Dans l’univers des groupes culturels de l’Atacora: Une variété de danses à sauvegarder

Par Didier Pascal DOGUE,

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Posture sérieuse mais détendue, sourire aux coins des lèvres, hommes et femmes, vieux, jeunes et enfants se lancent des défis dans une certaine complicité. Formant un cercle, ils sautillent gaiement, alternant les pas de danse de façon synchronisée. Du tipenti! C’est ainsi que se dénomme cette danse qui a tout l’air d’un entraînement physique. Dans l’Atacora, il n’y a pas d’âge pour danser et pourtant, c’est un exercice qui demande beaucoup d’énergie !
« En pays Otamari, il y a plus d’une vingtaine de danses mais en réalité une dizaine seulement sont bien structurées », déclare Julien Tabita, responsable du groupe de jeunes pour la promotion culturelle, chef programme et production de la radio communautaire Dinaba Fm de Boukoumbé. Certaines danses, poursuit le chef programme, se rattachent aux associations de promoteurs culturels et aux groupes ayant émergé dans la chanson. On retrouve parmi celles-ci, précise Julien Tabita, le fabénfa, le dikùântri, le ditèntri, le fayènfâ, le disori et bien d’autres. Ces danses tirent leur essence de diverses sources. Le chef programme de Radio Dinaba Fm donne l’exemple de l’obédience culturelle Obièrè liée aux gens de Cobly. A l’en croire, à chaque période de l’année, correspond une danse. C’est le cas de
Kouchaati qui annonce l’abondance.
L’hygiène, la santé, la scolarisation des enfants, les faits de société et les relations entre hommes et femmes constituent entre autres, selon Julien Tabita, les thèmes abordés dans l’exécution rythmée des pas de danse. « Les jambes se meuvent beaucoup plus que les autres parties du corps », fait-il remarquer. Parfois, la danse donne lieu à des compétitions, au point où des jambes au mollet, tout bouge. Et le jeu en vaut bien la chandelle ! Les meilleurs s’en sortent avec des femmes qu’on leur offre en mariage pour avoir bien presté. « Pour que la diversité survive et se perpétue, il faut le soutien, l’organisation de festivals puis la formation des acteurs », conçoit le chef programme. Des propos que confirme Adrien Kouagou, chef service planification à la mairie de Boukoumbé, responsable de la compagnie Diwè qui signifie la joie en langue ditamari. Pour lui, il faut sauvegarder et promouvoir les valeurs culturelles afin de laisser un héritage à la postérité. Engagé dans la sauvegarde et la promotion du patrimoine culturel notamment les perles, les chapeaux traditionnels, les cauris, les tam-tams, les accoutrements de danses propres au pays Otamari, Léon Kouagou fustige le désintérêt des jeunes et femmes formés à la danse et qui abandonnent peu de temps après. Selon lui, ces jeunes gens ne persévèrent plus dans la danse alors qu’il y a du potentiel et des espaces culturels.
A Matéri, il existe plusieurs groupes engagés dans la promotion du patrimoine culturel et la sensibilisation à l’éducation, qui se côtoient. Adrien Kouagou, responsable de la compagnie Diwè confirme d’ailleurs la multitude de groupes culturels qui se penchent sur la promotion de la femme, l’enfance malheureuse, et la promotion de la scolarisation.

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A chaque rythme son
message !

Tam-tams, castagnettes, sifflets, djembé, chapeau à cornes d’antilope pour femmes, chapeau doté de la crinière de bélier porté par les jeunes aptes à s’insérer dans la vie et capables d’emblaver des hectares de terre pour assurer la survie…,sont l’essentiel du matériel musical de cette communauté dont la musique s’exporte au-delà des frontières. Ainsi, les groupes de danse identifiables à leurs accoutrements faits de fil rouge sont connus pour leur expertise en kounkountohoun ; une danse exécutée par les femmes aux sons d’un gros tam-tam. D’autres groupes se distinguent par leur adresse à danser le tchaki ou le layaktou exécutés lors des fêtes. La danse Yambia exécutée en cercle vers fin novembre vient annoncer la fin de la famine ou la victoire sur les mauvaises herbes. « Elle vient clôturer la fin du sarclage en ligne», relève Jean Tchansi, la soixantaine, personne ressource exerçant dans le milieu culturel à Matéri. «Il y a également le koundi, une danse de baptême qui vient débuter la saison sèche avec trois principaux rythmes de tam-tam. Un son pour appeler les gens à la fête, un rythme qui dit à l’organisateur qu’on a soif ou besoin de boisson », ajoute Jean Tchansi.
Concernant les chants, les thèmes et messages abordés, ils portent sur des défis pour attirer l’attention des participants et envoyer des messages. « Lorsqu’on accompagne un cadavre au cimetière, une chanson annonce la mise en bière et une autre le retour et le vide créé par la disparition. Il y a également des chants qui font pleurer puis un dernier pour consoler la famille éplorée », explique Jean Tchansi. A en croire les acteurs culturels, le son du tam-tam annonce la chasse et guide les gens dans la forêt. Il peut, selon la résonance, annoncer un baptême et porter l’invitation des chefs de ménages à une réunion avec le chef de village. Du point de vue culturel, reconnait Jean Tchansi,
Boukoumbé est plus avancée. « Les associations travaillent à faire connaître la diversité culturelle de la localité. Mais dans cette quête, la politique prend le pas sur la culture pure. Les chanteurs en profitent pour faire l’éloge de leurs bienfaiteurs», fait remarquer le sexagénaire.