Exposition à l’Institut français de Cotonou: Les femmes souveraines sous les projecteurs

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Le 8 mars occupe la salle d’exposition de l’Institut français de Cotonou depuis plusieurs jours. Cinq artistes aux parcours divers exposent la femme, lui donnent du pouvoir, la vénèrent et surtout la célèbrent. Non pas seulement sous le sceau du 8 mars, mais parce que souveraine et mère de l’humanité, la femme l’était, l’est et le sera.

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L’exposition collective que présentent Ishola Akpo, Sènami Donoumassou, Joannès Mawuna, Moufouli Bello et Sophie Négrier en hommage à la femme pour la journée qui lui est dédiée chaque 8 mars est intitulée « [In]visibles, femmes souveraines». Pourtant, chacun d’eux a mis sa touche de manière à rendre visibles des femmes d’exception et à leur donner du pouvoir. L’exposition donne à voir le pouvoir de la reine Tassi Hangbé.

L’inconnue ou alors la méconnue reine de l’ancien royaume du Dahomey. Pourtant, elle a régné avec force et caractère entre 1709-1711 sur ces terres à visages masculins dominants avec une vigueur sans pareille. Le passage de la reine fait partie de l’histoire brouillée de ce royaume que tentent de réhabiliter historiens et descendants. Sènami Donoumassou vient renforcer ce combat.

Elle a fabriqué « Une récade pour la reine ». L’objet appartient à la collection du petit musée de la récade logé à Le Centre de Lobozounkpa. L’œuvre est un assemblage de bois, cuivre, bronze et raphia. « Dans une dimension narrative, par la mise en relation d’un ensemble de symboles, la plasticienne a essayé à travers son œuvre de réhabiliter cette reine ». De la royauté à la modernité, Sènami Donoumassou ne fait qu’un pas avec son installation « À sac ouvert ». Une sorte d’hommage à la femme d’aujourd’hui. Elle livre en physique le contenu de son sac à main. Mais l’esprit de cette installation et la présentation qu’en fait l’artiste illustrent plutôt ces mille et un objets silencieux, compagnons quotidiens de la femme, mais aussi expression des émotions, de ses états d’âme et parfois de ses besoins et envies.
Derrière elle, un autre amoureux de la royauté, Ishola Akpo avec ses « Agbara Women ». Le photographe invite à un voyage dans le royaume des femmes de pouvoir. « J’ai constaté dans notre histoire contemporaine qu’on ne nous raconte que les prouesses des rois et des colons. Pourtant, entre le 17e et le 18e siècle, les femmes ont pu résister et dire non aux forces étrangères. Parmi ces femmes, on peut citer la reine Njinga en
Angola, Ndaté Yalla au Sénégal, Tassi Hangbé au Dahomey…», explique-t-il. A ces femmes, l’artiste redonne ainsi une place dans « la complexité des sociétés contemporaines mondialisées, où les liens séculaires se défont et concèdent de nouvelles normes». Il plonge le visiteur dans l’emblème de la résistance et donc de la force, à travers des figures fortes et fermes. Belle passerelle pour son clin d’œil à la femme contemporaine à qui il tend aussi la perche.

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Pouvoir et brise-tabou

Moufouli Bello est aussi pour le pouvoir de la femme. Il n’a pas peint Tassi Hangbé, mais plutôt «Hangbé ». Une peinture sur toile titrée qui fait l’apologie de la reine oubliée, mais qui se veut aussi une caricature de ce que devrait être la femme des temps présents.

Parlant des femmes des temps présents, on ne peut ignorer leur pouvoir de séduction dont l’un des éléments déterminants reste le sein. Sur ce petit organe au pouvoir exorbitant entre maternité et séduction, Sophie Négrier a réalisé une carte communautaire intitulée « Icamiabas». Des seins pour tous les âges et pour tous les goûts inondent cette installation panoramique inspirée par Icamiabas, une tribu amérindienne composée exclusivement de femmes vivant dans la région septentrionale du Brésil.
La philosophie de l’œuvre cadre bien avec celle de l’exposition qui voudrait rappeler que chaque femme est une amazone à travers sa force et son pouvoir, quels qu’ils soient. Joannès Mawuna occupe les dernières allées de cette exposition, lui aussi avec ses femmes. Femmes de pouvoir et d’audace qui ont choisi de braver aussi bien les regards de la société que l’apparente domination des hommes. Joannès fait pleins feux sur elles à travers un travail de recherche qui sort les clichés inhabituels de la femme. Fondeuse, Soudeuse, Mécanicienne… Le photographe donne à voir des femmes brisant les
« eurs» en « euses » sans complexe.