Entretien avec l’auteur Christ Kibeloh : « Je me suis formé en comptant sur mon imagination »

Par Josué F. MEHOUENOU,

  Rubriques: Culture |   Commentaires: Aucun


Jeune Congolais de 25 ans à peine, Christ Kibeloh fascine par sa jeune mais ondoyante plume. Il la plonge à volonté dans plusieurs maux sociaux, même si la lutte contre le harcèlement reste au cœur de son oeuvre. Sur la toile, le jeune auteur s’est taillé une bonne réputation et n’en finit pas de pousser loin ses rêves. Ambitions qu’il dévoile à travers cet échange !

LIRE AUSSI:  Moïse-Marceliano Loko : Un talent qui fera parler de lui en musique

La Nation : Christ Kibeloh, c’est qui ?

Christ Kibeloh : Je redoute chaque fois la partie présentation, car il est souvent difficile de parler de soi. Mais je ne vais pas échapper à la question. Je réside en France depuis bientôt dix ans. Et je suis un jeune écrivain et scénariste, auteur de quatre ouvrages. Dans quelques jours, je fête mes 25 ans. En dehors de l’écriture, je travaille en qualité d’assistant d’éducation dans un collège.

D’où vous est venue l’envie de devenir romancier ?

L’écriture était un passage inévitable dans mon parcours, je débordais de beaucoup d’imagination. Je suis certes très jeune, mais j’ai un grand vécu et certains souvenirs me traversaient l’esprit. À force, je ressentais le besoin de prendre la plume pour déposer mes fardeaux et m’exprimer.

A peine 25 ans et déjà quatre ouvrages. Vous écrivez pour écrire ou quel est le mobile de votre engagement littéraire ?

J’écris pour apporter de la chaleur et de l’émotion au lecteur, je suis un engagé dans l’âme, un homme qui veut combattre l’injustice, le harcèlement, puis l’acception de soi. J’ai souvent croisé au quotidien des personnes qui avaient perdu foi en la vie, d’autres étaient au bord du chaos. Voir l’état de ces gens a été un grand déclic dans mon engagement à écrire pour leur donner des pistes et des clés à suivre pour reprendre goût à la vie. Je pense toujours au positif et je m’interdis de croire en l’impossible.

Votre courbe d’auteur n’est pas rectiligne. Vous survolez les sujets à votre guise. Option délibérée ou envie de toucher à tout ?

Je ne me fixe aucune limite, je me laisse guider par mon inspiration et Dieu en qui j’ai foi et en qui je crois. « Yéhoshoua Mashiah » m’a fait grâce en me donnant ce talent. Je n’étais pas destiné au monde littéraire, et je n’ai jamais fait d’études de lettres mais lorsque j’ai commencé à écrire, je me suis rendu compte que c’était une mission que je devais mener. Mes sujets sont donc ciblés, le message reste le même, « rien n’est impossible». Si j’ai réussi à me faire une place dans la littérature, d’autres peuvent aussi franchir le pas dans ce domaine ou ailleurs. Seuls la volonté, le travail et la persévérance comptent, sans oublier la foi en Dieu car c’est lui le maître de toutes choses.

LIRE AUSSI:  Florent Hessou à propos de la fête de la musique: «L’extraversion culturelle fait oublier les rythmes locaux»

Votre littérature fait la part belle à la lutte contre le harcèlement. Ce combat résulte d’une expérience personnelle ou est-ce l’illustration de votre engagement citoyen ?

Personnellement je n’ai jamais été victime. Etant aujourd’hui une voix qui compte grâce à mon influence sur les réseaux sociaux, et de ma modeste notoriété, je me suis senti obligé de venir en aide aux victimes de ce crime, et oui pour moi le harcèlement est un crime. Je reçois énormément de messages et des témoignages de ceux qui subissent. Cela me pousse à parler et à devenir un des ambassadeurs de cette lutte.

Qu’est devenu votre rêve de footballeur ?

Le football fait partie de l’histoire qui m’a permis d’être celui que je suis aujourd’hui. Me concernant, la parenthèse est fermée, maintenant je me suis construit au futur.

Pourquoi tout passionné de foot que vous êtes, votre plume ne s’intéresse pas à ce sport ?

On parle déjà assez du football, à travers la télé, la presse, etc. J’avais donc besoin de sortir de la masse pour me concentrer sur les réels problèmes de la société.

S’il faut procéder à une classification, où peut-on situer votre littérature ?

Donner une classification sera difficile, car je suis un amoureux de ma double culture, je suis à la fois, originaire d’Afrique et aussi un citoyen français. Ce supplément me donne le droit de clamer que je contribue à l’enrichissement de la littérature francophone.

LIRE AUSSI:  6e édition de la nuit du pagne tissé: Aurélie Adam Soulé Zoumarou pour la promotion de l’artisanat béninois

Est-elle engagée, sociale, distractive…. ?

Je pratique une littérature de plus en plus engagée, car je mets ma plume en contribution pour dénoncer certains faits d’actualité.

Vous avez publié dernièrement « Une vie d’enfer ». Parlez nous un peu de cet ouvrage, de sa genèse !

‘’Une vie d’enfer’’ regroupe plusieurs thèmes. Le roman relate l’histoire d’un jeune homme âgé de 18 ans au départ, qui est touché par une malédiction qui le pousse à se retrouver toujours aux mauvais endroits. Dans l’éducation européenne, on se considère adulte et responsable à l’âge de 18 ans. Un âge tellement attendu qui se transforme généralement en source de problèmes pour ceux qui décident de tourner le dos à la famille de façon prématurée pour aller affronter la vie sans aucune expérience. Ce qui était le cas de Yann, le protagoniste de mon ouvrage. À sa majorité, il décide de tout plaquer pour suivre l’amour de sa vie qui se transformera en un cauchemar. Je parle également de l’influence négative des médias, de la mauvaise gouvernance et de l’éducation. Plein de sujets qui concernent la vie de chacun d’entre nous.

Vous arrive-t-il d’évoquer le Congo, votre pays natal dans vos écrits ?

On retrouve le Congo dans tous mes ouvrages à l’exception de «Marie » dont le récit se déroule entièrement en France. Vous savez, j’aime tant ce pays, je l’affectionne comme ce n’est pas permis. Dieu m’a donné la chance de naître là-bas et de passer une grande partie de mon enfance. Ce n’est pas ironique. Car lorsqu’on parle du Congo maintenant, on l’associe à la situation politique et on inonde la nation de critiques. Le Congo est une terre littéraire dont la culture, les mythes et les légendes m’accompagnent dans mes compositions littéraires.

On a entendu dire que vous aviez des projets au cinéma. Qu’en est-il réellement ?

LIRE AUSSI:  Moïse-Marceliano Loko : Un talent qui fera parler de lui en musique

Le cinéma était mon second rêve, j’ai toujours rêvé de paraître à l’écran, de prendre un rôle et être à la place des célèbres acteurs qui ont marqué mon enfance. Le destin fait bien les choses, j’écris des scénarios et j’ai décidé de passer à la réalisation. Ça ne sera pas un film d’action, ni de comédie mais un film sur le harcèlement.

Votre plume a-t-elle des influences ? Quels auteurs vous inspirent ou qui sont vos modèles ?

Des influences non, je suis un autodidacte, je me suis formé seul en comptant uniquement sur mon imagination et sur Dieu. Comme je l’ai souligné plus haut, je ne viens pas du monde littéraire. Ce qui signifie que je lisais très peu. La littérature n’était pas une passion pour moi. Mais j’aime beaucoup Alain Mabanckou, qui est un modèle et une référence. Je pense également à Albert Camus et pour finir à Hubert Ben Kemoun.

Beaucoup vous ont accusé d’être resté silencieux sur le décès de George Floyd. Que répondez-vous ?

Je vais profiter de l’occasion pour répondre aux personnes qui m’écrivent pour savoir pourquoi je suis silencieux face à l’actualité de ces jours, je parle bien sûr du décès inacceptable et prématuré de George Floyd. Les images m’ont profondément choqué. Des personnalités ont pris la parole, pour dénoncer le racisme. Je salue leurs initiatives. Et je compatis à la douleur de toutes les familles. Si je n’ai pas réagi c’est tout simplement parce que la justice humaine est dépassée, elle ne fera rien qui puisse apaiser les familles, ni ramener à la vie les membres de la communauté que nous avons perdus. Je me fie toujours à la justice divine, elle est sans corruption et parfaite. Que ceux qui luttent le fassent dans le respect, sans inciter à la haine.