Des leaders de l’opposition et leurs militants dans les rues : Cotonou de nouveau en ébullition hier !

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Jusqu’au-boutistes, ils l’ont été, les acteurs politiques et de la Société civile réunis au sein de la Coalition des forces démocratiques qui ont projeté pour la matinée d’hier, mercredi 6 mai, une marche pacifique de protestation contre la tentative d’arrestation du député Candide Azannaï. Ni le communiqué de presse sorti la veille par le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité publique et des Cultes, encore moins l’impressionnant dispositif militaire et policier déployé un peu partout dans la ville de Cotonou n’ont eu raison de leur engagement.

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« Ça passe ou ça casse» ! Le mot d’ordre était clair hier dans le rang des acteurs qui ont annoncé une marche pacifique pour «sauvegarder les libertés et acquis démocratiques, protester contre l’enlèvement manqué de l’honorable Candide Azannaï…». En dépit de l’interdiction formulée par le ministre en charge de la Sécurité publique, les initiateurs ont battu le macadam et sont arrivés au bout de leur projet. Pourtant, très tôt dans la matinée d’hier, la forte militarisation de la place de l’Etoile rouge, point de ralliement annoncé par les manifestants et les détachements militaires et policiers positionnés à des endroits stratégiques de la ville laissaient croire que l’initiative avait été tuée dans l’oeuf. Jusqu’à neuf heures hier, les éléments des forces de sécurité et de défense qui avaient encerclé la place de l’Etoile rouge ne se sont pas doutés que les marcheurs avaient pris une autre option, celle de les surprendre. En tout cas, c’est ce qui va arriver peu avant 10 heures, lorsqu’à leur grande surprise, une foule compacte venant de la direction de Agontinkon a échoué sur le carrefour menant à cette place. D’aucuns avaient cru à une agitation mineure émanant d’un groupuscule de gens.

L’arrivée de Candide Azannaï change la donne

Erreur ! Les manifestants étaient en nombre impressionnant, certains habillés en rouge avec à leur tête, des jeunes et des femmes qui, balais en mains, scandaient des slogans hostiles au président de la République.
A leur vue, le dispositif sécuritaire posté sur place des heures plus tôt, s’est mis en branle. Une ceinture de sécurité a été formée après quelques concertations et visiblement, les hommes en arme étaient prêts à interrompre la progression des manifestants.
Face aux hommes des médias le 5 mai dernier, et réagissant à la tentative dite d’arrestation qui le visait la veille, le député Candide Azannaï avait annoncé qu’il serait au devant de la marche que projetait la Coalition des forces démocratiques. Cet engagement, le député de l’Union fait la Nation (UN) l’a tenu jusqu’au bout. Pour ceux qui ne l’avaient pas cru, il a traduit sa promesse en fait. De sa position, notre équipe de reportage n’a pas pu s’apercevoir avec précision son arrivée sur les lieux. Elle a été alertée par un attroupement soudain peu après 10 heures, au milieu des manifestants. En réalité, c’est le député qui, de l’intérieur de son véhicule, stimulait la foule de manifestants toute excitée. Après cet exercice, il est passé à une phase supérieure, en rejoignant les manifestants qui eux, gonflés à bloc, ont repris de plus bel, leurs slogans, «Edjinkonin Tchékéééé» relayés par d’autres. Tout porte à croire que l’élu du peuple et les siens avaient déjà peaufiné leur contre-stratégie pour dribbler les hommes en arme, une petite concertation est organisée au milieu de la foule entre Candide Azannaï, Eric Houndété, Lazare Sèhouéto et autres devanciers du mouvement. Après quoi, la surprise fut grande de constater que le cortège contre toute attente, a pris la direction de la voie pavée menant à Cadjèhoun via le carrefour Vodjè. Chants révolutionnaires, slogans hostiles au pouvoir en place, cris de cœur et autres ont ponctué cette virée vers une autre destination. Laquelle visiblement, se faisait à la grande satisfaction des manifestants dont le nombre grossissait au fur et à mesure que les minutes passaient. Jusque-là, aucun homme en uniforme n’avait été aperçu dans les parages.

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Les manifestants gazés au finish !

Les manifestants se doutaient qu’avec la nouvelle option prise par leurs leaders, celle de conduire leur mouvement vers Cadjèhoun, quartier résidentiel du président de la République, il y avait à parier que policiers, gendarmes et militaires les rejoindraient assez tôt. Et cela n’a pas raté.
Après plus de trois heures de manifestations sans heurts, on ne pouvait plus se douter d’un quelconque débordement. Pourtant, cela va arriver un peu plus tard alors que la foule avait entrepris d’échouer à la place des martyrs. Cette option trop risquée et certainement trop osée aux yeux des forces de défense et de sécurité va les obliger dans les encablures du Champ de foire de Cotonou, à passer à la vitesse supérieure, en lançant des gaz lacrymogènes. Débandade, mais surtout résistance aussi bien dans le rang des leaders de l’Opposition et des manifestants qui, à cette étape, avaient laissé le devant des choses au député Issa Salifou. A vrai dire, la situation semblait déjà échapper aux organisateurs qui n’arrivaient plus à passer les consignes aux leurs.
Ainsi, en seulement 72 heures, Cotonou s’est faite la capitale de la violence et des manifestations de rue avec des conséquences importantes. Fort heureusement, les leaders de l’Opposition, faisant le bilan de cette série d’évènements, promettent eux-mêmes déjà, l’accalmie.

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Le face-à-face manifestants-hommes en arme

Dix minutes après que la foule des manifestants ait pris la direction de la voie pavée Etoile rouge-Cadjèhoun, un important dispositif militaire et policier s’est ébranlé en leur direction pour s’installer sur le tout premier carrefour menant à l’Ecole nationale de management et d’économie appliquée (ENEAM). Mais cela n’a pas empêché ces derniers de poursuivre leur progression. A leur vue, Lazare Sèhouéto a entrepris de s’enquérir de l’objet de leur présence. Son premier interlocuteur, visiblement un colonel de la gendarmerie du nom de E. Agossounon (c’est ce qui est écrit sur sa tenue uniforme) le reçoit plutôt chaleureusement. Les deux hommes échangent convivialement et le député s’enquiert de l’objet de la présence du colonel et de ses hommes. «Nous avons reçu pour mission d’interdire votre manifestation, mais elle a déjà débuté… parlez à vos militants…». Inutile de rapporter ici l’entièreté des échanges entre les deux hommes que nous avons pu suivre de très près. Mais toujours est-il que la formule finale a été que manifestants et policiers doivent faire en sorte que tout se passe au mieux. Dans la foulée de ce conciliabule élargi à un autre haut gradé de l’Armée et au commissaire central de la ville de Cotonou qui a rejoint entre temps le dispositif avec ses hommes, il a été demandé aux meneurs de faire reculer leurs militants. Une proposition qui, non seulement n’est pas passée, mais s’est faite accompagner d’une menace de braver les forces de sécurité et de défense. Les émissaires se multiplient. Eric Houndété, Séraphin Agbahoungbata, Brice Tchanhoun… ce fut à un moment donné, un défilé pour trouver la solution. Pendant ce temps, les manifestants las d’attendre, menacent à plusieurs reprises de désobéir et de foncer. Une ceinture de sécurité de fortune se forme pour calmer les plus excités. Pendant que les négociations se poursuivaient toujours, ce sont des jeunes dames qui viennent au devant des éléments en arme, leur explique qu’ils sont leurs fils et qu’ils devraient laisser la marche se poursuivre. Des conducteurs de taxi-moto passent aussi devant pour le show, menacent, boudent et réussissent même à arracher le sourire à certains hommes en arme. Entre temps, l’hymne national est entonné pour réchauffer les esprits.
Ce dégel va durer environ une cinquantaine de minutes avec par moment, des instants de tension qui font croire à une escalade. Ce fut le cas par exemple lorsque le premier adjoint au maire de la ville de Cotonou, Léhady Soglo a fait son apparition de derrière le dispositif policier pour rejoindre les siens. Plusieurs autres menaces se feront sentir encore et les jeunes ont à maintes reprises tenté vainement de franchir le rubicond du tolérable que leur concédaient les éléments en arme. Les menaces étaient même devenues telles que des renforts sont venus à maintes reprises. Mais le dégel va se poursuivre et d’autres leaders de l’Opposition vont également se joindre à la masse, tels Amissétou Affo Djobo, Adidjatou Mathys, Eloi Aho…
Finalement, de concertation en concertation, ils en sont arrivés à une solution consensuelle, les hauts gradés de l’Armée et le commissaire central ayant fait l’option de ne pas user des moyens à leur portée. Mais on pouvait aisément observer les coups de fil incessants que recevaient ceux-ci et dont certains les exaspéraient parfois. « Eux, ils ne savent pas ce qui se passe ici », lancera tout furieux l’un d’eux, rangeant son portable dans l’une des poches de son treillis. Des indiscrétions recueillies sur place et à entendre certaines communications entre hauts gradés, il apparaît que tout usage de la forcé contre les manifestants a été écartée par ceux qui conduisaient la mission. Au finish, c’est la rue passant devant l’ENEAM qu’emprunteront les manifestants, vidant ainsi les lieux avec l’encadrement des forces de l’ordre.