Deux femmes élues maires dans le Plateau: L’effet d’une transformation sociale

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Au terme du scrutin communal et municipal du 17 mai dernier, le département du Plateau a connu l’élection de deux femmes maire, notamment Lucie Ablawa Sessinou à Kétou et Karamatou Fagbohoun à Adja-Ouèrè. il s’agit là du couronnement d’une longue aventure ponctuée d’engagement et de combativité.

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Lucie Ablawa Sessinou, chef de l’exécutif communal de Kétou et Karamatou Fagbohoun, aux commandes à Adja-Ouèrè. L’élection de ces deux dames renforce la représentativité des femmes politiciennes. Portées en triomphe au terme des élections communales et municipales du 17 mai 2020, elles symbolisent à la fois l’espoir et la fierté de leurs localités respectives. Sur quatre femmes maires que compte le Bénin sur les 77 édiles, le Plateau détient à lui seul deux.
Cette prouesse des élues conseillères ne passe pas inaperçue quoique le militantisme politique reste le fort des femmes du département du Plateau.
« Lorsqu’on reste dans les questions électives démocratiques modernes, on peut dire que cette percée des femmes conseillères dans le Plateau est une première. Mais lorsqu’on reste dans l’organisation sociale, la détention du pouvoir, dans les anciens royaumes à forte organisation sociale, le pouvoir yoruba, le pouvoir d’Oyo a accordé davantage de rôles à la femme que le pouvoir royal fon », souligne Dodji Amouzounvi, sociologue.
« Quand on connaît l’organisation sociale de nos anciens royaumes, on ne peut pas dire que la femme n’est pas détentrice de pouvoir », poursuit-il.
Si Lucie Ablawa Sessinou signe son retour à ce poste qu’elle a perdu en 2008, avec la première mandature de la décentralisation dans cette commune, la nouvelle maire d’Adja-Ouèrè, quant à elle, doit son élection à sa force de regroupement politique et à sa vision.
Mais avant tout, les deux femmes maires, nouvellement élues à la tête des conseils communaux de Kétou et d’Adja-Ouèrè ont bénéficié de la confiance de leurs partis et des électeurs qui les ont plébiscitées pour conduire les destinées de ces différentes communes.
Pour en arriver là, chacune d’elles a dû batailler afin de convaincre les deux formations politiques auxquelles elles appartiennent.
Membre du Conseil communal sortant de Kétou et présidente du Réseau des femmes élues conseillères du Bénin depuis 2018, Lucie Ablawa Sèssinou est aussi un pilier important de l’Union progressiste. Elle place son mandat sous le signe d’une gestion transparente et équitable pour le développement de sa cité.
« Si c’est les compétences, nous en avons. Nous allons mettre en valeur toutes ces compétences et toute l’expertise que nous avons au sein du Conseil communal pour pouvoir développer Kétou », assure-t-elle.

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Récolte de bons grains

A Adja-Ouèrè, Karamatou Fagbohoun, fille de l’opérateur économique et président de l’ancien parti ”Mouvement africain pour la démocratie et le progrès” (Madep), Séfou Fagbohoun, prend les rênes de la commune. Elle accède à ce poste grâce à la bénédiction de son parti, le Bloc républicain. Elle est très active au sein de ce parti à travers ses sorties politiques et ses actions sociales. Son élection lui permet d’entamer une belle carrière politique. Femme politique influente dans le Plateau, la nouvelle maire d’Adja-Ouèrè est appelée à pérenniser les bonnes œuvres de son père. Elle a été la cheville ouvrière du ralliement de ce dernier à la mouvance présidentielle et entend s’inspirer du modèle de gestion du président de la République, Patrice Talon pour impacter sa commune.
« Dès cet instant, je suis le maire de tout le monde, sans distinction ni d’appartenance politique, ni de religion, ni d’origine. Je suis au service de la commune tout entière », indique-t-elle. Elle mise sur l’union et le développement pour réussir son mandat. «Rien de beau et de grand ne se construit dans la désunion, dans la division », assure-t-elle.
Le sacre de ces deux femmes maires n’est que la récolte des bons grains qu’elles ont semés des années durant et la reconnaissance de leurs partis pour leur combativité.
« Le fait d’avoir bravé le regard social, non seulement des hommes mais aussi de leurs consœurs est exceptionnel. Le fait d’avoir réussi là où les hommes ont échoué dans ce milieu très phallocratique, est exceptionnel. Partant de l’organisation sociale, on se rend compte que la femme a toujours détenu le pouvoir », souligne Dodji Amouzounvi.
Il analyse l’élection des deux conseillères comme un effet de la transformation sociale. « Les femmes (ndlr : candidates aux élections) n’avaient pas connu une telle ascension hier. J’analyserai cela comme une marche normale, une résurgence, une visibilité et comme l’une des mutations de l’ordre social, et il faut s’attendre à ce que les femmes arrivent de plus en plus à des niveaux élevés en politique», explique-t-il.
Si ces femmes sont parvenues à un niveau élevé au sein des instances communales, « c’est d’abord une question de société avant d’être une question d’éducation. Envoyer les femmes à l’école donne du crédit au combat de développement », développe-t-il.
Pour les six prochaines années, elles devront garder le même entrain au travail et poursuivre les efforts dans le sens du développement de leur localité, afin de continuer à mériter la confiance des populations et de leurs partis politiques, et surtout faire rayonner le milieu yoruba.