Culte de réconciliation et de réunification sous l’égide du chef de l’Etat : L’église protestante méthodiste du Bénin retrouve son unité

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Après plusieurs années de crise et d’échec de plusieurs tentatives de réconciliation, sous l’égide du président de la République, enfin, c’est le début d’une nouvelle ère au sein de l’église protestante méthodiste du Bénin (EPMB).

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« Le grand jour s’est levé. Dieu nous a visités. Voici des temps nouveaux. Chantons gloire… le Saint esprit est là», ont chanté des fidèles méthodistes, réunis, dimanche 3 juillet au palais des Congrès de Cotonou pour un « culte de réconciliation et de réunification». C’est le résultat de l’initiative du chef de l’Etat et de son gouvernement. L’instant est solennel. Et les fidèles sont venus de toutes les contrées du pays assister à cette messe à laquelle le président Patrice Talon et la Première dame Claudine Talon, le président de l’Assemblée nationale, Me Adrien Houngbédji, de même que des présidents des institutions de la République et des membres du gouvernement ont pris part. Face à eux, un collège de pasteurs issus de ce qu’on pourrait appeler les deux ex-ailes de l’église protestante méthodiste du Bénin, avec à leurs côtés le pasteur Mathias-Alexandre Creppy du Togo. Sur les visages des fidèles, soulagement, sourire. Le déroulé du culte sera rythmé par moments par des sanglots difficilement contenus, tant l’émotion était au rendez-vous de ce culte.

Un culte célébré dans la sobriété, respectant tout de même le rituel de l’église protestante méthodiste. Preuve que, les deux ailes de l’église n’ont rien changé à la lithurgie. Lecture du Te Deum Laudamus, invocation, confession de foi, psaumes, cantiques, prières, actions de grâce ont accompagné cette célébration de la réconciliation et de la réunification qui a permis d’installer les membres de l’Organe transitoire de gestion (Otg), nouvel organe dirigeant de l’église avec pour but, la cessation de la crise.

L’église retrouve son unité

Les offices de réconciliation engagés par le président Patrice Talon, aux dires des responsables méthodistes ont démarré le 30 mai dernier. Il aura fallu donc une trentaine de jours au chef de l’Etat pour se révéler «l’homme providentiel» de l’EPMB. «Ce jour est celui où le Seigneur a voulu confirmer votre élection», lance Albert Tévoèdjrè pour saluer l’acte posé par le président de la République. «La surprise que vous nous faites aujourd’hui n’était pas au programme. Ce jour devient historique », poursuit l’ancien médiateur de la République. A sa suite, le ministre de l’Intérieur, Sacca Lafia, au nom du gouvernement s’est réjoui de constater que la crise au sein de l’église protestante méthodiste du Bénin n’avait pas de cause dogmatique, mais relevait plutôt d’une querelle organisationnelle. « La paix est une valeur sacrée à laquelle tous les peuples et tous les Etats sont attachés. Elle est la valeur suprême qui rend possible toutes les autres», poursuit le ministre. «Quelles que soient les douleurs du passé», celui-ci plaide pour l’unité au sein de l’église. Avant lui, les pasteurs Mathieu Alao et Nicodème Alagbada, présidents des deux ailes réunifiés se sont adressés à leurs fidèles respectifs pour leur indiquer le chemin à emprunter désormais, celui de la paix, mais aussi et surtout de la prière. Avec l’unité retrouvée, ont-ils estimé, les prières porteront leurs effets.
«Permettez-moi de vous féliciter … pour cet acte de pardon et de paix que vous venez de poser ce jour et qui vous honore tant. Il honore l’église protestante méthodiste et vous honore individuellement. Il honore la foi chrétienne, la foi monothéiste. Il honore tout simplement la foi, la croyance, la spiritualité, l’église… la religion au sein de la République», dira le président Patrice Talon à l’endroit des fidèles et de leurs dirigeants. «Cet acte est pour Dieu la meilleure offrande pour la gloire de son nom et pour la promotion de son église. Pour la République, il fait de vous des artisans exemplaires de la paix et de la construction de l’unité nationale. Soyez en remerciés. Vous venez de donner un bel exemple du citoyen», se réjouit ensuite le chef de l’Etat pour clore son adresse.

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Un instant de paix

Inutile de dénombrer le nombre de fois où le mot «Paix» a été prononcé au cours du culte de réconciliation et de réunification organisé dimanche 3 juillet à Cotonou. Dans toutes les interventions, il était présent. Chaque message portait vers cette paix. Des actes de paix, il y en a eu également. De nombreux. Ainsi que l’ont reconnu certains officiants du culte, c’est d’abord un fidèle catholique, en la personne du Garde des Sceaux, le ministre Joseph Djogbénou qui a eu le privilège de donner lecture de l’acte qui consacre la mise en place de l’Organe transitoire de gestion. Le ministre en charge des Cultes, fidèle musulman lui, se verra confiée la charge de dire le message du gouvernement qui consacre la réunification de cette église. Mais le symbole le plus fort, unanimement salué par toute l’assistance, restera sans doute cette poignée de mains entre le Dr Moïse Sagbohan, past-president de l’église, « l’homme de la crise » comme le surnomment certains et son contestataire de tout temps, le professeur Paulin Hountondji. Et comme si Dieu lui-même voulait montrer les signes de la réunification, ces deux hommes qui se trouvent être des acteurs et non des moindres de la scission, côte à côte, ont partagé le même document à la lecture de la proclamation faite par les membres de l’Otg. Un autre symbole qui a fait dire à plus d’un que « la crise est vraiment finie… Dieu a agi… »
La prédication du pasteur Nicodème Alagbada tirée de l’évangile selon Saint Luc au chapitre 10, les onze premiers versets insistera davantage sur cette paix au nom de laquelle, Jésus avait envoyé ses disciplines en mission auprès des peuples d’Israël. Une manière pour lui de rappeler aux fidèles méthodistes unis, la nouvelle mission qui est la leur, celle de la paix. Message fort qui rime bien avec celui prévu ordinairement pour ce dimanche 3 juillet, le cinquième après la Trinité à savoir : l’Evangélisation. Le premier cantique du culte, tiré du recueil « Gloire à Dieu » au numéro 446 en avait déjà donné le top. «Nous venons dans ta maison et nous nous rassemblons pour t’adorer… te louer», avait chanté l’assistance.?

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Que prévoit la période transitoire ?

Si les frères méthodistes dissidents d’hier en sont venus à accepter après l’échec des tentatives de réconciliation antérieures, la présente, voulue et conduite en 32 jours par le président Patrice Talon, c’est sans doute parce qu’ils y ont trouvé un intérêt pour l’église. Il est ainsi décrété et validé par tous, une période transitoire d’un an au bout de laquelle l’église protestante méthodiste, selon le vœu de tous, retrouvera son unité d’antan. Au cours de ladite période, l’église sera dirigée par un Organe transitoire de gestion avec à sa tête un président (Nicodème Alagbada). Sont membres, un représentant personnel du président de la République, des pasteurs et des fidèles issus de chacune des anciennes ailes dissidentes. Soit au total, 15 membres pour conduire cette transition. Lesquels, « … au nom de l’église protestante méthodiste en République du Bénin, en présence de Moïse Sagbohan et de Paulin Hountondji avec tous les fidèles, devant toute l’assemblé du Christ, l’Etat et le peuple du Bénin » ont proclamé par leur serment, « la réconciliation de tous les fidèles et la réunification de l’église protestante méthodiste en République du Bénin ».
Ils ont aussi convenu que la date d’entrée en fonction de l’Otg présidé par Nicodème Alagbada est le 3 juillet 2016, de prendre les décisions au sein du bureau par consensus à défaut, de s’en référer à un collège restreint composé des deux pasteurs responsables des anciennes ailes et du représentant du président de la République. Aussi, ont-ils affirmé « l’inéligibilité des membres de l’organe transitoire de gestion de l’église réconciliée après la période transitoire » et de considérer au cours de la même période, l’Otg comme le seul organe de gestion de l’église. Après la période transitoire, les nouveaux organes seront mis en place selon les statuts et règlements en vigueur avant la réforme ayant engendré la crise. Il en sera de même pour le nom de l’église réconciliée qui sera celui d’avant la réforme à savoir : Eglise protestante méthodiste du Bénin. Le protocole signé par les 14 membres présents de l’Organe au cours du culte de réunification précise qu’aucune révision des statuts et règlements ne peut être possible avant la fin de la période transitoire. Il est aussi prévu l’admission à la retraite anticipée des membres de l’organe transitoire qui le souhaitent au terme des douze mois de transition. Les pasteurs en poste dans les églises locales ainsi que les conseils d’église et leurs bureaux y sont maintenus durant cette période à l’exception de l’église locale Béthanie d’Akpakpa. A ce niveau, c’est Mathieu Alao qui officiera en qualité de pasteur en charge et de président d’église. ?