Edito: Le facteur jeune

Par Paul AMOUSSOU,

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Y a-t-il des jeunes dans les starting-blocks ? Les grandes mutations en vue sur l’échiquier politique national amènent naturellement à s’interroger sur le facteur jeune, dont dépend aussi le renouvellement souhaité. Marquée par une certaine désaffection, la politique au Bénin est perçue avec beaucoup de suspicion et de détachement de la part des jeunes.

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Certains d’entre eux s’engagent cependant en politique. Mais pour quelle finalité ? Quelle sera la place des jeunes dans les prochaines joutes électorales, en premier les législatives ? Incontestablement, sur les deux rives, du côté de la mouvance et de l’opposition, les jeunes jouent des coudes pour se faire une petite place au soleil sur les landes politiques, face aux cadors aux dents de morse. Mais rien de coercitif en soi et de nature à faire peur aux anciens, si ce n’est la petite musique ordinaire pour marquer leur existence sous la couverture de quelque parrain (encore des anciens) sans qui personne ne les entendrait au fond. En cela, la boutade de feu le président Justin Tométin Ahomadégbé laissant croire que « La jeunesse béninoise (par opposition à celle dahoméenne) ne sait pas se fâcher, colle à la peau à ces jeunes qui subissent les faits sans regimber, atones. Amorphes certainement, en pantouflards adeptes de solutions faciles. Et couillons assurément. Il suffit de les voir détaler devant une grenade lacrymogène pour s’en convaincre. Lol, comme on dit de nos jours pour exprimer sa rigolade ! 

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De fait, sur la scène politique béninoise, on ne sent véritablement aucune transition générationnelle. Le rajeunissement de la classe politique, souhaitable, selon toute évidence, a peu de chance de se réaliser de si tôt. Car aucune génération montante, prête à prendre le relais ne tranche et ne se manifeste véritablement aux portillons des vieux de la classe (politique) qui, on s’en doute, ne raccrocheront pas les gants, quand bien même la lutte pour se maintenir sur le ring politique est féroce. Que fait-elle d’ailleurs pour s’affirmer, s’imposer ? Qu’attendre du reste, au-delà de l’ambition timidement affirmée, de cette jeunesse active en politique qui calque ses pratiques sur celles de ses aînés dont on ne peut qualifier le modèle sans les offusquer ? Peut-on, pour cette raison comme pour d’autres, miser sur la jeunesse engagée en politique aujourd’hui, sans être tenaillé par la peur de la voir pérenniser le système actuel en cause, voire faire pire ?
Là réside la problématique du renouvellement générationnel, plus que toute considération liée au jeunisme. Car, quel idéal portent les jeunes actifs en politique et quel est leur déterminant mis à part profiter des ors du pouvoir comme leurs aînés ? La problématique tant qualitative que quantitative de la participation politique des jeunes ne parait que plus évidente. Considérés comme le «fer de lance de la nation», les jeunes sur qui leurs aînés dissertent à satiété et à coups d’expressions tout aussi métaphoriques que flatteuses les unes que les autres, n’occupent une place importante que dans les discours paternalistes de ceux-ci. Ils doivent, par conséquent, prendre leur destin en main. Au Bénin, il y a eu la génération des combattants pour l’indépendance, celle post indépendance, puis celles post Révolution et d’après Conférence nationale. De toutes, les deux premières ont fait leurs preuves jusqu’à n’en plus pouvoir, au point même de marcher sur les plates bandes des deux dernières générations. Ces dernières, en mal de cause, sont, comme qui dirait, lobotomisées en plus de se laisser phagocyter à peu de frais?