Défis des prochains conseils communaux pour des villes durables: « Dessiner un modèle de 50 m2² de verdure par habitation », conseille Herbert Houngnibo

Par Alexis Meton,

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Œuvrer à la construction des villes vertes est l’un des défis que les prochains conseils communaux sont appelés à relever. Il s’agit d’un enjeu majeur pour contribuer à la création des villes durables. Dans cet entretien, Herbert Euloge Houngnibo, administrateur civil, évoque les mesures devant faciliter l’émergence de ce type de ville auquel le pouvoir aspire à travers la réalisation de divers projets. Entre autres, il conseille de dessiner de nouveaux modèles verts pour bâtir une ville durable.

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La Nation : Quel modèle vert préconisez-vous pour les grandes villes du Bénin ?

Herbert Euloge Houngnibo : Aujourd’hui plus que jamais, l’ordonnancement des agglomérations et la planification territoriale nous tiennent comme une ceinture retient un pantalon. Que sera la vie dans les nouvelles villes qui se développent à notre insu ? La ville est restée le lieu d’attraction de tous parce qu’elle regorge de projets d’investissements productifs et accueille des infrastructures lourdes et des services collectifs. Si son attrait provoque l’exode rural, la ville ne devrait pas être un cauchemar. Voilà pourquoi bâtir une ville durable revient à cerner les arbres urbains comme un poumon vert de nos agglomérations et à donner plus d’encre verte au critérium de l’urbaniste.

Comment réaliser ce poumon vert dans un contexte où l’on méconnaît la valeur écologique de l’arbre ?

Il faut planter des arbres au bon endroit pour en dégager un îlot forestier qui pourrait garantir la respiration, la qualité de la vie tout court. Il est courant d’entendre des plaintes de ce qu’il fait chaud ; de ce que les changements climatiques sont une fatalité. Pire, que la ville est maudite par Dieu parce qu’on pècherait beaucoup ! Les arbres en général et ceux plantés en ville en particulier permettent de lutter contre la pollution, de rafraîchir l’air ambiant, d’améliorer la santé des citadins et de développer la biodiversité urbaine. Ce ne sont pas des incantations de scientifiques forestiers. Il est prouvé ce qui est dit à la manière des revues scientifiques qui ne cessent de découvrir la relation entre l’arbre et la vie humaine. Ce n’est pas Science et vie, revue scientifique de notoriété et d’autorité qui dirait le contraire. Les arbres urbains en corrélation avec la spécificité des sols peuvent bien constituer une forêt urbaine. Vivre dans une ville verte, c’est accroître son espérance de vie. Les villes nues, c’est-à-dire sans arbres, ont souvent pour habitants des gens nerveux sans cause. Disons, pour faire court, des gens brutaux. Les sociologues devraient se pencher sur le tempérament des hommes qui vivent loin des endroits forestiers et ceux qui se contentent de quelques fleurs. La réactivité est toujours différente. Ceux qui vivent près des bois augmentent leur espérance de vie et tombent rarement malades. En filtrant l’air, les arbres permettent de préserver les populations des polluants. On peut donc conclure que l’arbre c’est la vie. La forêt en ville doit constituer un rempart contre la pollution de l’industrialisation. Pour ce faire, il faudra mettre à la disposition de l’urbaniste davantage d’encre verte.

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La balle est donc dans le camp des urbanistes ?

Les estimations des Nations Unies fondent notre inquiétude. En effet, selon le site de la Fao, 6 milliards de personnes, l’équivalent de 70 % de la population mondiale, vivront dans des villes en 2050. Mais l’urbanisation croissante ne doit pas être une fatalité. Et c’est à ce titre que l’avenir de l’humanité est au bout du critérium des urbanistes qui ont la lourde responsabilité de nous dessiner des villes durables. On peut souhaiter pour nos grandes villes, 50 m² de verdure pour chaque habitation. Cela passe par une politique de l’habitat sans faille. Créer des rues écocitoyennes, c’est affiner la conscience écologique des habitants. Les urbanistes ont sur leurs épaules le poids d’une nouvelle espérance. Les plans d’urbanisation à venir pourraient prévoir la création des zones de foresterie pour permettre que ce soit instauré un poumon de filtre des particules fines et polluants de l’atmosphère. La querelle foncière est un facteur limitant. Mais, l’Etat, partout, est chez lui.

Les conseils communaux ou municipaux sont en fin de mandat et devront se renouveler en ce mois de mai 2020. Les fruits ont-ils tenu la promesse des fleurs ?
L’appréciation de la vitalité de l’administration et de la gestion de nos communes pourrait se faire à travers quelques domaines qui me paraissent essentiels à savoir : l’exercice de la personnalité juridique et morale, le contrôle de tutelle et l’autonomie financière des collectivités locales. J’insiste sur l’exercice de la personnalité juridique et morale, car c’est le commencement de la mission. Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait qui il est et où il va. L’octroi de la personnalité juridique et morale a consacré le pouvoir de décision aux autorités locales. Autrement dit, la commune est titulaire de droits et d’obligations. Le contentieux apparu, cette dernière décennie, est dû à une divergence de lecture de certaines dispositions. Le contrôle de tutelle s’entend comme tous les mécanismes de contrôle qui permettent à l’Etat d’assurer la légalité des actes que posent les autorités locales décentralisées. La tutelle s’est manifestée par des actes forts comme des suspensions et des révocations. Sur la question de l’autonomie financière des collectivités locales, l’exercice effectif du pouvoir local suppose l’existence de ressources financières que la collectivité doit maîtriser afin de s’assurer que les services offerts aux citoyens répondent à leurs attentes. Je fais le constat que beaucoup d’efforts sont à fournir pour que les ressources locales ne servent pas à financer des activités sans intérêt pour la commune ou la municipalité comme ces balades sans projets en main de nos édiles. Un nouveau suivi se fait sentir avec 20 % pour l’investissement et 10 % pour le fonctionnement en ce qui concerne les communes ordinaires.
Par contre, pour les communes ayant des ressources substantielles, il est question de 20 % pour l’investissement et de 25 % pour l’entretien des infrastructures. En somme, il y a lieu de maîtriser les dépenses et d’accroître les capacités de mobilisation des ressources internes. Ce qui passe par un cadrage budgétaire.

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La campagne pour les élections communales est essentiellement médiatique du fait du Covid-19. Quels sont les thèmes majeurs que vous jugez utiles pour le débat municipal ?

Jamais le pouvoir des médias n’a été aussi sollicité. Les circonstances exceptionnelles mettent les nouvelles technologies de l’information et de la communication au centre du débat citoyen de proximité. Pour être élu, avoir des convictions est indispensable. Encore, faut-il savoir les exprimer. Cinq thèmes pourraient retenir l’attention à cet effet. Il s’agit par ordre d’importance, de propreté et environnement, aménagement et sécurité, social et santé, éducation et culture, démocratie locale et reddition de comptes. A l’heure d’internet et des réseaux sociaux, bien parler ne suffit plus. Pour capter l’attention, il faut savoir rester concis.

Quels sont les centres d’intérêts de ces thèmes majeurs que vous évoquez pour les grandes villes du Bénin ?

Pour la propreté et l’environnement, il y a la propreté de la ville, la gestion des déchets, l’eau potable et la destination des eaux usées, les mini-espaces zoologiques et verts, la qualité de l’air et l’énergie solaire. J’insiste sur l’énergie solaire. En ce qui concerne l’aménagement et la sécurité, la planification de l’aménagement urbain constitue un enjeu essentiel. Le social et la santé sont nécessaires, car la municipalité est d’abord pour les personnes de tous âges. L’éducation et la culture, c’est le point G de notre avenir. Musées, écomusées, bibliothèques municipales, tout est faisable. La démocratie locale, c’est la participation citoyenne à l’élaboration du budget de la commune, au suivi de son exécution et à l’expression des ressentiments.