Contrôle du prochain Parlement: Les équations possibles

Par Paul AMOUSSOU,

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C’est parti pour les tractations. Après la proclamation par la Cour constitutionnelle des résultats des dernières législatives, l’ossature des forces politiques qui siégeront à la 7e législature s’est nettement dessinée. L’enjeu prochain est la composition du bureau du Parlement. Et les conciliabules à ce sujet avaient commencé dès le soir même du scrutin. Certains candidats potentiels au perchoir, sur la base des fiches de dépouillement souvent disponibles au niveau de tous les états-majors politiques n’avaient en effet pas perdu de temps pour féliciter des probables députés au soir du scrutin du 26 avril dernier, surtout les présidents d’alliances dont le poids supposé ou réel sur l’échiquier politique ne serait pas des moindres. Edmond Agoua de l’Alliance Eclaireur a été l’un des chouchous sur ce registre. Et avec deux élus dans son escarcelle, inutile de préciser que les courtisans vont affluer à son portillon et que son téléphone ne va pas arrêter de sonner. Idem pour Valentin Houdé de l’Alliance nationale pour la démocratie et le développement (AND) avec cinq députés. Lucien Houngnibo et sa surprenante Union pour le Bénin (UB) n’étant pas des quantités négligeables avec deux députés, encore moins les Forces démocratiques unies de Mathurin Nago.

L’addition, une valeur cardinale en politique

C’est bien connu qu’en politique l’addition est une valeur cardinale quand bien même rien n’y est mathématique, dit-on, car comme soutiendrait l’astrophysicien, 2+2 ne font toujours pas 4. En politique plus qu’en physique. Là réside toute l’alchimie du jeu des alliances politiques. Dans ce véritable tour de magie dont les politiciens béninois ont le secret et dont la réputation ne se démentira pas une fois encore, les recettes sont constituées, en l’occurrence, des postes du bureau du Parlement, des présidences de commissions et des strapontins que pourrait mettre dans la balance le chef de l’Exécutif qui peut encore aguicher et appâter, à onze mois de la fin de son mandat, fort des postes ministériels disponibles avec l’imminent et inéluctable remaniement ministériel. Ajouté à cela, les libéralités qui ont été de tout temps une variable décisive, en raison de la cupidité et du peu de cas que certains élus font de leur titre d’honorable, qui pour se faire rembourser ses frais de campagne, qui pour une compensation (immorale en définitive) en récompense de son ralliement. Les incrédules face à une telle hypothèse devraient se rappeler, s’ils n’ont pas la mémoire sélective, que c’est bien au Bénin qu’on a «acheté» des députés et que des indiscrétions persistantes, allèguent que le vote de certaines lois au Parlement se font moyennant rétribution. Phénomène dont se rendent compte certaines organisations non gouvernementales facilement lorsqu’elles font du plaidoyer à l’Assemblée nationale pour le vote de lois en matière sociale ! La résistance de certains députés à accéder aux plaidoyers n’a d’égal que leur avidité et insistance à se faire «entretenir».

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Parlementer ?

Le profil moral de l’élu béninois ainsi peint, toute chose qui concourt à lui forger une image bien désagréable dans l’opinion, on imagine aisément que les lignes sont mouvantes et offrent à qui le peut de considérables marges de manœuvre. Il ne suffit pas seulement de caresser dans le bon sens du poil l’élu béninois ainsi défini, il faut savoir également dénouer largement le cordon de sa bourse. Les ayants droit pour le contrôle du Parlement ne le savent que trop. Mais d’autres paradigmes peuvent être empruntés.
Le Parlement est par définition le lieu où il faut parlementer, c’est-à-dire discuter avec son adversaire. Les jeux sont donc ouverts. Mais si on s’en tient aux antagonismes actuels sur l’échiquier politique, certains accommodements paraissent difficiles. Il en va clairement ainsi de l’Union fait la Nation (UN) avec les Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), les deux épicentres autour desquels devraient graviter les tractations pour le contrôle du Parlement sont hémo-incompatibles. Quant à l’Alliance Soleil, composera-t-elle avec les FCBE après une campagne législative au cours de laquelle son chef de file s’est montré, plus que l’UN pourtant ouvertement de l’Opposition, d’une rare virulence ? Le plus modéré des saillies de Sacca Lafia a consisté à appeler les électeurs à sanctionner le pouvoir pour la «campagne déloyale» et «en violation de la loi» et aussi pour avoir laissé croire par ses nouvelles promesses qu’il pouvait «faire en un an », le temps restant de son mandat, «ce qu’il n’a pas fait en 9 ans». L’AND s’est inscrite sur le même registre. Idem pour l’Alliance pour un Bénin triomphant (ABT) qui «pense avoir des idées et les politiques pour inverser le cours des choses. Et, ont soutenu les partisans d’Abdoulaye Bio Tchané pendant les législatives, «Cela passe par l’élection de députés qui veulent marquer la rupture avec les pratiques actuelles et proposer une alternative». Les lignes de démarcation paraissent nettes. Mais un poste de Questeur, un poste de vice-président peut contrebalancer la donne voire décrisper les antagonismes d’hier et créer de nouvelles perspectives politiques. Car, il ne faut pas perdre de vue, qu’au-delà du combat pour le contrôle du Parlement, la prochaine présidence après les présidentielles de 2016 est un enjeu auquel la législature actuelle reste tributaire.

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Des déterminants

En l’état actuel des rapports de force, un rapprochement entre le PRD d’Adrien Houngbédji et les FCBE parait l’équation la plus simple comme lorsqu’il s’agissait de constituer la CENA, soit 33+10 députés consacrant la majorité, à la condition que Adrien Houngbédji décroche le graal c’est-à-dire le perchoir, celui-ci n’ayant pas la réputation de se contenter de strapontin et, buvant du petit lait depuis qu’il s’est conforté dans le manteau de faiseur attitré de roi à défaut de pouvoir encore l’être lui-même, il doit prendre du plaisir à se faire désirer. Une telle alliance à toutefois ceci qu’il pourrait paraître contre-nature aux yeux des électeurs et surtout de l’opinion nationale qui pourraient mal interpréter un tel choix du PRD marqué de l’Opposition sur l’échiquier politique national et récompensé comme tel aux législatives.
L’UN, selon toute évidence, avec 15 députés, a plus fort à faire pour réunir une majorité autour de son projet, car il lui faut compter avec la quasi-totalité des autres forces, hormis les FCBE, pour l’emporter. Ce qui mettrait en exergue la théorie de tous contre les FCBE. All is lost (tout est perdu), un remake du film joué par Robert Redford, à première vue, s’imposerait alors au chef de l’Etat et ses supporters. Seul, Boni Yayi, comme Tom Hanks dans le film éponyme? Il n’en est rien, car en réalité, pour peu que l’on est observateur averti du paysage politique béninois, il est loisible de déceler, en plus des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), parmi les probables députés, des fidèles du président Yayi qui n’ont pu pour une raison ou une autre être casés sur la liste des FCBE dont la capacité débordait. Et qui, de ce fait, se sont porté candidats sur d’autres listes. La biche retournera-t-elle à la rivière comme dirait le président Soglo ? Ces élus satellites tapis dans les rangs d’autres alliances renoueront-elles avec leurs vieilles amours, une fois élus? Là réside l’une des clefs déterminantes pour la cristallisation des rapports de force au sein de la 7è législature et pour le contrôle du prochain Parlement.
P. A.

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