Epiphane Sètondji Hossou, directeur général de l’Abssa: « Les mauvaises pratiques mettent à mal le soja du Bénin sur le marché chinois »

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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L’exportation du soja du Bénin vers la Chine se heurte à des pratiques peu orthodoxes qui risquent de plomber l’opportunité qu’offre l’accord entre les deux pays. Epiphane S. Hossou, directeur général de l’Agence béninoise pour la Sécurité sanitaire des aliments (Abssa), évoque ici la nécessité de respecter les exigences phytosanitaires et autres pour le maintien durable du soja béninois sur le marché chinois.

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La Nation : Les expéditions du soja du Bénin vers la Chine ont commencé et l’on note déjà des mauvaises pratiques. Parlez-nous-en !

Epiphane Sètondji Hossou: Qu’il vous souvienne que le gouvernement du Bénin a demandé et obtenu de la République populaire de la Chine, l’inscription du soja-grain sur le marché chinois. Cela s’est traduit par la signature, le 18 septembre 2019, d’un protocole d’accord entre le Bénin et l’Administration générale des Douanes de la République de Chine (Gacc). Il est donc impératif pour les acteurs de cette filière, en particulier les entreprises exportatrices enregistrées auprès de l’Agence béninoise pour la Sécurité sanitaire des aliments (Abssa), de respecter les clauses de cet accord pour maintenir durablement ce vaste marché prometteur pour le Bénin. Cela passe par le respect des exigences phytosanitaires liées à l’exportation du soja du Bénin vers la Chine, mais aussi des exigences sanitaires.
Lorsque les exportateurs ont appris que le Bénin a pu inscrire le soja sur le marché chinois, il y a eu un engouement. Mais déjà, lors des premières expéditions, on a commencé à constater des dérapages. Il s’agit notamment du non-respect des procédures de contrôle et des exigences phytosanitaires et de la falsification des documents officiels devant accompagner le soja à l’exportation.

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Expliquez-nous davantage !

Lorsque l’exportateur s’enregistre auprès de l’Abssa et remplit toutes les conditions pour exporter, il doit adresser une demande à l’Abssa pour pouvoir déclencher la procédure de contrôle et d’inspection. C’est cela qui n’est pas fait. Des exportateurs se contentent d’envoyer des échantillons et disent qu’ils veulent des analyses pour exporter le soja. Il faut respecter la procédure. La demande d’inspection et de certificat pour l’exportation du soja doit contenir les précisions nécessaires. Et l’Abssa déclenche à son tour la procédure jusqu’à ce que l’exportateur ait les certificats requis.
Autre pratique, l’on a constaté que des commissionnaires agréés en douane (là, je les indexe ouvertement et directement !) qui devraient faire les formalités pour les entreprises exportatrices, s’adonnent à un sale jeu de falsification des documents officiels. Or, les relations qui existent entre le Bénin et la Chine nous permettent rapidement de détecter ces cas de fraude.

Que risque le Bénin avec ces mauvaises pratiques ?

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Bien que s’appliquant au soja du Bénin, les normes et exigences chinoises sur la sécurité sanitaire et la qualité des denrées alimentaires et aliments de bétail ne sont pas pris en compte dans le protocole d’accord. Cependant, les clients chinois sollicitent ces exigences sanitaires de qualité à travers la demande de divers certificats.
D’après le protocole d’accord signé avec la Chine, il est impérieux pour nous de mettre en place des modalités dans le but de respecter les clauses y afférentes. Nous devons très tôt mettre fin aux mauvaises pratiques et nous donner des règles à suivre pour pérenniser ce marché. Sinon, nous risquons de perdre ce grand marché et un marché perdu pour cause de mauvaises pratiques, est difficile à reconquérir.

Qu’encourent les fraudeurs ?

Les textes ont prévu des sanctions dont le retrait d’office de la liste des exportateurs.

Quelles sont les conditions à remplir pour exporter le soja du Bénin vers la Chine ?

Pour exporter le soja vers la Chine, il y a des préalables comme je le disais tantôt. Il faut d’abord être enregistré auprès de l’Abssa en tant qu’entreprise exportatrice de soja. Il faut fournir à l’Abssa le permis d’importation du soja délivré par l’Administration générale des Douanes de la République de Chine. C’est-à-dire que c’est celui qui va prendre le soja en Chine qui doit fournir une copie authentique du permis d’importation.
Après cela, il faut s’assurer que l’entreprise, une fois enregistrée au Bénin, figure dans la base de données de la Gacc. Ensuite, l’entreprise envoie une demande d’inspection et de certificat à l’Abssa qui délivrera les certificats requis. Mais je tiens à souligner que ce n’est pas seulement auprès de l’Abssa qu’il faut prendre des certificats. Il y a un certificat phytosanitaire qu’il faut prendre au niveau de la direction en charge de la Protection des végétaux ; un certificat d’origine à prendre auprès de la direction générale du Commerce (Dgc). Les certificats de non Ogm (Organisme génétiquement modifié) et de qualité sont à prendre auprès de l’Abssa. En plus de tout cela, il y a d’autres certificats que l’importateur demande de manière spécifique ainsi que les formalités douanières qu’il faut remplir pour obtenir le bordereau de livraison (Bl).