Danse traditionnelle et contemporaine au Bénin: Encore beaucoup de possibilités à explorer

Par Anselme Pascal AGUEHOUNDE,

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La danse professionnelle peut connaître de meilleurs jours au Bénin si l’Etat accompagne le secteur et favorise l’émergence d’un cadre propice à son rayonnement. Cette conviction, une délégation des danseurs professionnels du Bénin l’a exprimée au ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, Jean-Michel Abimbola, avec le soutien du couple Akogny, fondateur de l’école des Sables au Sénégal.

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Pas d’école de haut standing; peu de centres chorégraphiques; peu de lieux d’expression, pas d’accompagnement en faveur des rares promoteurs de centres de formation… Tout ceci contraste avec la disponibilité d’un éventail appréciable de danseurs professionnels béninois, formés à l’étranger et obligés de s’exporter pour se faire valoir. Le secteur de la danse au Bénin a encore plusieurs horizons à sonder. Reçue jeudi 9 janvier par le ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, Jean-Michel Abimbola, une délégation de danseurs contemporains a partagé avec l’autorité les difficultés rencontrées dans le secteur et les défis à relever pour le rayonnement de la danse au Bénin et l’essor des danseurs béninois à l’interne et à l’international. Leur porte-parole, Rachelle Agbossou, directrice artistique du centre chorégraphique Walo et du centre artistique Multicorps fait l’état des lieux et insiste sur quelques possibilités. « Pour la plupart, nous sommes de jeunes danseurs, de jeunes centres chorégraphiques qui essaient de se développer mais très difficilement car nous n’avons pas suffisamment de soutien. Lorsque je prends les différents centres que nous avons à Cotonou, à Ouidah, à Tori, leur survie est difficile. Nous sommes obligés de payer des loyers onéreux à des propriétaires parce que nous n’avons pas un pouvoir d’achat suffisant pour acquérir les terres sur lesquelles nous érigeons ces centres. Nous souhaitons qu’il y ait un accompagnement structurel au niveau de l’acquisition par exemple des lieux où nous érigeons nos centres, où nous faisons de la formation niveau amateur et professionnel. Cela nous tient à cœur. Si nous pouvons avoir l’appui de l’Etat dans l’acquisition de terrains ou si on peut nous accompagner dans le paiement des locations, ce serait une aide de taille pour l’essor de ces centres qui assurent la formation professionnelle», indique Rachelle Agbossou.
Elle fait ensuite remarquer que le Bénin n’est pas assez représenté sur l’échiquier international en matière de danse.

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Le Bénin pas assez représenté à l’international

«Sur les festivals, on voit des représentants de nombreux pays africains mais très rarement des Béninois. Et quand vous leur demandez comment ils font pour être si fortement représentés, ils vous disent que c’est l’Etat qui a payé les billets d’avion. Chez nous, c’est tellement difficile. Pour participer à des festivals ou à des compétitions, nous avons souvent eu des problèmes de billet. C’est stressant pour un danseur qui doit penser artistique, de penser d’abord logistique… », illustre-t-elle. Rachelle Agbossou attire également l’attention sur l’inexistence d’une école de haut standing au Bénin. A défaut, elle suggère l’accompagnement de l’Etat dans le déplacement des danseurs pour l’école des Sables du Sénégal ou encore l’octroi de bourses. Elle émet enfin le vœu de la création au Bénin d’un espace d’expression de l’art pluriel, un théâtre national où danseurs, poètes, artistes, cinéastes… peuvent faire valoir leur génie. « La danse est un vecteur de développement inimaginable. Il y a tellement de possibilités d’entrée de revenus à travers la culture que si nous nous y mettons, nous irons bien loin», va-t-elle ajouter. Il en ressort que la danse est peu valorisée alors qu’elle peut être mise au service du développement. C’est ce que soutient l’icône de la danse
Germaine Akogny : « La danse, c’est un moyen de communication et d’éducation. La danse est l’outil le mieux préparé pour aller dans tous les villages, éduquer les gens. Car le corps ne ment pas. Et si on ne parle pas la même langue, on comprend le langage du corps suivant son éducation, suivant son vécu. Il y a encore beaucoup de possibilités à explorer au Bénin. Je crois qu’en mettant l’art et l’agriculture au service du développement, le Bénin va aller de l’avant et je l’espère ».

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Les assurances du ministre Jean-Michel Abimbola

« L’année 2020 sera culturelle ou ne sera pas. Définitivement, nous commençons sous de très bons auspices puisque nous avons l’immense honneur et joie, d’avoir avec nous notre icône, icône africaine et mondiale, Mme Akogny qui est d’origine béninoise même si elle sonde d’autres pays ou d’autres cieux en vue de s’épanouir. Aujourd’hui le Bénin a décidé de récupérer un peu son bien… Elle est au pays avec son époux Helmut Vogt pour quelques jours, et leur présence va poser les jalons d’une collaboration et d’un nouveau départ pour la danse contemporaine et pour la danse en général au Bénin. Nous voulons saisir cette occasion pour dire à vous tous, qui êtes impatients, qui souffrez dans vos corps et âmes, que le moment est arrivé ! C’est avec émotion que je voudrais vous dire que nous avons beaucoup de projets avec Mme Akogny pour que vous, les Sablistes, mais aussi ceux qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école des Sables et même ceux qui n’ont pas eu jusqu’à présent la chance d’aller dans une école de formation, puissent à moyen et long terme, avoir ici au Bénin, un centre de la qualité et de la valeur de l’Ecole de Sables de Dakar. Le président Patrice Talon a été très clair quand il a reçu le couple et nous envisageons même, pourquoi pas, d’avoir un lieu qui portera le nom de Germaine Akogny ».