à Cotonou si ce ne sont des filles et fils de Porto-Novo.
Si ces maisons étaient construites à Porto-Novo, il est évident qu’on va trouver à tracer des routes pour les atteindre et les moderniser. Et aujourd’hui, on n’en serait pas là. La responsabilité des originaires d’une localité dans le développement de celle-ci est vraiment importante. Ce n’est pas en fuyant et en se cachant dans d’autres localités qu’on trouve l’occasion de se plaindre de ce qui se passe chez soi.

Mais d’aucuns pensent plutôt que la ville a connu ce triste sort parce que ses leaders seraient restés tout le temps dans l’Opposition ?

Ça, c’est un prétexte. D’autant que Apithy est d’ici et a été une grande autorité. Il a vécu à Porto-Novo ainsi que bien d’autres politiciens. Je crois qu’il faut laisser ce prétexte. Il faut beaucoup d’ambitions pour Porto-Novo, pas en paroles mais en actes concrets et assez de sacrifices que cela demande. Il ne faudrait pas que ce qui est conçu pour être mis à la disposition et pour la transformation de la ville, soit un concours pour que les individus et les collectivités se développent. Ça, c’est mauvais et c’est partout dans le pays. Ce que le président Patrice Talon fait aujourd’hui, en d’autres temps, cela n’allait pas connaître cette ampleur si ceux qui sont chargés de la mise en œuvre ne pensent qu’à ce qu’ils feront pour eux-mêmes. L’ampleur de ce que nous voyons est même supérieure à certaines critiques qui disent qu’on ne mange pas les pavés. Même si tu n’aimes pas le lièvre, il faut reconnaître qu’il court bien. C’est pour dire que ceux qui sont en opposition au régime du président Talon sont obligés de reconnaître que ce qui se fait n’est pas rien.

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Comment appréciez-vous l’état de la Place de l’indépendance à Porto-Novo ?

Je pense qu’on n’a pas encore touché à cette place importante. De mon point de vue, il faut organiser une information touchant les riverains et les architectes nationaux pour la mettre en valeur. Cette place ne peut plus revêtir l’envergure qu’ elle est censée avoir à moins qu’on casse beaucoup de choses sur le site. Mais il faut y ériger quelque chose d’important parce que 1960 est une lueur dans notre effort de conquérir notre souveraineté. Ce n’est rien du tout mais c’est également tout parce que c’est à partir de là que beaucoup de chapitres de conquêtes de la souveraineté nationale sont engagés d’une manière ou d’une autre par différentes générations à des vitesses différentes.

Que diriez-vous pour conclure cet entretien ?

Quand je vois ce qui se passe dans le monde aujourd’hui, parce que je suis dans ma 81e année, je pense que le tout n’est pas de réaliser. Il faut conscientiser les populations et faire en sorte que les gens prennent ces biens comme les leurs. Car, beaucoup de villes africaines sont en feu et en flamme. C’est vrai, on peut marcher pour manifester son mécontentement. Mais on doit éviter de détruire ou d’incendier le peu que nous avons. Le mécontentement doit se mener dans la perspective que si ça change, c’est pour bâtir un peu plus. Mais c’est valable pour ceux qui sont à la base de ce qui se passe. Car, s’il y a injustice et qu’elle est top forte et les gens sont affamés, il ne faut pas s’attendre à ce que les prières changent ce que l’être humain est réellement. J’ai la conviction que la force véritable se trouve dans le peuple. Si l’on sait cela, nous, intellectuels n’allons pas continuer à isoler la population des affaires qu’il faut régler.

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On dit qu’il y a 70 % d’illettrés au Bénin et on fait la démocratie en écartant ces gens-là des organes locaux du pouvoir d’Etat. Tout simplement parce que ces gens n’ont pas eu l’opportunité d’être lettrés en français. Malheureusement, nous intellectuels, ne prenons pas conscience de ce que nous commettons comme erreur grave, pas seulement au Bénin mais en Afrique en général. Il faut que chaque intellectuel qui veut être encore élu à la base se mette au travail pour savoir lire et écrire une langue du pays. Car, il est important de savoir ce qu’endurent les autres qu’on écarte et qui font tout. Nous bombons le torse pour dire que nous battons le record du coton dans la sous-région mais ce résultat ne peut être atteint sans le concours de ceux-là que nous oublions et qui mettent les produits chimiques. Je crois que si nous pouvons trouver une formule d’administration qui associe davantage ces acteurs de développement, un peu comme ce qui a été fait sous la Révolution, la solution aux problèmes a la chance d’être stable et la richesse plus humainement répartie dans le pays.