Fête des religions traditionnelles:Les adeptes boycottent la célébration à Agoué

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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La ville d’Agoué qui grouillait d’habitude de monde lors de la fête, n’a connu aucune manifestation festive, ce 10 janvier. Non pas à cause de Covid-19, mais en raison d’une ‘’sainte-colère’’ des dignitaires et adeptes de cultes qui pourrit l’atmosphère depuis plus d’un mois et demi.

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Couvents fermés. Dignitaires et adeptes de cultes en colère. Pas de procession ni réjouissances. … L’édition 2021 de la fête du 10 janvier est passée sous silence à Agoué, malgré la présence des 26 couvents et des 41 divinités que compte cette cité de la commune de Grand-Popo.
Si à cause de la pandémie de Covid-19, des autorités ont préconisé la célébration en toute sobriété, la raison principale de cette situation reste le mot d’ordre de boycott lancé par les hauts dignitaires de cultes de la localité et qui a été largement suivi par les adeptes.
En effet, depuis la soirée du 23 novembre 2020, les gardiens des temples de divinités (Ata) expriment leur mécontentement en solidarité aux adeptes de la divinité Agba qui accueille les cadavres des personnes victimes de la foudre et donc du dieu-tonnerre Hèbiosso. Des individus seraient envoyés détruire le fétiche qui se situe à
Follykomey en face du palais royal de sa majesté Sossa Folly-Awon Danhouénou, un roi contesté par une frange de la population depuis quelques années.
Une volée de bois vert marquée par des jets de pierres et autres s’en est suivie et a fait des blessés. « C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et qui explique notre boycott », confie Théophile Amah Téko, président de la collectivité Amah Ayi Adibounou. Pour ce 10 janvier, il a cadenassé le couvent Kpessou Sodonmey qui contient des divinités Ata-Kpessou, Avoudoupou Mama-Kolley, Togbé Gnigblin, et dont il détient les clés de son ancêtre Ayi Adoho Ata-Kpessou arrivé d’Accra-Téchié en 1816.
Le temple de la « Racine mystique d’Adjigo » qui, en temps normal, est pris d’assaut par une foule de dignitaires, d’adeptes et de curieux, est resté cette fois-ci désert, tout comme les temples Adjigo Obaba Baadji, Ata
Sakpata Ahouanïzan de la collectivité Woèdè, la maison royale Ahouégan où ont résidé d’anciens rois.

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Parer au plus pressé

Le régent du trône Agouèdjigo, Mensah Kovi Vivouin, rencontré au quartier Kpota, ne cache pas son amertume face à la situation. Le patriarche nonagénaire appelle les autorités politico-administratives à parer au plus pressé, pour ramener le calme et la quiétude et surtout éviter d’autres dérapages éventuels, la tension étant encore vive et les adeptes ne décolérant toujours pas.
Passé le 10 janvier, ces derniers entendent renouer avec les manifestations de mécontentement et les chants hostiles contre ceux qu’ils considèrent comme l’« ennemi » jusqu’à ce que leur cause soit entendue.
Il faut noter que quelques dignitaires ont tenu néanmoins à honorer leurs divinités mais dans l’intimité familiale. C’est le cas de Hounnon Gnigblin Moatey Abbévi au quartier Sankohoué. Le quinquagénaire a procédé à une libation et invoqué les mânes des ancêtres pour que la paix revienne dans la cité et que les activités des uns et des autres prospèrent.
Comme lui, Alagba Romao, dignitaire du culte Egungun de la collectivité Amouchan Lachilo Romao, a prié avec ses frères et sœurs, pour toute la nation et les autorités à divers niveaux qu’il appelle, lui aussi, à s’intéresser à la situation que vit Agouè.