Fidèle Anato dit «le baobab» au sujet de la dernière année artistique :«Je pense, sans remords, que le public n’a pas assez vu mon travail»

Par Josué F. MEHOUENOU,

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L’année 2014 s’est achevée sur un bilan mi-figue, mi-raisin pour la plupart des acteurs culturels du Bénin. Le comédien Fidèle Anato, “le baobab” comme l’appellent certains, l’a achevée sur des notes de satisfaction. Sans être la meilleure de la jeune carrière à peine démarrée, 2014 lui a néanmoins souri sur plus d’un plan et il l’évoque à travers cet entretien.

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La Nation : Fidèle Anato, l’année artistique qui vient de s’achever a été abondante et foisonnante pour vous en termes de créations et de présence sur scène ici comme ailleurs. Dites-nous ce que vous retenez de 2014 ?

J’ai envie de dire rien de regrettable en 2014. Mais je crois que ce serait trop prétentieux de me décerner une palme aussi sublime. Ce que je peux ranger dans le casier des regrets, c’est le regard demandeur du public. Je pense, sans remords, que le public n’a pas assez vu mon travail. Du moins, le public béninois ne nous a pas assez vu, écouté et entendu. L’extérieur nous a beaucoup absorbé et c’est tant mieux pour les couleurs nationales que nous défendons vaille que vaille. Néanmoins pour nous, des dix millions de béninois, malgré l’allure commerciale très appréciée de nos VCD et les nombreux spectacles et tournées de sensibilisation émanant de notre compagnie, le 1/10e des Béninois n’a pas encore été touché, possédé, métamorphosé et récupéré par notre art. L’autre chose qui semble n’avoir pas été bien fait, c’est la promotion de nos œuvres, faute d’accompagnements conséquents. Nous avons pu faire ce que nous pouvons pour afficher notre présence sur le marché.

Vous étiez en France pour une tournée avec «Maïa», votre spectacle fétiche de conte et d’humour. Comment s’est passée cette aventure ?

Oui, la fameuse tournée de tous les succès. C’était émouvant, fabuleux et prestigieux à la fois. Tout a commencé à Fifa Djeounkpe, un festival dédié à Feu Théodore Béhanzin alias Cossi et organisé par Ignace Yetchénou en partenariat avec la mairie de Bohicon. C’était à Bohicon. Les partenaires de la Communauté d’Agglomération Seine-EURE (C.A.S.E) en France étaient au Bénin et précisément à Bohicon en février 2014. Et c’est à cette occasion que nous avions été sollicité pour jouer «Maïa» version duo à la maison des jeunes de la commune. Cette représentation, malgré les nombreuses prestations artistiques, a retenu l’attention des partenaires français. Quelques mois plus tard, nous avions été contacté depuis la France, puis de Bohicon, pour nous faire part de la bonne nouvelle de notre sélection pour une tournée française dans le cadre de la semaine de la solidarité en novembre 2014. Ces partenaires ont apprécié le spectacle d’une part parce qu’ils y ont retrouvé, selon leurs propos, un concentré de la culture béninoise, d’autre part parce que la thématique principale de la solidarité et de la tolérance cadrait avec leur initiative de semaine de la solidarité en France.

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Parlons de votre participation à la 12e édition du Festival international du théâtre du Bénin (FITHEB) en tant que conteur et du festival lui-même !

La 12e édition du FITHEB relève déjà du passé. Et fort heureusement, cette transition a eu lieu malgré tout. Sinon, tout le monde savait ce qui nous guettait ainsi que tout notre théâtre. S’agissant de mes apports, ils sont constructifs et se déclinent en deux points : d’abord mes observations puis mon appréciation et mes contributions. J’ai constaté que pendant que toutes les troupes ont été soumises à des appels à candidature dont les résultats étaient connus, quelques-unes présélectionnées ont bénéficié d’un traitement particulier qui les a conduits dans la programmation officielle IN au détriment d’autres qui ont été laissées ou programmées en Off. C’est discriminatoire pour les compagnies et troupes béninoises qui se battent toutes quotidiennement et au même titre sur le terrain et qui devraient être logées à la même enseigne, bénéficier d’une même égalité de chance et être soumises au même processus de sélection pour la transparence.
J’ai remarqué aussi qu’il y a eu beaucoup de retard dans les démarrages des spectacles et pratiquement partout. Cela peut s’expliquer par les délais courts pour l’organisation mais de toute façon, les étrangers eux jugeront sans considération d’antériorité quelconque. Je le dis donc pour qu’on y fasse attention les prochaines fois. Il y a eu quelques petits ratés. Certains spectacles étrangers n’ont pas, selon mes observations, tenus la route pour le niveau du FITHEB. J’ai aussi remarqué, et c’est très positif, que les salles étaient relativement remplies. Seulement, la mobilisation populaire assez réussie autour du village du FITHEB à Akpakpa n’a pas été assez mis au service des salles de spectacles qui n’étaient pas souvent bien remplies. Concernant mon appréciation pour le FITHEB de transition, c’est un pari gagné pour le directeur Ousmane Alédji et son équipe à qui je dis bravo et félicitation. Pour ce qui est de ma vision pour le théâtre béninois, nous devrons inexorablement nous inscrire dans la logique de la formation des acteurs du secteur et encourager les compagnies à développer les autres métiers annexes à la pratique scénique.

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Les projets, vous n’en manquez pas… Dites-nous les plus imminents qui vous taraudent l’esprit ?

Je peux vous citer à ce propos une tournée nationale scolaire et sous-régionale avec Maia / Vivre et Rire / Adjrou / Création du Roi nu de Hans Andersen…

Un appel à lancer pour conclure cet entretien ?

Je crois que si on passe une année comme celle que nous venons de boucler au LABEL MAFI’ART (Avec tant de projets réalisés, tant de représentations du Bénin à l’extérieur et tant de tournées nationales et de communication), sans prétention aucune, on est en droit de souhaiter une assistance particulière de la part des autorités en charge de la culture que, nous remercions pour tout ce qu’ils font déjà tout en souhaitant mieux car : «Tant qu’il reste à faire rien n’est encore fait», dit l’adage.