Florant Maroya au sujet des violences basées sur le genre : « Ce phénomène persiste à cause de certaines faiblesses… »

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  Rubriques: Société |   Commentaires: Aucun| 52 lecteurs


Florant Maroya, assistant de recherche au ministère des Affaires sociales

Florant Maroya, assistant de recherche au ministère des Affaires sociales, évoque à travers cette interview les violences basées sur le genre, l’arsenal juridique et les voies de recours à la portée des réfugiés et autres demandeurs d’asile au Bénin.

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La Nation : Quelles sont les causes des violences basées sur le genre ?

Florant Maroya : Les causes sont de plusieurs ordres. Nous avons des causes qui relèvent de nos réalités socioculturelles. Les causes que nous avons toujours inculquées à nos enfants. Des questions de supériorité, des questions de rapports sociaux entre les hommes et les femmes. Il s’agit également de la pauvreté de la femme. Les questions phares comme l’autonomisation. De ce point de vue, les femmes sont parfois, parce que dépendantes, portées à subir ces types de violences.

Malgré un arsenal juridique confortant, on constate que le problème persiste. Quel commentaire en faites-vous ?

Le problème persiste parce que certains auteurs agissent, pour la plupart du temps, par ignorance. Or, dans notre pays, nous avons des lois qui réglementent tout cela. Les lois répriment les questions de violences et punissent les auteurs ou complices de violences faites à l’endroit des femmes et des filles. Il s’agit notamment de la loi 2011-26 du 9 janvier 2012 portant prévention et répression des violences faites aux femmes en République du Benin.
Le phénomène persiste à cause de certaines faiblesses que nous pouvons noter au niveau de l’arsenal juridique. Faiblesse en ce sens que certains auteurs ne sont pas forcément punis conformément à la loi. Il y a des interférences. Il y a des violations. Nous sommes dans un pays où tout le monde est cousin à quelqu’un. Il n’est pas rare que, par des coups de fil, on vous interpelle. Mais un travail formidable est en train d’être fait au niveau des juridictions. Les questions de viol sont systématiques et automatiques. Cela ne se discute pas.
L’autre difficulté est que vous avez certaines femmes qui, lorsque le processus est enclenché, suite à des pressions qu’elles subissent, viennent vous voir pour vous demander de le suspendre. «Je ne voudrais pas aller au bout parce que je suis femme. Je ne pourrais pas traduire mon époux devant les juridictions. Sinon, on va me chasser et, si mon mari est condamné, qu’est-ce que mes enfants vont manger ?».
Voilà autant de difficultés, de considérations que nous devons prendre en compte. Mais dans l’un ou l’autre des cas, nul n’est au-dessus de la loi. La loi doit pouvoir s’appliquer à chacun et elle s’impose à tous, que nous soyons refugiés ou non.

Quelles pourraient être les voies de recours ?

Nous partageons avec nos amis étrangers, mais qui vivent en terre béninoise, ces voies de recours, parce que lorsqu’ils sont victimes d’un cas de violence, ils peuvent se porter vers les structures pour leur prise en charge. La première des structures est le ministère en charge des Affaires sociales, à travers ces structures déconcentrées, notamment les Centres de promotion sociale et bien d’autres.
Mais le ministère ne travaille pas de façon isolée. Il travaille en synergie avec bien d’autres structures sectorielles, notamment le ministère de la Sécurité publique à travers la Police. Nous avons le ministère de la Santé où l’on traite des questions de viol et de délivrance de certificats médicaux. Le ministère de la Justice est là pour réprimer.
Lorsque nous nous intéressons aux cas spécifiques, le ministère de l’Éducation intervient, parce que les violences au niveau du système éducatif sont d’actualité. Et là, c’est aussi les ministères de l’Enseignement et bien d’autres ministères qui interviennent. Il y a également quelques structures sans oublier le rôle très important et déterminant des Organisations de la société civile.
Les Osc s’investissent au jour le jour dans la promotion des droits de la femme en général, des droits de la personne humaine et des filles en particulier. Elles sont nombreuses. Nous avons également les partenaires techniques et financiers qui accompagnent tous ces ministères sectoriels dans l’accomplissement de tout ce qui est lutte contre les violences basées sur le genre dans notre pays.
Dans l’un ou l’autre des cas, pour y arriver, il faut vraiment agir avec la femme elle-même. Agir sur l’homme, agir avec la société en impliquant toutes les composantes de la société. C’est un travail de synergie.

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